2025: Introduction par l’éditeur

Voici une nouvelle version en ligne de la deuxième édition classique du « Manuel de la JOC » publiée en 1930 par la JOC belge (wallonne) et la JOC française.

Rédigée principalement par Joseph Cardijn lui-même, c’est cette deuxième édition qui a inspiré la création de tant de mouvements jocistes dans les années 1930 et plus tard.

Aujourd’hui encore, il s’agit d’un document étonnant à lire, offrant un aperçu complet non seulement de la manière dont une section de la JOC doit fonctionner, mais aussi de la manière dont le mouvement lui-même doit être organisé.

Il est facile de comprendre comment ce document est devenu le schéma directeur de l’expansion de la JOC dans le monde entier, atteignant cinquante pays en 1939 avant le début de la Seconde Guerre mondiale.

Dans les années 1960, cependant, Cardijn a clairement compris que le monde avait évolué, tout comme le mouvement et même sa propre vision de la JOC.

Pendant un moment, il pensait à ré-éditer une version mise à jour du Manuel de 1930.

En 1963, il a même rédigé une ébauche du contenu possible d’une telle nouvelle publication, qu’il a fait circuler parmi les dirigeants de la JOC de l’époque.

J’ai inclus ce document, qu’il appelait aussi son « testament », sur ce site comme une sorte de nouvelle préface à cette édition du Manuel de 1930.

Pourtant, Cardijn a renoncé au projet d’une nouvelle édition, concluant que le Manuel de 1930 conservait toute sa valeur comme une expression et une illustration de l’esprit – la mystique – et les méthodes du mouvement, de ses dirigeants et de ses aumôniers fondateurs.

Un jour, il devrait être republié, suggère-t-il, dans une collection des premiers documents de la JOC.

Aujourd’hui, s’il est clair que beaucoup de choses ont encore changé depuis la mort de Cardijn en 1967, il ne fait également aucun doute que le Manuel de 1930 reste toujours un document éclairant.

La vision de Cardijn reste toujours une source d’inspiration.

Tous les responsables, aumôniers et collaborateurs de la JOC, toutes générations confondues, gagneront à lire le Manuel de 1930.

Au nom de la Bibliothèque Numérique Joseph Cardijn, du Centre International Cardijn et de l’Australian Cardijn Institute, j’ai le plaisir de réaliser le souhait de Cardijn en publiant cette édition en ligne à l’occasion du centenaire de la fondation de la JOC en Belgique en 1925.

Stefan Gigacz

1963: La JOC et le problème de la jeunesse ouvrière

Note manuscrite de Cardijn (1963)

« Je voudrais faire polycopier ceci à 100 exemplaires. Qu’en pensez-vous ?

« Ci-joint un avant-projet de publication sur la JOC. Ce sera mon testament. Je l’ai écrit à mes dernières vacances au Mont Pèlerin, près de Vevey en Suisse.

« Je veux soumettre ce premier texte écrit d’un trait à quelques amis et collaborateurs très chers, et leur demander de me dire les lacunes qu’ils y voient. Je compte sur leur affection et leur franchise pour me dire très simplement (illisible) ajouter ou retrancher de la premier texte. Ce sera de leur part une témoignage de leur attachement à la JOC et à son fondation.

Merci d’avance et très affectueusement.

Jos. Cardijn

PS Puis-je demander une réponse aussi rapide que possible qui me permettrait de (illisible) un texte définitif aux Pères du Concile.

Mont Pèlerin –

LA J. O. C.

1. En relisant le Manuel de la JOC paru en 1925 et complété par une 2me édition en 1930, je me suis demandé si le plus simple, pour faire comprendre la vraie JOC, n’était pas de publier une nouvelle édition du Manuel, complètement adaptée aux problèmes et à l’esprit nouveaux de 1964 et des années futures. Et puis je me suis dit : « Non, en temps voulu rééditons le texte de 1925-30 – peut-être dans une collection qui comprendra des textes plus anciens, même d’avant la première guerre ». Ce seront les témoins irréfutables (irrécusables) des Vérités de base que la JOC a publiées depuis plus de 50 années, et qui ont été les inspiratrices des méthodes de formation, d’action et de représentation, dont la JOC a été depuis l’origine, la promotrice et la dépositaire pour assurer et répandre le relèvement intégral de la jeunesse travailleuse et du monde du travail. On ne change pas les texte des Evangiles et des Encycliques. On s’en inspire pour connaître et vivre le christianisme et la vie de l’Eglise.

2. D’aucuns disent : il n’y a plus de jeunesse travailleuse, ni de problèmes propres aux jeunes travailleurs ; ils n’ont plus besoin de formation adaptée et de mouvement les unissant dans tous les pays du monde pour leur formation, leur action et leur représentations. Je crois que c’est une erreur tellement dangereuse qu’elle est une menace terrible d’abord pour la jeunesse travailleuse elle-même, et pour tout le monde du travail, et surtout pour l’Eglise et pour 1’humanité.

3. D’autres enfin prétendent que la JOC de 1964 et des années suivantes doit être complètement différente de celle de 1925 : non plus une JOC par la masse, par tous les jeunes travailleurs ; mais une JOC par une élite, par de petits groupes de militants dans la masse et pour la masse. Je crois que ce n’est pas seulement faire un affront aux jeunes travailleurs, mais c’est surtout une trahison. C’est accepter dans la jeunesse travailleuse du monde, le scandale et la honte des jeunes travailleurs développés et des jeunes travailleurs sous-développés ; tout comme on accepterait la fatalité permanente des pays développés et des pays sous-développés.

4. Voilà pourquoi je crois qu’il est nécessaire, pour tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de la jeunesse en général, à l’avenir de l’Eglise et du monde – jeunes travailleurs et jeunes travailleuses, parents, instituteurs et professeurs, clergé, dirigeants d’organisations adultes, autorités publiques et privées de donner un exposé synthétique de la JOC, de son but et de son esprit, de ses méthodes de formation, d’action et de représentation, de l’organisation et de la vie locale, régionale, nationale, continentale et internationale du mouvement, de son unité et de son adaptation, de son histoire et de ses services, des collaborations nécessaires à sa réalisation et à son efficacité, de ses projets d’avenir. Ce sera, si on veut, une introduction au Manuel de la JOC : celui-ci pourra alors entrer dans les détails plus concrets des différents aspects de la vie et de l’action jociste.

Cet exposé se propose de susciter partout et de renouveler là où elle s’est affaiblie, la conviction inébranlable et la volonté irrésistible de faire la JOC. Si celle-ci parait accessoire, arbitraire, capricieuse dans son essence et dans ses détails, si on pense qu’elle est périmée et qu’on peut lui substituer une autre organisation plus adaptée aux désirs et aux aspirations des jeunes, aux besoins du vrai christianisme et de l’Eglise, en vue d’une démocratie sociale plus progressive et plus efficace, alors on en fera plus les efforts nécessaires à la vraie JOC en vue de l’indispensable formation des jeunes travailleurs. Alors on se contentera d’un squelette ou d’une caricature de JOC et on ne résoudra pas le problème de la jeunesse travailleuse du monde.

6. Cette brochure aura donc pour titre :

La JOC

Chapitre I

Le problème de la jeunesse travailleuse du monde.

1. Dans les pays développés (nombre

2. Dans les pays sous-développés ou en voie de développement

3. Dans le monde international.

Chapitre II

Les besoins primordiaux de la jeunesse travailleuse du monde.

1. Besoins physiques, humains, intellectuels, sociaux, culturels, moraux, professionnels, religieux de la jeunesse travailleuse.

Education de base

2. Conscience nationale-civique et politique – et internationale. Communauté

3. Enseignement et éducation : découvrir eux-mêmes

voir – juger – agir

4. Education et responsabilité

5. Education, action et organisation.

(éducation et apostolat

(mission divine et humaine de la J.T.)

Chapitre III

Méthodes éducatives

a.    dans la vie

b.    dans les milieux de vie

c.    dans les problèmes de vie

d.    des responsabilités et des activités dans la vie

e.    en équipe : par eux, entre eux, pour eux

f.    localement, régionalement, nationalement, continentalement, internationalement.

apprentissage

exercice

g. en sections, fédérations

h. élite et masse ; dirigeants, militants et membres – activités, liens, responsabilités.

i. réunions, journées, sessions, sessions nationaux et internationaux de la jeunesse.

j) enquêtes, questionnaires.

Chapitre IV

Unité et adaptation

Unité d’esprit : l’amitié jociste

l’idéal jociste

la (Hiérarchie – pyramide) jociste

Unité d’action : programmes

Adaptations : âge, écoles, professions, milieux

sexe

races

missionnaires (extension workers).

écoles professionnelles et techniques de l’école au travail : orientation

villes

Chapitre V

Services éducatifs

écoles professionnelles et techniques

de l’école au travail : orientation

accueil

services des malades loisirs soldats

de préparation au mariage

action au travail

service international

Chapitre VI

Les collaborations nécessaires

intérieures : conseillers

extérieures : instituteurs et professeurs

parents

anciens

organisations ouvrières

de jeunesse

patronales

presse et moyens de publicité :

pouvoirs publics

subsides

institutions internationales

II    Partie: La mystique jociste : destinée et mission des jeunes travailleurs

La dialectique jociste ?   incarnation

apostolat – vocation

mandat hiérarchique

rôle de l’aumônier dans la paroisse et l’Eglise

institution missionnaire

esprit oecuménique.

III    Partie: Histoire de la JOC.

1. Préparation : Libération économique

Travail des enfants et des adolescents

Recherches et enquêtes

Débuts    Le grain de sénevé 1912

Avant et pendant la guerre 1914-18

Premiers développements – Dans les mansardes de la rue Plétinckx

Difficultés

Reconnaissance officielle

Fondation officielle : Congrès de 1925 – Le Manuel de la JOC

un raz de marée

semaines d’études

sections, fédérations, publications, rue des Palais, Centrale Jociste 1er congrès

Pèlerinage à Rome

débuts internationaux

Congrès jubilaire : 1935 : Congrès et semaine d’études

Exposition sur la sécurité

Meetings pour moralité

Préparation du pèlerinage jubilaire

guerre 1940-44

JOC internationale

JOC internationale 

Conception et réalisation initiale

préparation et premières échappées

De 1925 à 1935

Pèlerinage international de 1939

Pendant la guerre 1940 – 1944

Premier congrès des alliés

Rapides réconciliations

Tournées internationales

Congrès de Montréal

Congrès de 1950 et Semaines d’Etudes internationales

Structures continentales et internationales

Rome, rapports – messages

Rallye de Rome 1957

Premier congrès constitutif de la JOC internationale

(Statuts et dirigeants élus par le 1er conseil international

Collaboration avec institutions internationales

Congrès de Rio de Janeiro (Effort de la JOC Brésilienne)

Extension Workers

travail

Le service international

Contact avec Rome

X

Résultats et perspectives

Nous ne sommes qu’au commencement !

Problèmes ressources

LE PROBLEME MONDIAL DE LA JEUNESSE TRAVAILLEUSE.

(ou Le problème de la jeunesse travailleuse du monde)

Chapitre I DANS LE MONDE (à la dimension du monde).

l. Pour comprendre la JOC, il faut voir, étudier et approfondir le problème mondial de la jeunesse travailleuse. Le voir, l’étudier et l’approfondir dans ses dimensions toujours croissantes, tant en largeur qu’en profondeur. Il faut l’étudier dans son unité et dans ses adaptations de plus en plus variées. Il faut le voir, l’étudier et l’approfondir dans chaque jeune travailleur et chaque jeune travailleuse, dans chaque localité et chaque paroisse, dans chaque région, chaque pays, chaque continent et dans le monde entier. Il faut l’étudier dans ses différents aspects, tant celui de la préparation nécessaire, que de la vie journalière, du milieu de vie, de la préparation à leur avenir, du régime économique, social et politique et de la participation de chaque jeune travailleur et chaque jeune travailleuse à tous les aspects, aux différents plans de la vie et du monde.

2. Le problème de la jeunesse travailleuse est l’ensemble de tous ces problèmes que les jeunes travailleurs eux-mêmes doivent voir, connaître, résoudre, pour eux-mêmes et pour tous leurs camarades du monde entier, comme pour l’ensemble de la communauté humaine. S’ils ne les voient pas et ne veulent pas les résoudre, l’avenir de l’ensemble des travailleurs du monde est compromis, et non seulement l’avenir des travailleurs, mais l’avenir de l’humanité et de l’Eglise. Ce n’est que quand on voit l’immensité et les répercussions du problème, qu’on comprend l’urgence de la solution et l’importance de la JOC.

