CHAPITRE SIXIEME.
Les loisirs des jeunes travailleurs.
LES FAITS.
a) Les loisirs étant pour les jeunes travailleurs absolument nécessaires, la question de l’emploi de ces loisirs est primordiale pour le relèvement intégral de l’adolescence salariée. Il est d’ailleurs impossible d’organiser sainement les loisirs des jeunes travailleurs sans grouper ceux-ci et sans les organiser.
b) A l’heure présente, des entreprises à but purement lucratif profitent des loisirs des jeunes travailleurs pour les exploiter, les démoraliser, les abrutir. Les cabarets, les dancings, les cafés-concerts, les cinémas, les librairies, les journaux sportifs et amusants » deviennent de vastes entreprises commerciales qui gagnent des millions en abusant de l’inexpérience, de la légèreté, de l’abandon dans lesquels vivent les jeunes travailleurs, Tout ce qui tombe sous les yeux de ces derniers, les affiches, les réclames, et les annonces; tout ce qu’ils entendent dans les trains, pendant les trajets, à la maison; les exemples qui s’étalent devant eux, tout excite et entraîne aux plaisirs défendus, à la volupté et à la jouissance.
c) Les camaraderies qui se nouent sans contrôle et sans surveillance, les fréquentations qui sont favorisées par le laisser-aller et par le relâchement des mœurs, les jeux d’argent, transforment les repos, les soirées, les dimanches et les jours fériés en autant d’occasions de démoralisation. L’exiguité des appartements oblige les jeunes gens et les jeunes filles à sortir, à s’amuser au dehors. Les hauts salaires facilitent les dépenles ses, quand il n’y a pas de frein moral pour arrêter.
d) Le bon emploi des loisirs suppose une organisation des jeunes travailleurs qui seule pourra lutter contre les plaisirs mauvais coûteux et stupides en procurant des distractions, des récréations, des fêtes, des soirées combinées avec une éducation plus adaptée. C’est une œuvre difficile et longue. Et au début, nous devons évidemment éviter de disperser les efforts des sections trop jeunes. Il faudra des locaux, des salles de réunions, de lectures, de spectacle, de fêtes. Il faudra des excursions, des visites en groupe aux musées, aux expositions, aux monuments. Il faudra des sections de football, des sections de gymnastique, de dramatique, de chorale. Tout cela suppose des chefs et des animateurs formés et compétents. Rien, en effet, ne sert de réagir contre les mauvais plaisirs, si on n’organise pas de bons plaisirs. L’homme et surtout le jeune homme et la jeune fille ont besoin de se distraire, de se récréer et de s’amuser comme de boire et de manger.
e) Plus les amusements seront organisés par les groupes sociaux eux-mêmes, avec un esprit nettement éducatif et social, moins les amusements mauvais resteront attrayants. Parfois, ces réunions récréatives seront réservées aux jeunes gens et aux jeunes filles, parfois elles seront de véritables réunions familiales où toutes les familles ouvrières et tous les membres de la famille communieront dans des manifestations communes d’art, de sport, de récréation et de joie. Et tout le village, toute la commune, toute la paroisse et même toute une région participera parfois à ces fêtes publiques, organisées par les différents groupes sociaux et la religion prendra sa place naturelle dans ces manifestations publiques pour les bénir et pour les sanctifier.
Et l’amusement, au lieu d’être exploité comme il l’est actuellement par des trafiquants du vice et des bas instincts, sera employé par des apôtres sociaux, désintéressés, comme moteur de relèvement et comme ciment d’apaisement social.
LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1) que toutes les sections mettent à l’ordre du jour la question des loisirs des jeunes travailleurs;
2) que toutes les sections tâchent, dans la mesure du possible, d’avoir des locaux, des salles de réunions et de lecture où les membres et les jeunes travailleurs de la paroisse et de la commune puissent venir passer leurs soirées et leur dimanche; 3) que ces locaux soient aménagés de telle sorte que tout en offrant les distractions les plus variées aux jeunes travailleurs, ils présentent en même temps des possibilités de réunions instructives et de lectures de journaux, d’illustrés et de livres;
4) que l’organisation et l’entretien de ces locaux soient tellement soignés qu’ils servent à l’éducation esthétique et générale de ceux qui les fréquentent;
5) que toutes les sections organisent des soirées récréatives et éducatives avec représentations dramatiques, exécutions musicales et chorales, projections lumineuses ou cinématographiques;
6) que de temps en temps ces réunions récréatives ne soient pas seulement réservées aux membres et à leurs familles, mais à tous les habitants;
7) que des excursions, des visites aux musées, aux expositions, aux monuments, soient organisées en groupe; que tous les groupes, dans la mesure du possible, fondent des sections d’agrément, des dramatiques, des chorales, des gymnastiques, des équipes de foot-ball, ou qu’elles examinent la collaboration avec les sociétés d’agrément catholiques existantes dans la paroisse ou dans la commune.
8) que tous les Pouvoirs publics et tous ceux qui s’intéressent au relèvement moral et général des jeunes travailleurs accordent de larges subsides à tous les essais sérieux mis sur pied pour le bon emploi des loisirs des jeunes travailleurs.