CHAPITRE CINQUIEME.
Les Homes et les Restaurants.
LES FAITS.
a) Beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles ne jouissent pas de l’influence bienfaisante du foyer familial. Les causes de cette situation sont nombreuses. Ce sont parfois des causes purement familiales: décès, divorces, secondes noces, ménages irréguliers, indignité ou incompréhension des parents. Parfois aussi le désir d’une vie plus indépendante éloigne le jeune homme ou la jeune fille de leurs parents. Les causes économiques ne sont pas moins nombreuses: Ce sont des jeunes gens et des jeunes filles qui suivent des cours professionnels dans la ville quand leurs parents demeurent loin dans la campagne. Il en est de même de ceux qui travaillent trop loin de la maison, pour rentrer tous les soirs ou même chaque semaine.
b) Les conditions de logement des travailleurs étrangers logés en ville dépassent les suppositions les plus lamentables. A part des exceptions plutôt rares, la masse loge dans la promiscuité la plus grande, au milieu de toutes les tentations de la débauche. Au simple point de vue de l’hygiène, presque tous les logements de travailleurs sont à condamner. Les effets de cette situation sur les jeunes gens et sur les jeunes filles sont vraiment désastreux.
c) Dans quelques grandes villes on a établi des homes pour jeunes filles. Ils rendent des services à une élite, mais il faut avouer que la masse des ouvrières n’en profitent guère. Quant aux jeunes gens, il n’y a pas d’œuvre pour les héberger convenablement. C’est plus que triste. Il suffit de connaître l’influence moralisatrice des « Gesellenvereinen » allemands, pour comprendre combien il est urgent de doter notre pays de Homes. Certaines mines et grandes firmes industrielles ont établi des dortoirs pour les ouvriers étrangers. C’est mieux que rien.
d) Pour les restaurants la même remarque s’impose. A part quelques restaurants féminins dans les grandes villes encore réservés à une élite tout reste à faire pour procurer aux jeunes gens un endroit convenable où ils puissent se procurer un repas substantiel, économique, dans un milieu moralisateur. Quand on a étudié la conduite des jeunes gens, obligés de manger dans des gargotes, sur les trottoirs, accroupis contre les murs et les talus, ou étendus dans les terrains vagues et les prairies, on ne doute plus de la nécessité de restaurants économiques.
e) Certes, c’est toute une éducation à donner à la nouvelle génération. C’est une œuvre lente et difficile. Pour nous, nous préférons aux réfectoires organisés par les usines elles-mêmes, les restaurants reliés aux organisations de jeunesse. L’éducation se fera mieux dans des œuvres ayant un esprit et une méthode d’éducation bien déterminés.
f) L’œuvre des « homes » et des « restaurants » d’ailleurs, doit être complétée par un ensemble d’efforts éducatifs comme les « œuvres de midi » où des cours, leçons et conférences sont donnés aux jeunes filles et aux jeunes gens, obligés de perdre une heure ou deux sans pouvoir retourner chez eux.
Les efforts tentés en certains endroits permettent une extension heureuse de ces initiatives très avantageuses pour la jeunesse ouvrière.
LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1) que l’enquête sur les logements des jeunes salariés, obligés de dormir hors du foyer familial, soit menée avec précision par toutes les sections;
2) que des mesures sévères soient prises contre les tenanciers de maisons de logement pour jeunes ouvriers qui tiendraient en même temps un débit de boisson ou des salles de danse, ou dont les conditions de logement seraient attentatoires à la pudeur ou à la santé de jeunes gens;
3) que des études soient élaborées le plus rapidement possible pour l’organisation de homes tant masculins que féminins;
4) que la question des restaurants pour jeunes salariés soit envisagée par toutes les organisations de jeunesse ouvrière;
5) que ces homes et restaurants soient reliés aux organisations locales, régionales ou nationales de jeunesse ouvrière, afin qu’ils soient tenus et administrés avec un but vraiment éducatif et avec la collaboration des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières;
6) que ces homes et ces restaurants soient complétés par un ensemble d’œuvres éducatives comme les « œuvres de midi », conférences, leçons, cours donnés aux jeunes travailleurs et travailleuses, salles de lectures et de repos, séances éducatives et récréatives.