3. Au 2me Congres Mondial de l’apostolat des laïcs 1957, le Pape Pie XII disait : Chaque année 20 millions de jeunes quittent l’école pour entrer au travail (voir texte exact). Quand on sait que plus de la moitié des jeunes travailleurs du monde n’ont pas encore d’école, on peut estimer à 50 millions les jeunes travailleurs qui entrent  dans la vie du travail pour toute leur vie : 50 millions chaque année, cela fait 500 millions entre 14 et 25 ans, ou le 6me de  l’humanité présente et le 1/3 de toute la population travailleuse. Et demain ?

(voir statistiques à l’Uno, au BIT, UNESCO et dans l’office des statistiques des diff. pays).

4. Ce nombre, ne fera que s’accroître avec des conséquences de plus en plus décisives pour les jeunes travailleurs eux-mêmes et pour la vie de la société. Le nombre des jeunes filles qui entrent dans la vie de travail a augmenté durant ces 50 dernières années d’une façon fulgurante. Les deux dernières guerres ont été des étapes irrésistibles. Il n’y a plus de secteur de la vie économique, technique, culturelle et scientifique qui ne soit envahi par les jeunes travailleurs, depuis les employées de maison, jusqu’aux infirmières, les employées des administrations publiques, du commerce et de l’industrie, sans parler du textile, de la couture où elles sont majorité, et de l’enseignement à tous les degrés.

5. Quand on parle du monde du travail et de tous ses problèmes, il faut distinguer les pays développés et les pays en voie de développement. Il faut les distinguer, mais on ne peut pas les séparer et encore moins les opposer : ce serait un désastre pour l’humanité.

Dans les pays développés, on voit surtout – et il faut le voir – les progrès réalisés depuis 50 ans, tant pour la préparation que pour l’âge de l’entrée au travail, des conditions de celui-ci : durée, salaires et traitements, sécurité, participation à la gestion, vacances payées, loisirs, moyens de transport (autos, motos, autocars, trains, etc. etc…) Il faut se réjouir de ces progrès et les voir se développer. Mais suppriment-ils ou résolvent-ils le problème de la jeunesse ? Il faut être aveugle pour l’affirmer. On parle partout de la jeunesse désemparée, exposée aux pires déchéances à cause même de l’abus de ces progrès. Mais il y a un danger mondial plus grand, si je puis dire : c’est que cette jeunesse soit-disant développée ignore, ou oublie et néglige la jeunesse sous-développée ou en voie de développement.

6. Il faut entre ces deux jeunesses une collaboration, une solidarité indispensables à la faix, à l’unité du monde. On dit que les deux tiers du monde ont faim, ont besoin de nourriture, de logements, d’enseignement, d’institutions économiques, hygiéniques (..illisible) et techniques. Or ces besoins urgents existent surtout dans la jeunesse travailleuse des pays sous-développés. Il y a dans cette jeunesse des possibilités, des richesses, des aspirations, des efforts incomparables. Il y a là pour le inonde entier un réservoir inouï de forces et de promesse, pour l’avenir. Certes cette jeunesse a l’ambition et la fierté de résoudre elle-même ses propres problèmes qu’elle découvre et qu’elle compare à ceux de la jeunesse des pays développés. Si cette jeunesse-ci ne pensa et ne dépensa que pour ses plaisirs – souvent dégradants – la collaboration et la solidarité internationales sont impossibles.

7. Qu’on regarde le problème de la jeunesse travailleuse – soit dans les pays développés, soit dans les pays sous-développés, soit pour leurs besoins propres ou leurs besoins de collaboration et de solidarité, on doit dire que le problème de la jeunesse travailleuse dans le monde est plus grand aujourd’hui qu’il y a cinquante ans et qu’il ne fera que se développer avec le progrès du développement du monde sous tous ses aspects.

Chapitre II BESOINS PRIMORDIAUX DE LA JEUNESSE TRAVAILLEUSE.

1. Il n’est pas possible de séparer les besoins de la jeunesse travailleuse des besoins de l’enfance et des familles travailleuses. Si ces familles manquent de ressources et de formation pour préparer la naissance et l’éducation des enfants qui seront plus tard des jeunes travailleurs, il est évident que ceux-ci seront les victimes de cette carence, au point de vue physique comme à tout les points de vue humains et chrétiens. Sans logements suffisants, sans hygiène, sans travailleurs seront des handicapés sociaux et sont pas encore des handicapés physiques, des arriérés, des malingres, des asociaux.

2. Il n’est pas non plus admissible de séparer les différents besoins primordiaux : besoins physiques et corporels ; besoins intellectuel moraux, humains, familiaux, sociaux, professionnels, culturels et religieux. Pour tous ces besoins, qu’on pourrait appeler les besoins, de base, il faut de plus en plus de priorité et d’égalité. Des conditions sous-humaine, que ce soit sous n’importe quel aspect, forment une personne sous-humaine. Devant la santé, l’habitation, la vie familiale, professionnelle et sociale, l’enseignement et l’éducation, il faut un minimum soins préventifs pour assurer à tous une vie humaine et sociale.

3. Aujourd’hui que l’union et l’entente deviennent une condition de viabilité sociale sur le plan national comme sur le plan international, la formation d’une conscience civique, et politique, nationale et internationale ne peut rester l’apanage d’une minorité, mais doit être assurée à tous. Cette éducation de base doit devenir une éducation mondiale, donnée aux jeunes de toutes les races, 

les couleurs, et doit produire avec le sens de la responsabilité, de la justice et du respect à l’égard de tous, la source vive du sens de la liberté, des droits et des devoirs, sociaux et internationaux, qui avec le progrès assurent et construisent la paix du monde.

4. On ne pourrait, sous ce rapport, assez étudier le problème de l’enseignement et de l’éducation de la jeunesse travailleuse. L’enseignement et certes indispensable, qu’il soit général ou professionnel ou technique ; et le problème de la formation des enseignants et celui du régime de l’enseignement restera primordial. Mais l’enseignement n’est pas l’éducation. L’éducation vraie, profonde, vitale ne peut se donner par l’enseignement seul, par des professeurs aussi bien formés qu’ils le soient, dans des institutions d’enseignement aussi bien équipées qu’elles puissent l’être.

L’éducation doit se faire par les jeunes eux-mêmes, qui apprennent à découvrir le sens de la vie humaine, sa valeur et sa grandeur, dans tous ses aspects : personnel, familial, social, sentimental, privé et public, national et international. L’éducation est une découverte par celui qui doit s’éduquer, s’exercer, s’entraîner, se vaincre pour réaliser sa vie d’homme, toute sa vie de vrai homme dans le monde où il vit. C’est le fameux « voir, juger, agir » sans lequel il n’y a pas de vraie vie humaine, libre, responsable que ce soit au plan national ou au plan international. Une véritable démocratie, un vrai ordre social, une véritable autorité démocratique est impossible sans cette éducation, qu’elle aussi est un besoin primordial de la jeunesse travailleuse d’aujourd’hui et de demain. Les régimes coloniaux ont pu être une étape ; une démocratie mondiale, où la suspicion mutuelle, l’espionnage organisé, l’armement à (illisible) sont définitivement exclus, n’est pas possible sans une éducation à laquelle on attache plus de prix qu’à l’enseignement seul, et où cette éducation est assurée par des mouvements de jeunesse où tous les jeunes apprennent « par eux, entr’eux, et pour eux » à voir les devoirs et les droits de leur vie, à juger tous les problèmes qui pose leur vie, et à agir de manière à résoudre ensemble tous les problèmes, pour tous, avec la collaboration de tous, dans l’amitié et la fraternité qui a ne connaît pas de limites et de compromission. Tous les jeunes et en particulier les jeunes travailleurs doivent acquérir une conception de vie, qui soit une mystique et un style de vie, un but à atteindre dans et par la vie, pour soi et pour toutes les autres, une raison de vivre et si c’est (illisible) de sacrifier sa vie, certains plaisirs comme certains satisfactions. Cette conception de vie est nécessaire à l’élite qui doit la répandre par, dans, avec la masse.

Chapitre III METHODES EDUCATIVES.

1. Quand on parle de méthodes en matière d’éducation, il faut rejeter tout a priori, tout arbitraire, tout capricieux et tout accessoire.

2. L’éducation proprement dite doit partir de la vie et se faire dans la vie, pour la transformation de la vie humaine. Pas par des leçons, des exposés, des traités. Tous ceux-ci pourront et – dans la mesure du possible – devront compléter l’éducation. L’éducation suppose la confiance, l’ouverture, la franchise, la (illisible). Gagner et susciter (….) L’éducation par son amitié gagnera la confiance des jeunes à éduquer. Il commencera par un, par deux, par trois, par un petit groupe ; posera des questions sur la vie du jeune, du petit nombre qu’il a devant lui, des autres avec lesquels ils sont en rapport, de tous les autres dont ils devront prendre la responsabilité. L’éducateur écoute plus qu’il ne parle ; ce seront les jeunes qui seront entraîner à parler, avec l’encouragement, 1’intérêt de l’éducateur. Ils apprendront ainsi à voir la vie qu’ils mènent, que les autres mènent, à la juger telle qu’elle est et telle qu’elle doit être ; et pourquoi elle est telle et doit être telle ; et comment on peut la changer ; ils chercheront les moyens d’agir eux-mêmes, de se changer eux-mêmes, d’agir sur les…  

3.  Dans les milieux de vie. On n’a pas assez compris l’influence des milieux de vie sur ceux qui y vivent – milieux de travail, de transport, de loisirs. A l’âge de la jeunesse le milieu de vie est presque décisif. On pourrait dire : tel milieu de vie, telle vie, telle jeunesse. Un milieu corrompu, un milieu sale, un milieu insalubre pervertissent, salissent, affaiblissent la jeunesse. Et ce milieu ne peut pas être changé, transformé de l’extérieur, de loin, mais doit l’être par ceux qui y vivent, y travaillent, y demeurent. On est effrayé de constater combien les jeunes les meilleurs, abandonnés à eux-mêmes, loin des parents et des éducateurs se laissent prendre par leur milieu, par les camarades de leur milieu, par les moeurs de leur milieu, qui leur est imposé et d’où les étrangers sont exclus (défense d’entrer dans tous les milieux de travail). La vie est inséparable du milieu de vie, et voilà pourquoi la véritable éducation ne sépare jamais les deux ; comme d’ailleurs tous les autres aspects de vie. Voilà pourquoi l’éducation de la jeunesse travailleuse comprendra en premier lieu l’action, l’influence dans les milieux de travail et la transformation de ceux-ci. Action auprès des camarades de travail, auprès des patrons, auprès des organisations ouvrières.

4. Pour tous les problèmes de la vie et des milieux de vie.

Les véritables problèmes, les problèmes de base : problèmes de travail, de santé, de rapports avec les autres jeunes travailleurs, d’organisations ouvrières, de salaire, de respect, de moralité.

Il ne faut pas séparer les problèmes temporels des problèmes religieux. Il faut les distinguer et surtout distinguer les responsables des solutions techniques. C’est dans la vie, dans les milieux de vie, pour les problèmes de cette vie et de ces milieux, que les rapports et la collaboration avec ceux qui ont des conceptions ou des convictions différentes et parfois opposées, doit s’apprendre dès la jeunesse^pour devenir fraternelle et ne pas rester hostile.

5. C’est ici aussi que la formation des responsables et de l’action dans tous les milieux est primordiale. Pour prendre des initiatives, pour introduire un style humain et humanisant dans la vie, dans les milieux de vie, dans les problèmes qui s’y rapportent quel esprit de responsabilité, de force et de courage, de persévérance ne faut-il pas inculquer aux jeunes pour vaincre la démagogie ou le respect humain ou la dépravation ! Combien de jeunes auraient été sauvés s’il y avait eu à côté d’eux un responsable qui aurait dit une parole, fait un geste, ou une intervention !

6. De là la nécessité d’équipes, d’équipes unies, et de tout le problème de l’organisation des mouvements d’éducation. On ne peut pas séparer formation, action, organisation. La véritable éducation, efficace, forte et persévérante, exige l’union de ces trois aspects de l’éducation et de la solution du problème de la jeunesse.

7. Tous les jeunes doivent être unis en équipes, en sections, en fédérations nationales, continentales, internationales. Quel moyen d’influence, de représentation, et surtout de formation, d’éducation.

8. Alors tous les problèmes de réunions, de sessions, de centres de formation s’unissent aux problèmes de formation, d’action, d’influence, de représentation dans la vie, Ans les milieux de vie, dans les institutions et organisations, gouvernementales ou non-gouvernementales. Alors on comprend la nécessité des mouvements organisés d’éducation et on ne cherchera pas des solutions différentes pour les organisés et les inorganisés ; alors on comprendra la valeur éducative irremplaçable de l’administration et de la participation de tous aux frais du mouvement par la cotisation et par d’autres réalisations financières.

