III – Ch. 2 – L’organisation des jeunes travailleurs

CHAPITRE DEUXIEME

L’organisation des Jeunes Travailleurs.

LES MOTIFS.

a) La J. O. C. estime que le problème de la formation morale, religieuse, sociale et professionnelle de la masse des jeunes travailleurs est insoluble sans une organisation nationale puissante qui soit à la fois et inséparablement une école, un corps représentatif et un ensemble de services professionnels et sociaux.

Cette organisation nationale puissante doit grouper tous les jeunes travailleurs dès la sortie de l’école, les tirer de l’isolement et de l’abandon; les aider à se former, à se défendre et à se protéger; veiller à leur tutelle au travail, en route vers le travail, au retour du travail; suppléer à la fa mille absente ou défaillante, par l’influence reconnue et méritée de l’association des jeunes travailleurs. Elle doit étudier tous les problèmes posés par la vie et par le travail des jeunes ouvriers. C’est ainsi qu’elle sera le mandataire reconnu de l’Adolescence salariée auprès des patrons, auprès des autorités publiques et auprès des organisations ouvrières; qu’elle contribuera à créer tous les services nécessaires à l’éducation, à la sauvegarde et à la défense des jeunes travailleurs.

b) Sans organisation puissante des jeunes travailleurs, pas de formation morale, religieuse et sociale, adaptée à leur âge, à leur mentalité et à leurs besoins; pas de tutelle et de protection efficace; pas de solution définitive à tous les problèmes posés par l’âge, par le travail et par la vie des jeunes travailleurs.

Cette vérité paraîtra évidente à tous ceux qui veulent étudier la situation actuelle de la jeunesse salariée. Les pouvoirs publics sont impuissants à sauvegarder et à former la masse des jeunes salariés, si ceux-ci restent isolés, éparpillés, abandonnés à eux-mêmes. Les patrons avec l’organisation existante de l’industrie et du commerce, ne pourraient assumer la responsabilité de l’éducation générale, ni de l’éducation professionnelle qui reste à parfaire après l’école. Les organisations ouvrières d’adultes ne disposent pas d’éducateurs spécialisés pour assumer la tâche immense de la formation intégrale de l’adolescence salariée.

c) D’ailleurs, il n’y a qu’une méthode d’éducation vraiment efficace, vraiment adaptée à l’âge, à la mentalité, aux besoins des jeunes salariés, qui ne sont ni des enfants ni des élèves : c’est celle de leur organisation spéciale, dans laquelle entre eux, par eux et pour eux, ils collaborent eux-mêmes à leur propre formation, s’initient progressivement à la pratique de la responsabilité, du dévouement, de la générosité et de la coopération fraternelle. Dans leur organisation, ils apprennent la discipline nécessaire, à observer librement s’exercent à l’autorité sur leurs compagnons de travail, prennent conscience de leurs devoirs et de leurs droits; acquièrent la juste notion de leur dignité, de leur valeur; se forment une conscience professionnelle concrète par la discussion des circonstances journalières de leur travail et de leur vie; se préparent à leurs responsabilités familiales et civiques futures, par l’étude loyale de la morale catholique, qui leur explique la portée sublime de leurs besoins d’affection, d’amitié et d’amour et qui leur inculque, avec le respect d’eux-mêmes, le respect de celles qui seront leurs fiancées et leurs épouses de demain, capables et dignes d’être les mères et les éducatrices de leurs enfants. Dans leur organisation, ils trouvront des amusements honnêtes, des distractions saines, des divertissements variés qui serviront en même temps à leur éducation.

d) Toute la formation que les jeunes salariés doivent recevoir dans l’organisation, loin d’être verbale, livresque ou purement théorique résultera beaucoup plus des actes que le fonctionnement de l’organisation oblige à poser librement, des habitudes qu’elle fait contracter consciencieusement, des services qu’elle met sur pied et auxquels tous collaborent, des réunions, des fêtes, des excursions, des manifestations auxquelles elle convie ses membres qui doivent leur donner la vie, l’animation et le succès désiré.

