II – Chapitre premier – La préparation

DEUXIEME PARTIE

Notes d’Histoire

CHAPITRE PREMIER

La préparation.

§ 1. – Avant la guerre.

Il est plus facile de découvrir la source des grands: fleuves que de remonter à l’origine des mouvements sociaux. Trop de causes ont d’ordinaire préparé et même déterminé leur naissance. On est toujours injuste quand on les attribue à un homme.

Le sort de l’enfance ouvrière et de l’adolescence ouvrière à préoccupé certains hommes d’oeuvres du XIXe siècle.

Des efforts féconds mais dispersés furent consacrés à cette tâche.

Tout le monde souhaitait un mouvement qui put coordonner ces efforts. Mais hélas, on n’osait guère espérer le succès d’une tentative qui paraissait surhumaine.

Dès le début de son sacerdoce, l’abbé Cardyn se posa à lui-même et posa autour de lui le problème de l’adolescence salariée.

Des enquêtes multipliées lui avaient révélé la situation déplorable des centaines de milliers d’adolescents et d’adolescentes obligés de travailler et de vivre dans des conditions absolument nuisibles pour leur santé et pour leur moralité.

Des enquêtes faites dans des ateliers et des impasses par de petites ouvrières et de jeunes ouvriers et employés, révélèrent des situations effroyables. Tout en permettant d’épauler vigoureusement la lutte contre les horreurs du travail à domicile que quelques âmes ardentes menaient à cette époque, les enquêtes précises de ces jeunes filles et jeunes gens les amenèrent à conclure qu’il fallait grouper les apprenties, les apprentis dans des organisations destinées non seulement à les protéger et à les défendre, mais aussi à les instruire, à les éduquer intégralement.

Les deux premiers jeunes gens à qui M. l’Abbé Cardyn fit appel, entrèrent sur son conseil dans une Conférence de Saint-Vincent de Paul et purent pendant deux ans étudier de près les conditions de logement et de vie familiale, d’apprentissage, de distraction d’une soixantaine de familles pauvres.. Des « Cercles d’Etudes » qui furent en même temps des « Cercles d’action » groupèrent à part de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses pour les former à la propagande et à l’apostolat parmi leurs compagnons et leurs compagnes de travail. Des « Syndicats d’apprentis » et « d’apprenties », des Cercles de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses tâchèrent, avant la guerre, de répandre cette nouvelle forme d’association plus adaptée à l’âge et à la mentalité des adolescents salariés.

C’est de cette époque que datent les premiers essais d’Orientation Professionnelle et de Placement. Le Cercle des apprentis et jeunes ouvriers, composé de gaillards très dévoués et énergiquement décidés, adressa à l’Inspection du Travail de nombreuses et fermes requêtes.

L’influence grandissante de ces apprenties et apprentis se révéla lors de la fondation des Ligues Pie X: vastes groupements destinés à susciter un renouveau eucharistique dans les milieux populaires. Les réunions de masse de ces ligues réussirent au delà de tout espoir.

La guerre survint et enleva aux jeunes gens leurs principaux chefs. Mais les groupements, loin de chômer, purent consacrer toute leur activité à la formation intensive des jeunes dirigeants et des jeunes dirigeantes.

§ 2. La jeunesse syndicaliste.

A l’armistice, la nécessité d’une association spéciale pour jeunes salariés et jeunes salariées était un axiome reconnu par certains dirigeants du Mouvement Ouvrier Chrétien.

Les éléments formés avant et pendant la guerre furent les promoteurs de ce groupement qui, dès 1919 s’intitula hardiment « La Jeunesse Syndicaliste ». D’abord peu nombreux, ils se réunirent pour étudier, discuter, faire des enquêtes et ils se cotisèrent pour s’entr’aider. Dès 1920, leur propagande s’est étendue à quelques paroisses de l’agglomération bruxelloise et a y fondé des groupes qui bientôt s’unissent pour former une Fédération.

En province, M. l’abbé Scarmure invite F. Tonnet aux différents Congrès de jeunesse de son arrondissement. Dès lors chaque grande assemblée de jeunes tenue en Wallonie, eut sa section de jeunesse ouvrière.

De jeunes camarades d’Anvers se mettent éga lement en route et constituent le premier centre d’activité en pays flamand.

§ 3. Un journal.

A peine avait-on dépassé les 200 membres, que la volonté s’affirme… se précise…; se réalise, enfin… d’avoir « un journal ».

Il naît en novembre 1920, bien humblement en huit pages chaque mois et tirant à 300 exemplaires. « Désormais, écrivait Fernand Tonnet dans l’article de tête, nous avons un outil de propagande et de conquête, une tribune, un lien d’amitié…)

L’imprimeur était un modeste artisan de l’arrière banlieue bruxelloise, très honnête mais dont l’atelier n’était guère éclairé, ce qui nous valait dans le texte de ces premiers journaux, des erreurs et des coquilles extrêmement savoureuses.

Un « C. E. central » rassemblait, chaque lundi soir, les meilleurs des diverses sections. C’était une véritable école de propagandistes. On était parfois quarante Chacun à tour de rôle, était pré sident, rapporteur, était chargé d’enquêtes ou envoyé dans une section locale pour faire la propagande.

Le 15 novembre, une journée d’études rassemble les militants bruxellois.

Un camarade d’Anvers y apporte le salut des jeunes travailleurs flamands de la Métropole. Ils ont eux aussi leur journal « De Jonge Werkman ». Des « Journées d’Etudes » ont lieu, chaque trimestre environ, ainsi que des « Récollections » où l’on se retrouve à une vingtaine pour se forger véritablement des âmes d’apôtres.

En 1921, 1922, 1923, l’action se poursuit non sans difficultés, ni même sans échecs. Des camarades de Wallonie lisent notre journal, suivent nos journées d’études. Les progrès sont très lents, la propagande pénible. La masse des jeunes n’est guère facile à enthousiasmer pour notre idéal syndical, éducatif, apostolique. Dans le réseau compact des œuvres paroissiales traditionnelles, la « Jeunesse Syndicaliste » ne se fait pas sans difficultés une place au soleil.

En mars 1922 paraît dans les « Dossiers de l’Action Catholique » une esquisse de programme ainsi que les statuts et, au mois d’août, un cours sur la situation et l’éducation des jeunes ouvriers est donné par M. Cardyn à la Semaine Sociale Flamande de Louvain. En septembre 1922 se tint la section de jeunesse ouvrière du Congrès de Jeunesse Catholique de Gembloux.

La VI Journée d’Etudes étudie l’apprentissage. En avril 1923, une Journée d’Etudes est consacrée à l’organisation professionnelle des jeunes.

Décembre 1922 annonce la fondation d’une section à Nivelles. Mars 1923 mentionne des réunions à Anvers, Louvain, Buysinghen, Hal, Ganshoren, Liége, Nivelles, Braine-l’Alleud.

Mai 1923 ajoute Charleroi, Braine-le-Comte. En juin 1923, on crée le premier Secrétariat professionnel pour jeunes gens, rattaché à la Bourse Libre du Travail de Bruxelles.

Le 25 novembre a lieu la neuvième journée d’études sur la Mutualité. Le chanoine Eeckhout, l’abbe Tassin de Huy, l’abbé Langlet de Nivelles, sont parmi les professeurs. Le rapport relève pour le travail d’organisation en province : Anvers, Louvain, Liège, Nivelles, Couillet, le Borinage… et encore.

Avril 1924 apporte le nouveau titre du journal « La Jeunesse Ouvrière » avec des articles de Degives sur le travail à Namur et de Teheux sur le travail à Liège.