9. Il en est de même des faux problèmes d’élite et de masse ; de dirigeants, militants et membres de mouvements éducatifs. Des mouvements réservés à l’élite forment une fausse élite, loin et en dehors la masse. L’élite c’est le levain, le ferment dans la pâte, au milieu de la masse, travaillant par, avec et dans la masse. Nous ne voulons pas une masse sous-développée et une élite paternaliste parlant et agissant au nom de la masse. La masse doit devenir majeure, adulte pour tous les problèmes de la vie, comme tous les problèmes de la politique. Elle doit apprendre à ….

10. On comprendra alors la valeur et l’esprit des enquêtes et des questionnaires. L’éducation n’est pas de la sociologie. Et les enquêtes comme les questionnaires des mouvements ne servent pas à connaître des situations, à donner des statistiques, mais à former des jeunes, tous les jeunes à l’action, à la vie, dans la vie réelle, dans les milieux de vie réels et pour la solution des problèmes les plus fondamentaux de la vie. Les enquêtes éducatives peuvent d’ailleurs très bien s’unir aux enquêtes sociologiques pour une meilleure mise en valeur des deux.

Chapitre IV – UNITE ET ADAPTATION.

1. On objecte parfois : Pourquoi séparer les jeunes dans des mouvements éducatifs différents et ne pas les unir tous dans un mouvement uniforme, où tous recevraient la même éducation, par les mêmes méthodes de formation, les mêmes réalisations, la même autorité ! La réponse est bien simple : un mouvement uniforme pour toute la jeunesse d’un pays et du monde, ne serait pas éducatif. Si l’enseignement ne peut pas être uniforme et s’adapte aux différente professions et fonctions, 1’éducation peut être vraiment formation ne peut être uniforme et doit s’adapter aux problèmes réels et vitaux des jeunes de tout âge et de toute condition, dans le temps et dans l’espace. Pas plus que la société et l’humanité ne sont uniformes et doivent pourtant être et devenir une, pas plus la jeunesse et son éducation ne peut être uniforme, mais doit pourtant être une.

2. L’unité de l’éducation des jeunes et en particulier des jeunes travailleurs doit lui apprendre à découvrir lui-mime l’unité de la personne, de sa vie, de sa destinée, sous les aspects différents de sa vie, de ses occupations, de ses sentiments et de ses aspirations. L’éducation de tous les jeunes travailleurs dans les différentes localités, pays, races, couleurs et continents, si elle veut produire une unité, une solidarité, une collaboration entre tous, doit leur apprendre à tous à vouloir, à réaliser, librement, volontairement, par leurs propres efforts, au prix de leurs propres sacrifices, l’unité épanouissante, libératrice, émancipatrice de tous les jeunes travailleurs quels qu’ils soient. Pour cela ils découvriront la dignité, la valeur, la destinée de tous ; pour cela ils chercheront et trouveront les moyens d’union, de collaboration, de solidarité, d’amitié et de confiances mutuelles.

Cette unité intérieure, découverte, comprise, voulue et réalisée par les jeunes travailleurs eux-mêmes est la condition première d’une unité vraie, vécue et vivante du monde du travail et du monde tout court. Une unité imposé de l’extérieur, par des moyens de pression physique ou morale, qui ce soit par les armements, la force physique ou économique, par la peur ou le lavage des cerveaux, est une unité fausse, chimérique un esclavage et une tromperie.

L’unité qui doit réaliser l’éducation des jeunes doit être découverte, voulue, construite et parachevée par les jeunes qui ne peuvent être remplacés par personne pour qu’elle soit leur unité, leur amitié, leur mission.

3. Mais alors on comprend aussi la nécessité des adaptations nécessaires. Les jeunes ne sont pas des robots, ni des pantins ; ils ont chacun leur tempérament, leurs aptitudes, leurs besoins ; ils vivent dans des conditions différentes – localités, pays, continents ; traditions, moeurs, jugements ; climats, saisons ; sans parler des conditions sociales, culturelles et économiques.

On voit combien le problème d’une éducation à la fois unifiante et adaptée est complexe et difficile. Et pourtant c’est la complexité du problème qui en fait à la fois une nécessité et une richesse. Il ne s’agit pas de trouver un moule, le même pour tous ; il ne s’agit pas d’une copie qui ne peut être qu’un vernis extérieur ; il ne s’agit pas de détruire, de perdre, de négliger les richesses des différentes races et cultures ; il s’agit du respect le plus absolu de la personnalité de chacun, qui sera aidée à découvrir la personnalité des autres, de tous les autres ; il s’agit de la recherche en commun, dans la droiture et la loyauté ; de tous les moyens nécessaires pour unir, faire travailler en commun, librement, volontairement, comme des frères et des soeurs, comme des membres d’une même famille humaine à la promotion et au bonheur de tous.

5. De là nécessité de la véracité, du désintéressement, de la générosité et du dévouement, conditions indispensables à l’union et à la paix, mais aussi conditions préalables à toute véritable éducation humaine.

6. Et c’est pour cela aussi que le problème de l’éducation est en même temps un problème d’action et d’organisation et que tout véritable mouvement d’éducation est à la fois une école, un service, un corps représentatif « par, entre et pour » les jeunes travailleurs.

Chapitre V : LES SERVICES EDUCATIFS.

1. Il n’y a pas de véritable mouvement éducatif de jeunes travailleurs sans services permanents qui sont autant de moyens pour aider les jeunes à découvrir et à résoudre les problèmes de vie pour eux-mêmes et pour tous les autres : c’est l’apprentissage méthodique de la solution des problèmes de vie, des problèmes sociaux, culturels, civiques, nationaux et internationaux.

services de préparation au travail : orientation professionnelle, placement, accueil ;

services d’action dans les écoles professionnelles et techniques ;

services pour les jeunes handicapés physiques, sociaux, mentaux ;

services de loisirs et de vacances ;

services d’action au travail ;

services international.

2. A mesure que les services de développement, ils deviennent autonome, sans perdre leur lien vital d’esprit et de collaboration avec le mouvement éducatif de jeunesse.

3. Est-il nécessaire d’insister sur l’autonomie et la liberté des mouvements éducatifs de jeunes travailleurs ? C’est la condition – sine qua non – de leur valeur éducative tant pour les jeunes eux-mêmes, que pour les mouvements d’adultes, pour les Etats et pour le monde.

Chapitre VI LES COLLABORATIONS NECESSAIRES.

1. Si les mouvements éducatifs de jeunes travailleurs doivent être autonomes – par, pour, entre les jeunes – sous tous les aspects – formation, action et organisation, et pour toutes les méthodes, réalisations, adaptations et services que réclament une véritable éducation ; il faut aussi que tous soient conscients des collaborations nécessaires à leur existence, leur développement et leur soutien.

2. Mais ces collaborations doivent respecter l’autonomie, la caractère jeune, l’autorité intérieure des mouvements éducatifs des jeunes travailleurs. Ne pas vouloir en être les tuteurs, les dirigeants, les chargés de pouvoirs supérieurs qui veulent faire une main mise sur les mouvements de jeunes, et transformer ceux-ci en exécuteurs de leurs buts en intérêts, qu’ils soient publics ou privés. Les jeunes ne peuvent être dans leurs mouvements les agents des pouvoirs publics ou des organisations d’adultes. Ce serait leur enlever toute valeur éducative pour la jeunesse comme d’ailleurs pour les pouvoirs publics et pour les organisations d’adultes.

3. II y a d’abord les collaborations intérieures : soit au point de vue éducatif, au point de vue administration, finances, propriétés, services. Collaboration délicate qui demande non seulement la science, mais l’art de la véritable éducation. On peut dire : tels conseillers et autres collaborateurs intérieurs, tels dirigeants jeunes, tels militants jeunes, tels mouvements de jeunesse.

4 Il y a les collaborateurs extérieurs : directeur, instituteurs,

professeurs de l’enseignement ;

parents ;

anciens ;

organisations de l’enfance ;

organisations de l’adolescence ;

organisations de la jeunesse ;

organisations d’adultes

Pouvoirs publics.

5. La nécessité des mouvements éducatifs, de la jeunesse travailleuse n’est pas encore reconnue. Quand on songe aux milliards dépensés pour l’enseignement à tous les degrés, on est honteux de la précarité et de l’inexistence des subsides publics à la jeunesse travailleuse. Il y a bien des ministres de l’éducation nationale, mais que dire de leur conception de l’éducation et surtout des subsides accordée à l’éducation proprement dite. Quand on songe aux centaines de millions – demain des milliards – de jeunes travailleurs entre 14 et 25 privés de toute éducation sur le sens de leur vie, le sens de leur avenir, de leur mission dans la famille, dans le travail, dans la vie nationale et internationale, on frémît pour la masse des familles de demain. Même l’obtention de congés culturels pour la formation des jeunes dirigeants et militants n’est pas envisagée. Et on se plaint de l jeunesse désemparée et délinquante !

L’Education des jeunes par les mouvements éducatifs de jeunes devrait soulever l’enthousiasme de tous les responsables de l’avenir de la jeunesse et de tous les formations de l’opinion publique.

II PARTIE

LA MYSTIQUE JOCISTE.

1. La JOC est le mouvement éducatif mondial (chrétien) des jeunes travailleurs (chrétiens). Il s’inspire de la mission et de la destinée de chaque jeune travailleur de quelque race, couleur, pays ou continent qu’il soit ; mission et destinée qui est le fondement de ses droits et de ses devoirs, de sa dignité et valeur personnelle, de l’éducation qu’il doit recevoir et de l’aide qu’il doit apporter à tous ses jeunes camarades qui tous ont la même mission et la même destinée, et par conséquent la même dignité et valeur personnelle, avec les mêmes droits et devoirs, et qui tous doivent s’aimer et s’entr’aider comme des frères,

2. La mystique jociste s’exprime par une dialectique dont les 3 moments : thèse, antithèse, synthèse sont inséparable, qui guide toute la marche du mouvement, c’est à dire toute la mise en mouvement des jeunes travailleurs pour leur libération et leur promotion,

La thèse en est : Tout jeune travailleur est un fils, un collaborateur, un héritier de Dieu. Il a ici bas une mission divine qui s’incarne et se réalise dans sa vie et lui assure dès ici bas (illisible), un valeur, une destinée éternelle. Cette mission et cette destinée divine qui s’incarne dans toute sa vie humaine fut révélée par Dieu à la création et relevée par le Christ dans son incarnation, sa Rédemption et répandue jusqu’à la fin des siècles par son Eglise,

L’Antithèse : par le péché des hommes et toutes ses conséquences, cette mission et destinée de chaque jeune travailleur, voulut par Dieu, par le Christ et par l’Eglise, est contrariée par des obstacles, des oppositions, des erreurs et des abus qui marquent le cours de l’histoire, malgré les progrès sociaux, culturels techniques, scientifiques réalisés par le génie de l’homme.

La synthèse : Pour aider à faire connaître et réaliser à tous les jeunes travailleurs du monde leur mission et leur destinée divine, tous doivent s’unir pour vaincre les obstacles, les oppositions, les erreurs et les abus et faire servir tous les progrès temporels à la réalisation du Plan de Dieu et du Christ et à la libération et au salut de toute la jeunesse travailleuse du monde.

3. La mystique et la dialectique jociste a fait connaître et aimer à des millions de jeunes travailleurs, de toute race et de toute couleur, leur vocation d’apôtres auprès de leurs frères et soeurs de travail dans leur propre vie et leur propre milieu de vie, pour la solution de tous leurs problèmes de vie en vue de leur mission et de leur destinée divine ; elle a créé des millions d’équipes et de sections locales, unies en fédérations régionales, unies elle-mêmes en fédérations nationales et internationales, formant à l’heure présente un mouvement mondial indissolublement uni, voulant irrésistiblement atteindre et sauver tous les jeunes travailleurs du monde, les former, les faire agir, les représenter auprès de toutes les institutions publiques et privées, afin qu’ensemble ils s’entr’aident pour la promotion temporelle et le salut éternel de tous les jeunes travailleurs.

4. La JOC mondiale et la plupart des JOC nationales sont reconnues officiellement et mandatées par le Saint Père et par la Hiérarchie pour leur mission apostolique auprès des jeunes travailleurs, dans leur milieux de vie et pour tous les problèmes de cette vie.

5. L’aumônier jociste représente la Hiérarchie à tous les échelons de la JOC. Il y est le conseiller ecclésiastique qui aide dirigeants, militants et membres à découvrir leur mission divine, à utiliser tous les moyens divins et humains pour leur propre mission e t celle du mouvement en vue de la libération de tous leurs frères et soeurs de travail.