Toute l’organisation de la jeunesse ouvrière, avec ses secrétariats, ses salles de réunions, ses services d’orientation professionnelle, d’épargne, de mutualité, avec ses sections syndicales, ses cercles d’études, ses journaux, son insigne, ses cotisations, avec ses comités et ses congrès, forme une mentalité et une opinion, un courant un d’idées, exerce une influence et un prestige, travaille sur une atmosphère, l’imagination, crée enfin émulation et surtout une psychologie de la masse, grâce auxquelles les jeunes salariés ont plus de confiance, acquièrent plus d’audace, se surveillent davantage et se sentent plus soutenus, plus compris, plus aimés. Les exemples de cette bonne influence de l’organisation sont déjà nombreux et ils se multiplient chaque jour.

e) Voilà pourquoi il faut assurer jalousement l’unité de cette organisation Nationale de la jeunesse ouvrière : cette unité est la condition indispensable de la puissance, de l’efficacité, de la compétence et de l’autorité d’un pareil groupement.

f) Certes, cette organisation, quoique formant un tout vivant autonome, dont toutes les parties sont reliées entr’elles et dirigées par les jeunes travailleurs eux-mêmes, n’en fera pas moins partie intégrante du mouvement ouvrier chrétien, auquel elle se ralliera intimement à tous les degrés, local, régional et national, et dont elle reconnait l’autorité pour la fixation du programme ouvrier chrétien, et pour l’organisation de tous les services financiers, économiques, mutualistes et syndicaux intéressant la classe ouvrière. Une des tâches les plus urgentes de l’organisation ouvrière de la jeunesse est de rendre les jeunes travailleurs conscients de leurs devoirs de solidarité vis-à-vis de tous les membres de la classe ouvrière et de les préparer au rôle important qu’ils auront à jouer plus tard dans les organisations ouvrières d’adultes.

g) Pour nous, catholiques, la formation et la protection intégrale des jeunes ouvriers n’est qu’une des formes multiples de l’Action Catholique, et à ce titre elle dépend directement et complètement de l’Autorité Religieuse. Les jeunes travailleurs catholiques, dans leurs efforts collectifs de formation et de protection intégrales, recon naissent donc absolument l’autorité souveraine de l’Eglise et se soumettent filialement aux représentants de l’Autorité Religieuse mandatés auprès de leur organisation.

h) Dans leur désir ardent de s’unir étroitement à l’action catholique de toute la jeunesse, à quelque condition qu’elle appartienne, et dans leur souci loyal d’appliquer en tout et partout la doctrine de collaboration des classes, ils font partie de l’Association Catholique de la Jeunesse Belge, dont ils acceptent les statuts et règlements et à la vie, à l’activité et à la propagation de laquelle ils entendent participer fraternellement.

LES VOEUX.

La J. O. C. veut être l’organisation nationale unique des jeunes travailleurs catholiques de Belgique et dans ce but elle demande :

1° que toutes les précautions soient prises pour sauvegarder l’unité et l’autonomie de cette organisation;

2° que les autorités religieuses aident efficacement la J. O. C. par leur direction, leurs conseils et leur appui dans son œuvre de formation et de protection intégrale des jeunes travailleurs;

3° que l’enquête générale sur l’adolescence salariée soit menée avec diligence parce qu’elle mettra plus pleinement en lumière la raison d’être de la J. O. C. et permettra de perfectionner ses méthodes et ses moyens d’action;

4° que les élèves de dernière année de toutes les écoles catholiques entrent en contact avec les sections de la J. O. C.;

5° que tous les élèves des écoles professionnelles libres deviennent des membres fidèles de la J. O. C.;

6° que les patronages, les boy-scouts, les gymnastiques et toutes les organisations de jeunesse catholique fassent une propagande intense pour grouper tous les jeunes travailleurs dans les rangs de la J. O. C.;

7° que dans toutes les paroisses une section de J. O. C. soit créée au sein de l’association paroissiale d’A. C. J. B.;

8° que tous les parents soutiennent par leur sympathie et leur autorité l’action de la J. O. C. sur leurs enfants;

9° que tous les patrons comprennent la nécessité de l’organisation des adolescents salariés, qu’ils reconnaissent l’importance de la J. O. C. pour la formation et la protection de la jeunesse ouvrière et qu’ils acceptent de traiter avec elle pour tous les problèmes de la sauvegarde morale, de la formation professionnelle et de la tutelle sociale des jeunes travailleurs;

10° que les organisations ouvrières d’adultes proclament dans toutes leurs réunions la nécessité pour les jeunes travailleurs de s’affilier aux sections de J. O. C.;

11° que tous les pouvoirs publics reconnaissent la mission bienfaisante et la portée sociale de l’œuvre entreprise par la J. O. C., qu’ils la soutiennent par leur sympathie et qu’ils lui accordent leur appui moral et matériel; qu’ils la considèrent comme la représentante de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et qu’ils veuillent traiter avec elle pour tout ce qui regarde la formation et la protection des jeunes travailleurs.