6. La cellule de base de la JOC est la section locale qui plonge dans la vie et dans les milieux de vie. Celle-ci unie à la paroisse – là où elle existe – y puise les ressources spirituelles dans une organisation missionnaire, collaborant avec tous les jeunes travailleurs du monde, le mouvement mondial jociste forme (illisible) l’organisation la plus représentative pour poursuivre dans toutes les institutions internationales les besoins et les aspirations des jeunes travailleurs.

7. La mystique jociste inspire à la JOC à tous les échelons un esprit oecuménique qui unit tous les jocistes avec tous leurs frères de travail, quel que soit la religion ou l’idéologie à laquelle ils adhérent.

Le mouvement jociste. L’organisation de la JOC dans le monde, ses méthodes de formation, d’action et d’organisation, ses services et ses collaborations sont détaillés dans le Manuel de la JOC et dans les publications (livres, brochures, bulletins et journaux) des JOC nationales et du secrétariat de la JOC internationale.

III PARTIE

L’HISTOIRE DE LA JOC.

I. 1. Préparation. C’est le libéralisme économique qui par l’extension du machinisme en Europe d’abord, puis en Amérique du Nord et aujourd’hui dans le monde entier, y a causé des maux indicibles dans des millions de familles de travailleurs salariés, non seulement par les conditions inhumaines du travail et du salaire, mais encore et surtout par l’emploi des enfants, des adolescents, des jeunes gens et de jeunes filles, de femmes célibataires et mariées, de mères de familles, voués, loin de leur foyer, à un abandon physique, moral et religieux, qui les condamnait à une promiscuité révoltante au travail, pendant les déplacements et les loisirs, et les condamnaient dès l’âge le plus tendre à l’impuissance de développer leurs facultés intellectuelles, morales, culturelles, professionnelles et humaines qui auraient dû assurer leur bonheur familiale et leur ascension sociale.

2. Le fondateur de la JOC, né en 1882 d’une famille ouvrière vit dès l’âge le plus tendre les spectacles et les conséquences de ce désordre sociale et humain. Il voyait tous les matins et tous les soirs passer devant la porte de la maison des bandes de gosses, filles et garçons, hommes et femmes, pieds nus ou en sabots, venant des villages environnants pour prendre le train banlieue à Hal pour toutes les entreprises installés le long de la Senne depuis Bruxelles jusque Mons, Ath et Leuze.

Les amis avec lesquels, enfant et adolescent, il avait été en classe, avaient du aller au travail quand lui pouvait aller au Séminaire, lui avaient reproché de devenir un traître de la classe ouvrière et un ami de leurs patrons exploiteurs. C’est alors que sur le lit de mort de son Père il fit le serment de consacrer toute sa vie de prêtre à sauver les jeunes travailleurs.

3. Bientôt des enquêtes d’abord en Wallonie, puis dans toute la Belgique, et après en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, en France, lui révélèrent les causes de la perte des jeunes travailleurs. Et en même temps grandissait en lui la conviction que le seul moyen de sauver les jeunes travailleurs, c’était de les former, de les grouper, de les unir en un puissant mouvement qui les rendrait capables non seulement de résister aux erreurs, aux abus et à la corruption, mais de devenir eux-mêmes dans leur propre vie, dans leurs milieux de travail et de vie, les protecteurs, les défenseurs et les sauveurs de leurs frères et soeurs de travail. Ce mouvement de jeunes travailleurs devait être à la fois une école, un service, un corps représentatif, puissant et influant, qui à la fois ferait découvrir aux jeunes ; travailleurs leur propre dignité et leur propre valeur, les exercerait à accepter et à réaliser leurs responsabilités auprès de leurs camarades, mais même d’aller au nom de leurs camarades et en délégation avec eux, auprès de toutes les autorités privées et publiques, pour obtenir la suppression des abus et surtout toutes les transformations et améliorations nécessaires pour la promotion des jeunes en vue d’un avenir familial, professionnel, social et politique, garant de leur bonheur et de leur dignité.

II. Débuts. Ce fut en 1912, que nommé vicaire dans une paroisse de la banlieue de Bruxelles, il commença immédiatement à l’exécution du plan qu’il avait conçu. Dans une petite annexe du patronage – la chambre de Mme Doucet – un tout petit noyau de jeunes travailleuse ses et plus tard de jeunes travailleurs – se réunissait pour discuter ensemble sur leurs conditions de travail et sur celles de leurs compagnes et de leurs compagnons. On faisait ensemble des questionnaires pour des enquêtes plus larges, et on invitait des compagnons et des compagnes pour chercher les moyens d’améliorer les conditions de vie et de travail. Et c’était toujours les militantes et les militants du premier noyau qui présidaient les réunions, menaient les discussions, tiraient les conclusions et proposaient des plans d’action.

Et bientôt plus de 200 jeunes, de 14 à 25 ans, étaient groupés dans une section qui se réunissait en groupes homogènes de petites apprenties, de tailleuses, lingères, repasseuses, ouvrières d’usines, employées et institutrices. Et leur formation même soudait ensemble l’aspect profane et l’aspect religieux. Et pour y donner une réponse on avait fondé une ligue de femmes d’un millier adultes (illisible) et des syndicats pour toutes les professions, et des cercles d’études pour jeunes filles de la Bourgeoisie, non travailleuses, mais au service de celles-ci (illisibles). Et toute la paroisse était inspirée d’un esprit de communauté agissante dont il faudrait pouvoir décrire toutes les manifestations.

III Quand la guerre éclata ! Tous les hommes étaient appelés au front et bientôt les jeunes gens les suivirent ou furent amenés de force par l’envahisseur. Et c’est alors que la section des jeunes travailleuses avec toutes les organisations qu’elle avait et qui collaboraient avec elles, organisait un réseau d’oeuvres de guerre, unique dans la banlieue Bruxelloise et dans le pays ! Reconnue par le comité national de secours et d’alimentation, boue la direction et la responsabilité d’un comité local, « La Grande Grille », grand bar mal famé, fut transformé en siège de la goutte de lait, des repas pour les femmes enceintes ou jeunes mères, de comptoir qui distribuait du travail à domicile, payait les allocations aux chômeurs ; école de coupe et de couture, de lingerie, de comptabilité, services de liaison entre les soldats du front et les familles.

L’aumônier arrêté le 6 décembre 1915, seul pendant deux ans dans sa petite cellule de la prison de St.Gilles, restait en liaison clandestine avec les dirigeants et les militantes. Et malgré les difficultés des déplacements des déléguées de province se réunissaient en semaine d’études pour préparer l’après-guerre.

IV. Pendant la guerre, 1’aumônier ayant été nommé par la Hiérarchie Directeur d’arrondissement des oeuvres ouvrières, le ©entre de tout le mouvement des jeunes travailleurs fut transféré au secrétariat des organisations ouvrières, immédiatement avec la fin de la guerre. Et les pionniers d’avant la guerre reprirent le mouvement des jeunes syndicalistes, qui s’installaient dans les fameuses mansardes de la rue Plétinckx, Bientôt des groupes se formaient dans les différentes paroisses, un petit journal, Jeunesse Syndicaliste, fut lancé pour la masse et le mouvement essaimaient d’abord en Wallonie puis en pays flamand. En avril 1924, le nom de jeunes syndicalistes fut changé en celui de jocistes, membres de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.C.) qui allait devenir un nom mondial.

V. Non, sans difficultés bien tragiques jusqu’à ce que le mouvement fut enfin reconnu par le Pape et par tous les évêques et officiellement fondé par le premier Congrès National de la JOC qui se tint à Bruxelles le 18 et 19 avril 1925.

(Toute l’Histoire jusqu’à la guerre de 1940-44 : voir Manuel, Livres d’Or et autres documents).

LA J.O.C. INTERNATIONALE

1. La JOC devait pour atteindre son but être internationale. Elle l’était d’ailleurs dans l’esprit de ses fondateurs, dans son programme, ses méthodes et ses réalisations.

2. Déjà, avant son premier Congrès national les publications étaient répandues en France, et ses réalisations suivies par des amis de Hollande, du Grand Duché de Luxembourg, du Canada et de la Colombie. Au Congrès national de 1925 assistaient déjà l’abbé Six avec un groupe de jeunes de Lille et le Père Dansette de l’Action Populaire de Paris. Et depuis ce moment il n’y aurait plus une semaine d’études ou un Congrès où les pays avoisinante n’envoyaient leurs délégués.

De 1925 à 1955 naissance et reconnaissance officielle des différentes JOC : France, Suisse, Angleterre, Portugal, Hollande, Luxembourg, Allemagne, Autriche, Malte.

En 1935 1er Congrès Jubilaire suivi de la 1ère Semaine d’études internationale.

3. Ces liens de plus en plus organiques allaient se manifester bientôt par des démarches communes auprès du Bureau International de Genève, à l’occasion de la crise mondial du chômage des jaunes. Et ensemble déjà la JOC de plus de 20 pays avaient préparé le Pèlerinage international de la JOC à Rome en 1939. Tandis que le Pape avait déjà fait frapper 20.000 médailles magnifiques pour les distribuer aux jeunes pèlerins, la 2ème guerre mondiale éclata et les jocistes partout, au lieu de se réunir à Rome, devaient rejoindre le front.

4. Cette guerre fratricide, qui allait causer des pertes irréparables, fut aussi l’occasion d’une entr’aide fraternelle et héroïque entre les jocistes d’Europe obligés d’aller travailler aux armements dans les lager et qui furent emmenés dans les camps de concentration de l’Europe Centrale. Ce fut une nouvelle légende dorée. Plus de 600 sections clandestins entretenaient des liens entre elles et avec les pays dont les jocistes étaient originaires. Plusieurs militants allaient de leur vie, leur charité et leur héroïsme et à leur tête les 2 fondateurs de la JOC, Fernand Tonnet et Paul Garcet.

5. Quand les armées alliées vinrent libérer Bruxelles, immédiatement se tint ou grand Cirque Royal le Premier Rallye international. Quelle joie de se retrouver de nouveau libres, mais aussi quel engagement pour redoubler de ferveur pour unir et sauver la jeunesse travailleuse d’après guerre.

6. Cette première rencontra fut aussi l’occasion de chercher au moins provisoirement à transférer le lien spirituel et doctrinal entre les JOC des différents pays, en lien organique et de nommer un Comité international provisoire, composé de représentants de 3 pays qui pouvaient se rencontrer sans trop de frais pour nommer un Président internationale et une secrétaire permanents, pour fixer le siège du secrétariat international et pour élaborer des relations et enfin un statut international, qui pourraient préparer la Réunion d’un Conseil international chargé de nommer statutairement un comité international et un Bureau international avec tous les organes nécessaires à une formation, une action et une organisation internationale.

7. Le comité provisoire se composait des représentants de l’Angleterre, de la France et de la Belgique, et le Premier Président international fut Pat Keegan et la Secrétaire Marguerite Fiévez. Le comité provisoire dura plus longtemps qu’on ne l’avait prévu, c’est-à-dire jusqu’au Rallye international et au Conseil international de 1957 à Rome. Mais s’il était provisoire, il n’en fut pas moins fécond.

8. Le premier besoin était d’établir des contacts entre les différents JOC du monde, contacts par correspondance, proposant des enquêtes, des réalisations et des rencontres aux JOC voisines dans les différents continents ; contacts personnels par les visites de l’aumônier général souvent accompagné d’autres membres du comité, et même par des semaines d’études et congrès régionaux et continentaux.

9. Les Premières Tournées internationales furent

en 1946 dans les 3 Amériques avec session intercontinentale à Costa Rica, et des rencontres nationales ou régionales au Canada, aux Etats-Unis, au Mexique, à Costa Rica, au Panama, au Pérou, au Chile et en Argentine.

en 1947 eut lieu le premier Congrès interaméricain à Montreal auquel assistaient beaucoup de délégués d’Europe et des 3 Amériques. C’était à l’occasion du 15e. anniversaire de la JOC Canadienne. Il eut un grand succès et le Pape voulut s’y associer par une lettre très impressionnante.

en 1948 ont lieu la première semaine d’études sacerdotale à Sao Paulo au Brésil. Elle fut suivie par plus de 200 prêtres et le Saint Siège y envoya deux lettres très insistantes. Ce fut l’occasion pour l’aumônier général de visiter l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Sénégal et les 3 Amériques et d’avoir des contacts avec les dirigeants, les aumôniers et la Hiérarchie.

en 1949 semaine d’études à Rio de Janeiro

semaine d’études à Costa Rica pour l’Amérique Centrale et du Sud

à Cuba et en Haïti

à Récife,

5° En 1952 avec P. Keegan aux Indes, Ceylon, Philippines, Japon, Pakistan

6° en 1953 au Congo

7° 1954 Congrès Eucharistique à Rio de Janeiro (illisible) Brésil, Paraguay, Argentine, Chili, Pérou, Bolivie, Panama, Colombie, Venézuela, Cuba, Haïti, Etats-Unis, Canada

Cardijn-Fiévez 1955-56

Cardijn Egypte, Liban, Syrie, Jordanie, Israël.

Cardijn Congo, Ouganda, Tanganyika, Rhodésia, Afrique du Sud

10. Toutes ces tournées, outre l’enrichissement inouï par les contacts la visite des Evêques, des aumôniers, les militants, les jeunes travailleurs, les entreprises, les logements, les situations concrètes des pays, des races, des religions, des régimes, étaient l’occasion unique d’expliquer concrètement les méthodes jocistes pour la fondation et la vie des sections et des fédérations, de l’action dans les milieux de vie, la formation des militants, des dirigeants et des aumôniers, etc.

11. Mais plus que la formation, ces tournées ont formé l’amitié jociste internationale, la confiance, la fierté, l’esprit d’unité, la générosité et le dévouement. C’est spontanément que sont nées les cotisations internationales, les journées internationales, le fonds de solidarité internationale qui ont provoqué des prodiges de sacrifices, de renoncements pour l’extension de la JOC internationale et le soutien des travailleurs étrangers.

12. Et c’est ainsi que sont nées les semaines internationales pour dirigeants et aumôniers, les stages et les échanges de dirigeants et de militants, et enfin les extension workers, les missionnaires jocistes qui sacrifiaient quelques années de leur jeunesse pour aller aider gratuitement, en Afrique, en Asie, en Amérique latine leurs frères de travail à former dans leur propre pays des JOC autonomes, indigènes, dirigés et propagés par des jeunes travailleurs autochtones.

13. On peut dire que les méthodes de formation, d’action et d’organisation, que l’esprit de la JOC, la plupart des réalisations et des structures existaient avant le statut et le Conseil et les dirigeants internationaux juridiquement nommés selon les statuts. Ceux-ci pas plus que le règlement d’ordre intérieur ne furent pas créés à priori, mais sont le fruit d’une longue et précieuse expérience.

1957.

1. De même que les Statuts le Règlement intérieur, le Conseil et les dirigeants officiels, le fameux Rallye de Rome dans tous ses aspects fut le résultat d’un prodigieux, libre et irrésistible éclatement d’un élan jociste venu, dans tous les pays du monde, du coeur, des sacrifices, de la volonté des jeunes travailleurs. Que 32,000 jeunes travailleurs et travailleuses aient pu se réunir, pendant k jours à Rome, venant de 87 pays, de tous les continents, sans la moindre pression ; il faut réaliser l’effort    fourni par des milliers de jeunes qui ont aidé à couvrir les frais de cette rencontre. Et cet effort n’est encore rien auprès de l’esprit, de la discipline, de la ferveur, de ce mélange de toutes les races, de toutes les couleurs, de toutes les langues, de tout le folklore, de tout l’art, nous pouvons dire de toute l’âme de cette jeunesse internationale. Les deux soirées folkloristes, le soir, dans deux Cirques de la Rome ancienne, le chemin de croix autour du Colisée, la messe à St-Pierre, les venues et retours dans les logements.et enfin l’apothéose sur la grande Place de St-Pierre, le spectacle autour de l’Obélisque, l’ovation au Saint-Père, il faut revoir les photos, les films pour être sûrs que ce n’est pas un rêve !

2. Et ce fut au lendemain de ce triomphe, fruit d’un long passé, que se tient à la Domus Mariae, avec les représentants nommés par les JOC de tous les pays, le premier congrès officiel garant de la JOC internationale de demain.

3. Ce premier Conseil officiel fut une assemblée constituante de jeunes travailleurs parlant au nom de leurs camarades de tous les pays pour adopter les statuts qui serait la Charte de leur mouvement libérateur, pour choisir librement leurs dirigeants du Comités et du Bureau, pour adopter librement les engagements qu’ils prenaient pour assurer l’avenir de leur organisation, pour exécuter les réalisations qui devaient aider à relever leurs frères et soeurs de travail de toute race, toute couleur, toute langue, toute religion. C’était comme le Concile oecuménique de la JOC internationale, Il faut en relire le compte rendu pour en saisir la profondeur, mais il faut y avoir assisté pour en comprendre l’âme, l’union et la ferveur,

4. Ce Conseil qui dura huit jours fut suivi de la réunion du 1er Comité international qui régla le travail des if années suivantes.

Et la vie, comme le travail international, reprit comme sous le souffle d’une nouvelle Pentecôte,

1° Travail au secrétariat international, siège du Bureau International, exécuteur de tous les travaux d’administration et de propagande

2° Préparation et tenue des réunions annuelles du comité international : Amsterdam, la Havane, Rio de Janeiro

3° Préparation et tenue des semaines d’études et congrès continentaux : Togo, Lima, Kuala Lumpur

4° Tournées des dirigeants internationaux en Afrique, Moyen Orient

5° Contacts et collaboration avec les institutions internationales (OIT, UNESCO, UNO, WAY, et les OIC)

6° Nomination de propagandistes itinérants

7° Envoi d’extension workers

8° Visites, publications, semaines sacerdotales et de dirigeants

1961.

1. Les 4 premières années de la JOC internationale officielle furent non seulement des années de mise en place de toutes les structures et de la mise en train de tous les agents d’exécution, ce furent surtout des années de formation profonde et d’étude de tous les problèmes nouveaux que pose la jeunesse travailleuse dans un monde qui se transforme avec une rapidité vertigineuse. La JOC n’est pas une institution statique qui reste dans la théorie et les principes ; la JOC est un mouvement dynamique qui non seulement ne peut jamais arriver trop tard, mais doit savoir juger les nouveaux problèmes et adopter les nouvelles solutions. La JOC internationale de 1961 n’est plus la JOC belge de 1925. Le monde et la jeunesse travailleuse ont plus changé en ces 38 années que pendant des siècles passés. Et pourtant la vérité reste identique, la mission et la destinée des jeunes travailleurs n’a pas changé, mais quelles nouvelles adaptations, on doit dire plus, quelles nouvelles incarnations ! La JOC doit toujours approfondir la doctrine, toujours rester en contact avec les dépositaires de la doctrine, sans perdre un instant le contact avec les réalités mouvantes.

De là le souci de rester en contact intime avec Rome et ses porte-paroles, de maintenir la présence auprès de toutes lés institutions internationales, et par dessus tout de développer sans cesse en contact plus vivant et plus vivifiant avec tous les jeunes travailleurs, avec toutes les réalités et tous les problèmes de la vie des jeunes travailleurs de tous les pays ! C’est ce contact vivant avec la base, avec les réalités terrestres les plus humbles de la vie de la masse qui donne aux principes les plus nécessaires et à l’idéal le plus élevé, qui donne à la JOC internationale sa vraie valeur. Et il doit être toujours le plus surveillé et le plus contrôlé.

2. Le 2e Conseil International de Rio de 1961 allait nous en apporter le témoignage ! Non seulement les représentants et les messages les plus flatteurs des autorités religieuses et des plus grandes institutions et organisations internationales, tant neutres que catholiques y exprimèrent leur admiration, leur foi et leur confiance dans l’action de la JOC internationale, mais les rapports d’activité et d’étude des dirigeants de la JOC elle-même y révélèrent les progrès étonnants opérés durant les k premières années de la vie jociste internationale.

Il nous faut insister aussi sur les efforts inouïs et la générosité illimitée apportés par la JOC Brésilienne pour assurer aux membres du Conseil international, venus de tous les continents, un a accueil non seulement digne du premier Conseil international de Rome, mais qui les mettaient dans un cadre et lui offrait des réalisations qui n’avait pas pu offrir le premier conseil international jociste. Le Conseil de Rio put se tenir dans le plus grand et le plus bel Hôtel du Brésil, au (illisible) de Pétropolis, qui offrait aux 400 délégués les conditions les plus favorables de logements, de nourriture et les places les plus spacieuses pour les réunions générales et spéciales, les exercices religieux et tous les services du secrétariat international. Le dernier dimanche aurait dû se tenir au Stade de Rio un grand jeu folklorique, empêché par une averse Brésilienne. Mais tous les membres du Conseil purent prendre part à des visites organisées à Brasilia, Bel Horizonte, Sao Paulo, etc. Et jusqu’aux pays.

Ce qui caractérise surtout le 2e Conseil ce fut l’élection des membres du nouveau Comité et du nouveau Bureau. Presque tous des nouveaux qui devaient se mettre au courant tant des problèmes internationaux de la jeunesse travailleuse que de l’organisation, de la vie et du travail de l’internationale, tant au Secrétariat Général que dans tous les continents. Un nouveau programme fut aussi lancé : le travail des jeunes dans le monde, les problèmes des grandes villes et la mise au point du service international de la JOC (préparation et envoi des nouveaux extension-workers, et des jeunes techniciens demandés partout).

Depuis 1961 les responsabilités internationales de la JOC n’ont fait qu’augmenter : les Sessions d’études à Kuala Lumpur et à Colombo ; les tournées, rencontres et sessions au Moyen Orient et en Afrique ; les sessions d’études en Europe pour l’étude des problèmes des grandes villes ; la création et le fonctionnement du Comité et du Conseil Européen et la préparation du Grand Rallye Européen à Strasbourg. Le Comité international s’est réuni à Berlin et à Montréal. La collaboration avec le BIT, l’UNESCO, la WÀY, l’ONU, avec les OIC et en particulier avec les OIC de jeunesse. Et ainsi se prépare lentement le nouveau Conseil international de 1965 et la relève des nouveaux dirigeants internationaux,

RESULTATS.

Quand je revis le chemin parcouru depuis le premier tout petit grain de sénevé en 1912 et le déploiement de la JOC internationale dans environ 100 pays de tous les continents, avec certainement 50,000 sections locales unissant déjà des millions de jeunes travailleurs de toute race et de toute couleur, on peut certainement parler du miracle de la JOC. Mais ce développement en extension et en nombre n’est que l’extérieur de la JOC internationale. Il faut voir la transformation opérée à l’intérieur de cette jeunesse travailleuse, nouvelle conception de vie, les chefs formés aux organisations adulte tant au point de vue social, économique que politique, les milliers de vocation sacerdotales, religieuses, missionnaires, et même contemplatives, mais surtout les centaines de milliers de familles nouvelles avec leurs millions d’enfants préparés à une vie d’apostolat dans l’Eglise et dans le monde. En voyant l’ensemble de ces résultats on vit déjà la certitude d’une jeunesse travailleuse nouvelle dans un monde de travail nouveau.

Et c’est avec un sentiment d’infinie reconnaissance à la divine Providence, à toutes les collaborations venues si généreusement de la part du Saint Siège et de la Hiérarchie, de la part des aumôniers et des organisations ouvrières, de la part aussi d’amis discrets et généreux qu’il faut regarder l’oeuvre accomplie et les résultats obtenus. Elle mérite certes une étude plus approfondie en la replaçant dans le cadre social, économique, culturel, politique et religieux de ces quatre-vingt dernières années. Il faudra indiquer la part que la JOC a prise dans les transformations opérées et surtout dans les progrès obtenus pour la jeunesse et pour toute la population travailleuse. Si la jeunesse travailleuse n’est plus simplement regardée comme une main d’oeuvre présente et future, si on lui reconnaît une mission, une dignité, une valeur humaine, qui doit être respectée et épanouie à l’égal de la jeunesse des classes les plus élevées, il faudra y chercher la part d’influence tant sur l’opinion publique, que sur les autorités publiques et privées qui revient à la JOC. Pour faire ce bilan il faudrait une documentation tenue a jour de tous les aspects du travail de la JOC –  programme annuel, publications annuelles, réunions, enquêtes, démarches publiques et privées, et cela à partir du plan local jusqu’au plan international. Et pour cela il faudrait à tous les plans des responsables de la documentation, à qui on a expliqué son importance et qui en retirerait une formation pour tout leur avenir personnel et social.

Tout ce travail intérieur à longueur d’années et de générations peut seul révéler la valeur et l’importance d’un mouvement éducatif et apostolique dans l’Église et dans le monde.

PROBLEMES.

Et c’est ainsi que nous arrivons aux problèmes que soulèvent la JOC. Nous ne pouvons pas les poser tous, ni en détailler la solution. Ce n’est pas non plus dans un esprit de critique négative, de reproche, de plaintes ; mais dans la volonté inébranlable d’une solution positive et efficace ; parce que nous avons la conviction que cette solution est nécessaire à l’avenir de la jeunesse travailleuse, de l’Eglise et du monde. Et nous sommes sûrs qu’avec la foi requise, cette solution intégrale est possible.

De la base au sommet ! Dans un mouvement éducatif de jeunes travailleurs, il faut toujours partir, repartir, renouveler de la base au sommet, c’est-à-dire de la section locale jusqu’au bureau international. Nous pouvons avoir l’état-major international le plus brillant, le secrétariat international le mieux équipé, la représentation internationale la plus influente, les publications internationales les plus réputées, si nous n’avons pas de vraies sections locales, avec le véritable esprit et le véritable travail jociste qui est rayonnant, bien équipé, influent et réputé dans la localité – commune ou paroisse, école ou entreprise – nous n’avons pas de vraie JOC. La JOC, ce sont d’abord les jeunes travailleurs là où ils vivent et où ils travaillent, qui aiment, font connaître, répandent dans leur propre vie et milieux de vie, parmi tous leurs camarades les objectifs réels de la JOC. La JOC internationale est une pyramide vivante qui repose sur et monte de la base la plus large, la plus solide et la plus profonde. Dites moi ce que sont les sections jocistes locales, et je vous dirai ce que vaut la JOC internationale !

Vers la masse, par l’élite dans la masse. Je ne connais d’autre solution, et c’est ici que la vraie conception, la véritable action, la nécessaire organisation doivent exister à la base, et de là monter au sommet. Sinon le sommet est oblige de tricher : il ne représente pas la masse. Des groupements d’élite, en dehors de la masse et de sa vie, ne sont pas une élite jociste. Les dirigeants et les militants doivent avoir la hantise de la masse, vouloir la connaître, la contacter, les recruter ; travailler avec les autres, par les autres ; en équipe avec les autres, équipes d’amitié, qui ensemble agissent, se soutiennent pour gagner et libérer tous les autres. La J OC n’est pas pour une minorité, sa conception de vie sur la personne, la mission de la personne, la mission de la famille, le travail et le milieu de travail, les loisirs et les vacance ; la véritable promotion du jeune homme, de la jeune fille, tous les a apôtres de le JOC sont pour et par la masse. Nous n’y sommes pas encore, cela n’est rien ou plutôt c’est grave, parce que nous ne pouvons pas laisser la masse se perdre, de se dégrader (ce que vous avez fait au moindre de vos frères, c’est à moi que vous le faites). L’esprit de masse est l’esprit jociste.

Par la formation de l’élite, des dirigeants, des militants. Ils ne peuvent pas se croire des privilégiés, des supérieurs, ils doivent être et devenir plus serviteurs, à mesure qu’ils s’élèvent dans la Hiérarchie jociste, à mesure que montent et s’élargissent leurs responsabilités. C’est là le véritable esprit de pauvreté : être au service du Christ dans les autres, par les autres. Voilà pourquoi aucun moyen ne peut être négligé, d’un côté pour connaître la masse, ses besoins, ses possibilités, le moyen de la contacter et de la servir ; de l’autre côté pour apprendre à approfondir le motif pour lequel il faut le faire, sa mission, sa destinée dans la vie, dans le Christ, ici-bas et éternellement.

De là, la réclamation des moyens avec lesquels (voir, juger, agir) il faut former les dirigeants. Déplacements, grandes villes, perspectives continentales et internationales, cotisations, journées internationales, responsabilités et générosités internationales.

Les centres et les subsides nécessaires. On parle beaucoup des maisons de jeunesse, de centres de vacances pour la jeunesse. Si on les réserve à la masse des soi-disant inorganisés, on commet une erreur et certainement une faute. Les centres et les subsides doivent être réservés aux vrais mouvements éducatifs de la jeunesse, responsables de la masse, par l’élite dans, avec et par la masse. Quand on compare les écoles, les centres, les subsides réservés à l’enseignement, à l’armée, à l’armement, aux subsides accordés à l’éducation de la masse, on est épouvanté. Il y a là le test le plus irréfutable de l’incompréhension du problème de l’éducation de la jeunesse et surtout de la jeunesse travailleuse.

Les collaborations nécessaires. Mais les centres et les subsides ne suffisent pas, il y faut une collaboration éducative, pour inspirer, encourager, soutenir et guider les jeunes travailleurs dirigeants, militants, membres et simples jeunes travailleurs.

Cette collaboration sera d’abord nécessaire à l’intérieur des mouvements et dans la JOC à tous les échelons du mouvement – local, régional, national, continental et international – Et ces collaborateurs indispensables sont d’abord les aumôniers. Tel aumônier, telle JOC ! Sans aumôniers, pas de JOC. Les jeunes travailleurs, plus que n’importe quel jeunes, ont besoin de prêtres attachés au mouvement, dans et par lequel ils doivent se former, se préparer à leur avenir, se soutenir, et entraîner les autres à se former, à se préparer à leur avenir et à se soutenir, dans la localité, au travail, pendant les loisirs, pour tous les besoins de leur état de vie. Le problème de la formation, de ses aumôniers, avant leur ministère et pendant leur ministère, restera longtemps encore un problème capital.

Avec les aumôniers, se posera de plus en plus le problème de quelques anciens et anciennes, restant attachés au mouvement non pas : comme dirigeants, mais comme conseillers et responsables de certains services d’administration et de représentation.

Mais le problème de la collaboration intérieure ne sera jamais résolu sans le problème de la collaboration extérieure. Si les mouvements d’adultes ouvriers et autres ; si les ligues de parents et tous les responsables de l’enseignement, ne soutiennent pas le mouvement de jeunes travailleurs, la JOC, par lui-même, seul, le mouvement est impuissant à le faire. Il s’agit de créer une opinion publique qui comprenne, soutienne et répande la nécessité et l’importance de l’éducation de la jeunesse travailleuse, des mouvements d’éducation, de la JOC. Quand on voit la publicité des moyens commercialisés pour attirer et, hélas, perdre et corrompre la jeunesse, on est honteux de l’inertie des organisations privées et des pouvoirs publics.

Quand on voit combien certains régimes qui supprimaient la liberté, sont aujourd’hui préoccupés de l’éducation de la jeunesse et dépensent des sommes et des efforts en vue de cette éducation, on rougit du retard et souvent de l’incompréhension des régimes démocratiques ?

Il y a bien d’autres problèmes :

1° le problème de la collaboration des mouvements de jeunes entr’eux et la collaboration des Catholiques et non-Catholiques

2° le problème de la collaboration des mouvements de jeunes et de mouvements d’adultes

3° le problème de la collaboration oecuménique

4° le problème de la collaboration internationale et en particulier du service international et missionnaire.

X

On le voit, nous ne sommes encore qu’au début de la JOC internationale et du problème de l’éducation et des mouvements d’éducation de la jeunesse travailleuse.

Je le dis, à regret, mais non pas avec scepticisme ; le problème de la nécessité de l’éducation et des mouvements d’éducation de la jeunesse travailleuse, n’est pas encore compris de nos contemporains, et même l’élite de nos contemporains, les autorités publiques, les enseignants, les patrons, le clergé.

Que la JOC elle-même, par son exemple et la valeur de son action, soit la meilleurs messagère de la nécessité de cette éducation et de cette éducation organisée par les mouvements de jeunesse !

Nous sommes entrés dans l’âge d’éducation. Plus les progrès techniques, scientifiques, économiques, sociaux et culturels se développent, plus l’éducation sera indispensable et importante. Les abus de tels progrès sont si fatale et si désastreux, que seule éducation qui assurera le sens et la conscience de la responsabilité peut sauver le monde. Celui-ci est menacé d’un déluge par l’absence d’une responsabilité plus forte que toutes les armes et tous les autres traits. C’est l’éducation seule – surtout des jeunes et des adultes – et nous pensons l’éducation chrétienne, qui peut et doit non seulement! le sauver, mais mettre les progrès toujours croissants au service du bonheur, de l’épanouissement et du salut de toute l’humanité.

J. Cardijn

11-6-63

ANNEXES t

1° Documents pontificaux

2° Témoignages de savants et d’institutions

3° Le programme professionnel de 1925

4° Le questionnaire général de 1925

5° Publications jocistes

6° Publications complémentaires sur la jeunesse et ses problèmes

7° Tableau des pays où existe et travaille la JOC.

SOURCE

Archives Cardijn 1811

Note explicative de Marguerite Fiévez

information complémentaire au n° n° 1811 : La JOC

Ce nouveau travail sur la JOC est en quelque sorte la reprise, sous une autre forme, du travail antérieur, ébauché puis abandonné entre 1955 et 1962, sous le titre : La JOC et le problème de la jeunesse travailleuse. Voir les n° 1799-1803.

C’est pour les mêmes raisons que l’édition projetée sous le titre : La JOC n’a pas vu le jour.

MF

Table alphabétique sommaire

Table Alphabétique Sommaire

Les numéros renvoient aux pages.

A. C. J. B.: 295.

Action Catholique: 23, 49, 219, 289. 

Administration : 267 à 270.

Administration centrale: 178 à 183. 

Administration locale: 195 à 210. 

Administration régionale: 184 à 194. 

Adolescence salariée : 6 à 11, 211. 

Amis de la J. O. C.: 293 à 295. 

Apprentissage : 83 à 86.

Assemblées générales des blocs d’entreprise : 171 à 175.

Assemblées générales des sections: 155, 163 à 166, 261 à 263.

Aumônier général : 125, 290.

Aumôniers locaux : 155, 289 à 293.

Aumôniers régionaux: 130, 289 à 293.

Bibliothèques : 337.

Blocs d’entreprises: 171 à 175, 285.

Bonne Chanson : 342.

Bulletin des Dirigeants: 181, 187, 273 à 274.

Calendrier local: 155, 156, 164, 168, 291.

Calendrier national: 125.

Calendrier régional: 180, 181, 198.

Carte jociste : 154, 195.

Cercles d’études : 74 à 78, 229 à 237.

Cercle d’études régional: 237.

Choix du métier : 9, 79, 304 et ss., 311.

Collaboration avec l’école, la famille et la paroisse: 79 à 81, 300 à 302.

Collaboration avec les groupements acéjibistes : 122, 161, 295 à 297.

Collaboration avec les organisations ouvrières – 122, 161, 298 à 299.

Collaboration avec les patrons : 299, 320 à 321. Comités :255 à 260.

Comité général : 124.

Comité local: 155 à 159, 166 à 168.

Comité régional: 131 à 134, 142 à 148.

Comités communs de l’A.C.J.B.: 161, 295 à 297.

Commissions spéciales (régionales) 135 à 136, 148 à 149, 304 à 359.

Comptabilité centrale : 182.

Comptabilité locale: 203 à 209.

Comptabilité régionale: 190 à 194.

Conditions d’admission: 154.

Congrès général : 264 à 266.

Conquête du milieu de travail : 283 à 285.

Conquête Jociste : 276.

Conseil régional: 130 à 131, 138 à 142, 160 à 166.

Correspondance générale : 182, 183.

Correspondance locale : 210.

Cotisation jociste : 126, 206.

Débuts des sections : 279.

Débutants au travail : 9 à 17, 52 à 54. 304 à 310. 

Déplacement : 12.

Disques phonographiques : 342.

Dissolution d’une section : 137, 162.

Documentation : 332, 336.

Durée du travail : 96 à 98.

Editions locistes: 271 à 275, 341.

Elite et masse : 278.

Employés (leunes) :102 à 104.

Enquêtes: 40, 50, 61, 76, 86, 98, 107, 213 et ss.. 332, 358.

Enseignement professionnel : 86 à 89, 318.

Epargne : 324 à 325.

Equipe de propagande :282. 

Exclusion des membres : 161. 

Exclusion des sections: 137. 

Excursions: 346.

Fédération régionale: 126 à 137. 

Fêtes: 344.

Fichier général : 178.

Fichiers locaux : 196, 198.

Fichiers régionaux : 184 à 186.

Films : 343.

Fondation des sections: 279 à 282.

Formation esthétique : 228.

Formation familiale : 300 à 302.

Formation générale : 227 à 228.

Formation intégrale : 52 à 54, 68 à 74, 216 à 217. 

Formation intellectuelle: 54 à 55, 228.

Formation jociste : 211 à 215.

Formation morale : 56 à 61, 95 à 96, 221 à 224. 

Formation physique: 55, 96 à 100, 228, 349. 

Formation professionnelle : 83 à 89, 310 à 320. 

Formation religieuse : 66 à 67, 217 à 220. 

Formation sociale: 61 à 65, 224 à 226.

Formation des dirigeants: 132 à 134, 255 à 260, 267 à 270, 276 à 283.

Formation des militants : 135 à 136, 229 à 237, 271 à 274.

Groupes spéciaux: 159 à 161, 168 à 170, 304 à 359. 

Histoire de la J. O. C.: 25 à 37.

Homes et Restaurants :105 à 107. 

Hygiène : 91 à 95.

Inscriptions: 195.

Isolés: 176 à 177.

Jeunes Travailleuses : 119.

Journal « JOC »: 179, 187, 272 à 273.

Journées d’études : 237 à 239.

Librairie 341.

Logements: 12, 105 à 107, 319, 320.

Loisirs, 15, 108 à 111, 286 à 288, 344 à 351. 

Manifestations régionales: 263 à 264. 

Méthodes jocistes: 68 à 74, 211 et ss.

Milieux du travail : 10, 171 à 175, 283.

Mutualité : 328 à 330.

Organisation des Jeunes Travailleurs: 46 à 51.

Organisation générale : 121 à 128.

Organisation locale: 154 à 170.

Organisation régionale: 120 à 153.

Orientation Professionnelle : 79, à 81, 311 à 312.

Pensions: 331.

Placement: 312 à 314, 322.

Pôles d’entreprises : 171 à 175, 285.

Préjocistes: 314 à 317.

Préparation au Travail : 79 à 81. 

Prudence au travail : 95. 

Publications Jocistes: 271, 275.

Rapport mensuel local: 200 à 202.

Rapport mensuel régional: 187 à 190.

Rapports mensuels: 187 à 190, 192 à 202. 

Règlement local d’ordre intérieur : 126, 154, 163.

Règlement régional d’ordre intérieur: 126, 129 à 137.

Repos et repas : 11. Requêtes: 320 à 321.

Responsabilités sociales: 41 à 45.

Retraites et récollections: 242 à 254. 

Réunions régionales: 186 à 187.

Salaire des Jeunes: 100 à 102.

Secrétariat général : 125, 127 à 128, 178 à 183..

Secrétariat professionnel : 145 à 148.

Secrétariat régional: 145 à 148.

Secrétariats d’apprentissage : 315 à 316.

Sécurité au travail : 89 à 91.

Semaines d’études : 239 à 241.

Services centraux: 178 à 183, 304 à 359.

Service colonial: 322 à 323.

Service commercial : 181.

« En relisant le Manuel de la JOC paru en 1925 et complété par une 2me édition en 1930, je me suis demandé si le plus simple, pour faire comprendre la vraie JOC, n’était pas de publier une nouvelle édition du Manuel, complètement adaptée aux problèmes et à l’esprit nouveaux de 1964 et des années futures.

« Et puis je me suis dit : « Non, en temps voulu rééditons le texte de 1925-30 – peut-être dans une collection qui comprendra des textes plus anciens, même d’avant la première guerre ».

« Ce seront les témoins irréfutables (irrécusables) des Vérités de base que la JOC a publiées depuis plus de 50 années, et qui ont été les inspiratrices des méthodes de formation, d’action et de représentation, dont la JOC a été depuis l’origine, la promotrice et la dépositaire pour assurer et répandre le relèvement intégral de la jeunesse travailleuse et du monde du travail.

« On ne change pas les texte des Evangiles et des Encycliques. On s’en inspire pour connaître et vivre le christianisme et la vie de l’Eglise. »

– Joseph Cardijn, 1963

1930: Avant-propos


AVANT-PROPOS

Voici enfin la deuxième édition si longtemps attendue du Manuel de la J. O. C.

Le texte de la première édition a dû entièrement être remanié sauf en ce qui concerne le programme jociste. Il a fallu tenir compte du rapide développement du mouvement jociste et de l’expérience acquise par ses dirigeants.

Dans une première partie, nous posons le problème de l’adolescence salariée que la J. O. C. doit résoudre.

Nous donnons ensuite dans la deuxième partie quelques brèves notes d’histoire qui rappellent les faits saillants des cinq premières années jocistes.

La troisième partie contient le programme jociste tel qu’il a été défini dès 1925 lors du premier Congrès Général.

La quatrième partie, relative à l’organisation et à l’administration jocistes, renferme les statuts, les règlements et les instructions administratives de la J. O. C.

La cinquième partie est consacrée à l’explication sommaire des méthodes jocistes et à l’exposé de leur principale application.

Enfin, la sixième partie donne diverses indicacations au sujet des services jocistes, qui viennent en aide aux groupements jocistes et à tous leurs adhérents.

Différentes annexes: chants, adresses, etc. complètent le volume. A la fin, se trouve la table détaillée des matières.

15 août 1930.

Cardyn

« La J. O. C. n’est pas une étiquette qu’il suffit de coller sur n’importe quel groupement de jeunes travailleurs : congrégation, chorale, club sportif…

« Le port de l’insigne ne confère pas la grâce jociste comme un sacrement…

« Les jeunes travailleurs ne deviendront des Jocistes vaillants, fiers, purs et conquérants, ils n’auront une influence rayonnante sur leurs compagnons et dans leur milieu de travail, que dans la mesure où les sections locales et les fédérations régionales emploieront les moyens de formation, organiseront les services, observeront la discipline et participeront à la vie et à l’activité du mouvement…

« La J. O. C. unit indissolublement un ensemble de groupements et de services. Pris à part et séparé de l’ensemble, aucun de ces moyens ne donnera un rendement suffisant. Seule la combinaison harmonieuse de toute l’activité et de l’organisation jociste parviendra à résoudre le difficile problème de l’éducation et de la protection de l’adolescence et de la jeunesse salariées… »

J. CARDYN

I – Ch. 1 – Le recensement de 1920

PREMIERE PARTIE

Le Problème de l’Adolescence salariée.

CHAPITRE PREMIER

Le recensement général de 1920 renseigne :

Le nombre des jeunes salariés.

141.188 jeunes belges âgés de 14 à 15 ans,

143.157 15 à 16 ans,

144.182 16 à 17 ans,

144.387 17 à 18 ans,

146.810 18 à 19 ans,

149.119 19 à 20 ans,

142.536 20 à 21 ans,

en tout 1.011.379 jeunes belges âgés de 14 à 21 an sur une population. de 7.046.299 habitants, soit une proportion de 136,6 sur mille habitants. Plus de la moitié de ces jeunes gens sont des jeunes salariés.

Le recensement industriel partiel du 20 octobre 1926 compte 13.082 entreprises industrielles occupant chacune plus de 10 ouvriers, avec une main-d’œuvre de 1.176.898 salariés, sur lesquels : 

53.676 étaient âgés de 14 à 16 ans,

71.721 16 à 18 ans,

106.909 18 à 21 ans,

soit un total de 232.405 jeunes travailleurs âgés de moins de 21 ans.

Ce recensement partiel ne comprend pas les miliciens et les chômeurs, les jeunes salariés travaillant dans les entreprises industrielles qui emploient 10 et moins de 10 ouvriers, les jeunes travailleurs des entreprises commerciales, financières et agricoles et des administrations publiques et de l’industrie à domicile.

En 1896, il y avait en tout 247.497 salariés âgés de moins de 21 ans dans l’industrie et dans le commerce en Belgique. Ce nombre a plus que doublé en trente cinq ans.

Chaque année, plus de 70.000 élèves âgés de 14 ans, quittent définitivement l’école pour com mencer leur vie de travail.

Ces chiffres et bien d’autres qu’on pour rait y ajouter permettent de conclure que, sur les deux millions de salariés que compte la Belgique, le nombre des jeunes travailleurs salariés âgés de 14 à 21 ans s’élève à près de 600.000.

I – Ch. 2 – La vie des jeunes salariés

CHAPITRE DEUXIEME

La vie des jeunes salariés.

§ 1. Triste bilan.

La plupart de ces jeunes gens salariés vivent et travaillent dans des conditions religieuses, morales, professionnelles et physiques qui sont une honte pour notre civilisation et qui ont les répercussions les plus désastreuses sur l’avenir et sur l’éternité de ces jeunes gens. Perte de la vie religieuse, déchéance morale, dégénérescence physique, mentalité antisociale, absence de conscience professionnelle, tel est le triste bilan de l’abandon, dans lequel sont laissées en fait, presque partout, l’adolescence et la jeunesse salariées.

§ 2. De l’école au travail.

Quelques mois après qu’ils ont quitté l’école, même catholique, on ne les reconnait déjà plus. C’est que leur passage de l’école au travail s’est d’ordinaire opéré dans les conditions les plus irrationnelles : Pas d’assistance judicieuse ni efficace pour le choix du métier, ni pour le placement, ni pour les problèmes essentiels à leur nouvel état de vie. Les débutants au travail se sont engagés dans cette étape décisive de leur existence sans en connaître ni les devoirs, ni les droits, ni les dangers, ni les tentations, sans y avoir été préparés et formés ni religieusement, ni moralement. Ils vont au travail « pour gagner de l’argent ».

§ 3. Le milieu du travail.

Du jour au lendemain, sans aucune transition, les voilà jetés à l’atelier, à l’usine, au bureau, introduits d’emblée dans la société et dans l’intimité des autres travailleurs. Ceux-ci auront tôt fait de « dégrouiller » et de « déssaler » les bleus. Les conversations malsaines, les chansons grivoises, les inscriptions et les dessins immoraux aux latrines, aux lavoirs, sur les murs, la promiscuité du personnel mixte, la brutalité des gestes, des ordres et des rapports avec les aînés et les contremaîtres. le débraillé dans les toilettes, le manque de correction, l’absence de toute retenue, toute cette atmosphère habituelle du milieu du travail blesse le débutant, le froisse, le déforme, atrophie en lui la pudeur, la réserve, la considération et le respect mutuel. Timide, faible, seul, abandonné, il n’ose réagir et se laisse entraîner. Il devient sceptique et fataliste. Il subit l’influence bonne ou mauvaise des compagnons avec qui il doit travailler, qu’on lui a imposés, qu’il ne peut choisir. Et on sait que ce sont d’ordinaire les forts en gueule, les vantards, les noceurs, les coureurs de filles qui y donnent le ton.

Le milieu du travail est un milieu fermé; les étrangers n’y sont pas tolérés. «Entrée interdite » à ceux qui n’y viennent pas travailler.

§ 4. Jeunes employés.

Qu’on ne pense pas que la situation des jeunes employés soit meilleure au point de vue moral.

Hélas, si la tenue extérieure semble plus correcte, l’atmosphère de beaucoup de bureaux est plus corrompue que celle des ateliers et des usines. Les conversations, les lectures initient les jeunes débutants à bien des perversités, sans compter la promiscuité qui, moins brutale, est souvent plus provocante.

§ 5. Garçons de course.

Que dire alors des garçons de courses, porteurs de télégrammes, grooms de nos banques, de nos magasins et surtout de nos hôtels, restaurants, tea-rooms, cinémas? On peut dire que leurs journées sont des occasions continuelles de laisser-aller, de légèreté, de perversion.

§ 6. Repos et repas.

Les repos et les repas au travail ou autour du lieu de travail sont de nouvelles occasions de démoralisation: mangeant souvent dans la poussière, sans aucune occasion de se laver les mains, sur des établis ou des bacs souillés; ou bien courant s’engouffrer dans des cabarets ou des gargottes surpeuplés; couchés contre les murs; souvent entassés, emmêlés, se bousculant, se provoquant, les jeunes travailleurs y sont exposés aux pires sollicitations.

§ 7. Milieu éducatif.

Combien de milieux de travail sont des milieux vraiment éducatifs? Quelles précautions ont été prises pour que les chefs immédiats, les surveillants, les contremaîtres, les ouvriers adultes fussent de véritables éducateurs des jeunes travailleurs, pour que l’organisation du travail, l’aménagement du local, les mesures sanitaires, la propreté, l’ordre, les moyens de sécurité, aient une valeur éducative? Qu’a-t-on prévu pour former la conscience professionnelle des jeunes salariés?

§ 8. Déplacements.

Que dire alors des déplacements? Des séjours dans les trains, les trams, les autobus, bondés, mal éclairés, non surveillés? Des longs arrêts dans les salles d’attente, autour des gares, devant les aubettes, à la rue?

§ 9. Logements.

Ceux que la distance ou d’autres circonstances obligent à loger loin de leurs parents, vivent dans des conditions telles, qu’il leur faut plus que de l’héroïsme pour résister à toutes les sollicitations et à toutes les tentations.

§ 10. Crise de la puberté.

Et c’est dans de telles conditions que les jeunes travailleurs doivent passer la crise de la puberté. Car c’est là le côté le plus tragique du sort des jeunes travailleurs. Ils sont à l’âge où ils ont le plus besoin de surveillance et de direction autorisées. La crise de la croissance transforme et bouleverse physiquement et moralement tout leur être. Leur curiosité est sans cesse éveillée, leur besoin d’affection grandit, leur personnalité se forme, tout est instable et surexcitable dans leurs sentiments.

Leur inexpérience et leur esprit d’indépendance les livrent désarmés aux initiations les plus troublantes et aux influences les plus pernicieuses. Et c’est à cette époque la plus dangereuse de leur vie, qu’ils sont jetés dans un tel milieu, abandonnés à toutes les rencontres, privés brusquement et presque fatalement de guides et de conseillers…

§ 11. Cessation de toute formation générale et privation de toute direction morale.

Pour la majorité de ces jeunes salariés, avec la fin de l’âge scolaire, c’en est fini de toute éducation religieuse, intellectuelle, morale.

La vie, le milieu du travail, les mœurs, les idées qui y règnent, tout cela les formera. Et pourtant l’âge de l’adolescence est par excellence l’âge de l’éducation. Faut-il s’étonner alors que l’instruction primaire qu’ils ont reçue, loin de leur servir les desserve, que leur intelligence s’atrophie, leur volonté se déforme, leurs sentiments soient dé viés? Ils seront presque fatalement privés de toutes les joies supérieures et n’auront que la seule perspective des plaisirs dégradants.

§ 12. Absence de contrôle paternel et de vie familiale.

Les jeunes salariés sont de plus en plus  détachés du milieu familial. Les adolescents de 14 ans cherchent du travail seuls, sont embauchés seuls, changent de patron et de métier seuls, en l’absence, à l’insu et parfois contre le gré des parents. Les trois quarts des parents qui habitent la campagne ignorent où travaillent leurs enfants salariés et combien ils gagnent. Ils ne songent plus même à se faire représenter, pour ces actes qui auront une répercussion si grave sur la vie de leurs enfants. Malgré toute la bonne volonté de quelques dirigeants industriels, le travail tel qu’il est actuellement organisé a une influence antifamiliale sur les jeunes salariés. Les membres de la famille travaillent dans des entreprises et dans des localités différentes, commencent et finissent le travail à des heures différentes, ne se rencontrent même plus pour manger et pour dormir. Le système des trois équipes disloque la famille ouvrière et rend impossible la surveillance des enfants.

Peu de parents furent préparés à leur rôle d’éducateurs. Leur affection non éclairée se traduit en coups et en gâteries. L’insuffisance du logement ajoute un nouvel obstacle à la vie familiale et est une cause de perversion et de démoralisation.

§ 13. Emancipation précoce.

Les jeunes salariés, quoique légalement mineurs et soumis à l’autorité de leurs parents, se conduisent en fait comme des majeurs pour tous les actes de leur vie de travail. Cette émancipation précoce a une répercussion fâcheuse sur le sentiment de responsabilité des parents et sur la piété filiale des enfants. Ceux-ci retiennent une partie de leur salaire et l’habitude tend à s’introduire dans bien des régions que les jeunes salariés ne paient plus à leurs parents qu’une somme fixe pour leur entretien, comme s’ils étaient de simples logeurs dans leur propre famille.

§ 14. Loisirs et distractions.

Il est facile de comprendre dès lors comment les loisirs se passent et quels plaisirs sont recherchés loin du foyer familial et loin des parents. L’augmentation des salaires et de l’argent de poche, l’attrait des cinémas et des dancings, la publicité tapageuse faite par les annonces lumineuses, les ciné-revues, les journaux sportifs, entraînent le jeune salarié aux dépenses exagérées, au gaspillage stupide de l’argent, à la frénésie des amusements, au dévergondage des mœurs. Et cela, il faut le répéter, en pleine crise de la puberté, loin de toute surveillance. Le jeune homme est abandonné à son inexpérience, à sa curiosité, à ses instincts. Toute sa vie sentimentale se développe, son initiation sexuelle s’accomplit, loin de toute tutelle discrète et prudente. Il se prépare à son avenir, à la fondation d’un foyer, fait la connaissance des jeunes filles, fréquente, courtise, se fiance, n’ayant comme guides et comme conseillers que les confidences, les moqueries, les scandales de camarades plus abandonnés et plus pervertis que lui. Personne ne le respecte dans ses sentiments les plus intimes, tout conspire pour le faire tomber et on se contentera de lui jeter la pierre quand il sera tombé.

§ 15. Abandon religieux.

Si le milieu du travail est de plus en plus détaché de la famille et de l’école, on peut dire qu’il s’est creusé un fossé entre la paroisse et le milieu du travail, qu’il s’élève une cloison étanche entre la religion et le problème du travail. A partir de 14 ans, les jeunes salariés sont jetés dans un milieu tout à fait laïcisé, dépouillé de toute conception et de toute influence religieuses, où ne se rencontrent presque jamais de pratiques et d’emblèmes religieux, où l’atmosphère est matérialiste et même païenne. Les moqueries, les objections, les calomnies contre la religion, contre le clergé et contre l’Eglise trouvent le jeune travailleur désemparé. La religion lui apparaîtra bonne tout au plus pour les enfants. Les pratiques religieuses, sans influence s’il lui en reste, seront souvent sur sa vie réelle. Et pourtant tous ces adolescents sont des baptisés, ont suivi les leçons du catéchisme, ont fait leur première communion. Plus de la moitié ont fréquenté pendant huit ans une école catholique, un grand nombre ont fait partie d’oeuvres paroissiales. Et après quelques mois de vie de travail, les neuf dixièmes abandonnent toute pratique religieuse, perdent tout contact avec le prêtre, n’ont plus confiance dans l’Eglise.

§ 16. Scepticisme et fatalisme.

Hélas, beaucoup trop d’autorités sociales acceptent comme un mal inévitable, la déchéance de la jeunesse ouvrière. On se contente souvent de gémir sur l’immoralité, l’indiscipline, la course aux plaisirs, la grossièreté des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières sans en rechercher les causes réelles. Au lieu de jeter la pierre à ceux et à celles qui tombent, on ferait mieux de se demander comment on se serait conduit soi-même, si on avait été à leur place. Il ne faut pas demander à la masse un héroïsme qu’on n’aurait pas soi-même. La complaisance de la presse pour les spectacles, la littérature et les amusements qui corrompent les jeunes travailleurs; l’apathie des autorités publiques envers toutes les mesures qui doivent prévenir la chute et la perte des jeunes travailleurs; le persiflage et les railleries contre toute campagne pour relever la moralité des jeunes travailleurs sont une des hontes de notre époque.

Il ne faut pas s’étonner si beaucoup de jeunes travailleurs exposés aux brimades, aux moqueries, aux assauts continuels d’un milieu corrompu et corrupteur, finissent par se décourager, par accepter une déchéance qui leur paraît inévitable et par croire qu’il faut vivre en état de péché mortel dans le milieu actuel du travail.

Aussi faut-il admirer comme des apôtres et des héros, les jeunes salariés qui luttent vaillamment pour leur propre intégrité et pour celle de leurs compagnons de travail : ce seront les vrais sauveurs de la classe ouvrière.

I – Ch. 3 – L’avenir de la classe ouvrière

CHAPITRE TROISIEME

L’Avenir de la Classe Ouvrière.

Ne l’oublions jamais ces 600.000 jeunes travailleurs dont nous venons d’analyser la vie tragique, sont et resteront presque toute leur vie des salariés; ils vivent et vivront au milieu de salariés; ils fonderont une famille d’ouvriers ou d’employés; ils appartiennent et appartiendront à la classe ouvrière. C’est leur vocation et leur place dans le plan de la Providence.

Le problème de l’éducation et de l’organisation de l’adolescence et de la jeunesse salariée ne consiste pas à écarter quelques jeunes salariés du milieu ouvrier et du milieu du travail, à les éloigner de leurs frères et de leurs compagnons de travail, à les déraciner, à les déclasser, à les faire rougir de leur origine et de leur condition, à les incorporer dans un milieu bourgeois, dans la classe bourgeoise.

La solution du problème ne se trouve pas non plus à attirer, à garder quelques jeunes gens pendant une ou deux heures par semaine dans un « milieu artificiel » sans attache avec et sans aucune influence sur le « milieu naturel » dans lequel ils vivront et dont ils subiront l’influence tout le reste de la journée, de la semaine et de la vie.

La solution est toute différente : il faut mettre ces jeunes salariés à même de vivre, de s’épanouir, d’agir, d’avoir une influence sur leur milieu, sur leur usine, leur bureau, leur atelier, leur quartier, leur voisinage, leur classe. Ils doivent pouvoir s’y sanctifier, y sanctifier leur travail, leur vie. Ils doivent pouvoir collaborer à la transformation chrétienne du milieu du travail, du milieu ouvrier, à la rechristianisation de leurs frères et de leurs sœurs de travail.

Si eux ne le font pas, personne ne le fera. L’inscription « Entrée interdite » qui se trouve sur la porte de la plupart des lieux de travail indique clairement que la famille, l’école, l’Eglise n’auront d’influence dans ce milieu fermé que si ceux qui y travaillent veulent y entrer en missionnaires, décidés à faire de leur travail non seulement un instrument d’enrichissement personnel mais un moyen d’apostolat. L’ascension chrétienne de la classe ouvrière, son enrichissement spirituel sont à ce prix. Ce n’est pas à distance, de la part « d’embusqués » que s’opérera l’œuvre de reconquête du milieu ouvrier. C’est à la façon d’un levain qui pénètre la pâte, à la façon du sel qui se mêle à la nourriture, que s’exercera l’apostolat dans le milieu du travail et dans le milieu ouvrier.

C’est ce but à atteindre, ce problème à résoudre qui donnera à l’éducation et à l’organisation des jeunes salariés son caractère distinctif et son véritable esprit.

Nous devons nous pénétrer de cette vérité élémentaire : La classe ouvrière de demain sera ce qu’est la jeunesse ouvrière d’aujourd’hui; une jeunesse ouvrière grossière, impolie, ignorante, immorale et irreligieuse prépare une classe ouvrière arriérée et déchue. Laisser la jeunesse salariée s’étioler et se corrompre, c’est détruire d’avance le résultat favorable de toute réforme sociale, économique ou politique; c’est rendre stériles et souvent néfastes toutes les améliorations matérielles, c’est commettre un crime contre la classe ouvrière et contre la société. C’est une moquerie que de parler de relèvement et d’émancipation de la classe ouvrière, si on ne s’attache pas avant tout à la formation et à l’organisation de la jeunesse ouvrière. Vouloir une classe ouvrière qui possède la santé, la propreté, la beauté, la discipline et la distinction, c’est donner à la jeunesse ouvrière le sens, le goût, le besoin et l’apprentissage de ces qualités et de ces vertus. On ne le fera jamais en dehors d’une organisation de la jeunesse ouvrière.

I – Ch. 4 – La doctrine catholique

CHAPITRE QUATRIEME

La doctrine catholique.

§ 1. La destinée des jeunes travailleurs.

Les jeunes travailleurs – comme tous les hommes – sont destinés à la vie glorieuse du ciel et à la béatitude éternelle. Cette destinée éternelle est le but suprême de leur vie, la source et le fondement de tous leurs droits et de tous leurs devoirs : telle est la vérité essentielle qui doit éclairer et orienter toute la vie terrestre des jeunes travailleurs.

Le développement de leur intelligence, la formation de leur volonté, l’apprentissage d’une profession, la préparation et la fondation d’une famille chrétienne sont les moyens voulus par la Providence pour leur perfectionnement personnel et pour leur mission sociale. Dans l’accomplissement de leur destinée temporelle, les jeunes travailleurs sont les collaborateurs conscients et libres du Créateur et du Rédempteur. Leur bonheur temporel et leur bonheur éternel en dépendent infailliblement.

§ 2. L’éducation chrétienne des jeunes travailleurs.

Apprendre à connaître et à aimer cette destinée temporelle et éternelle, telle est la tâche de l’éducation chrétienne que doivent recevoir les jeunes travailleurs.

Cette tâche incombe d’abord aux parents; elle est le fondement de leur autorité sur leurs enfants. Les parents doivent pouvoir se procurer par leur travail les ressources nécessaires à cette mission éducatrice.

Les parents y doivent être aidés par l’école qui doit être la collaboratrice et non la remplaçante des familles dans l’œuvre de l’éducation chrétienne des enfants. Une éducation scolaire neutre ne peut satisfaire à cette mission. Elle est fatalement irreligieuse et antifamiliale.

C’est à l’Eglise à faire connaître aux parents et aux instituteurs les exigences de cette éducation chrétienne et à créer les œuvres nécessaires pour parfaire cette éducation.

Cette éducation chrétienne ne cesse pas avec l’âge scolaire. Elle s’impose aux jeunes travailleurs comme à tous les autres jeunes gens durant leur adolescence et leur jeunesse, qui sont l’âge par excellence de la véritable éducation.

§ 3. La vie professionnelle des jeunes travailleurs.

L’apprentissage et l’exercice d’une profession, loin de nuire à l’éducation chrétienne des jeunes travailleurs, doivent être au contraire une adaptation et une application concrète de celle-ci. Le milieu du travail doit être un milieu éducatif pour les jeunes travailleurs; les contremaîtres et tous ceux qui ont une autorité sur les jeunes travailleurs dans le milieu du travail doivent être de véritables éducateurs pour ceux-ci. Les chefs d’entreprise et leurs délégués en acceptant des jeunes travailleurs sont responsables des mesures qui doivent être prises pour sauvegarder et promouvoir cette éducation.