V – Ch. 6 – Les réunions de masse

CHAPITRE SIXIEME

Les Réunions de Masse

Les réunions de masse, assemblées générales des sections, manifestations régionales et Congrès Généraux de la J. O. C. revêtent le double caractère de réunions d’étude et de réunion d’action.

Ces réunions de masse permettent à la J. O. C. de prendre conscience d’elle-même, dans les sections, dans les fédérations régionales dans le pays entier. Elles sont une occasion périodique pour tous les jocistes d’apprendre à se connaître, à se fréquenter et à s’aimer; à se sentir les coudes et à s’enthousiasmer pour l’idéal commun et la cause commune. Elles sont un moyen pour la J. O. C. de se montrer, de s’extérioriser, de faire connaître ses réalisations ou certains points de son programme à la population d’une commune, d’une région, du pays.

§ 1. – Les Assemblées Générales des Sections.

Les Assemblées générales, au moins mensuelles, sont un rendez-vous, une prise de contact éminemment utile entre tous les jocistes d’une section, qui aiment à s’y retrouver et à y parler de leur vie journalière et de celle de leurs camarades. Préparées avec soin par le Comité et le Cercle d’études, elles permettent à tous les jocistes de communier aux préoccupations actuelles du mouvement général, d’être mis au courant de ses initiatives, de s’associer à ses campagnes, de se remettre au diapason commun.

Alternant avec les chants, les déclamations. les jeux et les surprises, les courts appels à l’action, l’exposé bref des résultats de l’épargne et des autres services, les discussions sur l’un ou l’autre point actuel et intéressant pour tous, les assemblées générales servent surtout à intensifier la camaraderie jociste, à répandre l’amitié jociste, à tuer le respect humain, à apprendre la confession loyale et crâne de sa foi et de son idéal.

De là le ton de jeunesse, le caractère intime, la jovialité, l’entrain, la variété qui doivent caractériser les assemblées générales et les rendre aussi désirables et attrayantes que possible. Une assemblée générale ne peut être une corvée, provoquer de l’ennui, être terne et sans animation.

Présidées et dirigées toujours par le comité, celui-ci pourtant ne reste pas à distance et à l’écart des membres, mais se mêle fraternellement à tous et se dépense sans compter, surtout auprès des nouveaux venus. L’assemblée générale est une réunion familiale, où tout le monde se sent à l’aise, où personne n’est étranger, où les plus humbles et les plus jeunes se sentent chez eux.

Parfois, surtout en été, toute la section part en excursion, en promenade, en pique-nique ensem ble au bois, dans une prairie; on se remplit les poumons et les yeux d’air et de lumière, on s’entraîne au chant, à la course et surtout à la franche et confiante camaraderie.

Parfois la section est en fête : c’est un anniversaire, une fête patronale, corporative, des fiançailles, un mariage, un succès jociste. L’amitié jociste coule à pleins bords à l’occasion d’un modeste souper, d’une soirée intime, où les chants, les toasts, les rires et les applaudissements excitent la joie et l’affection.

Exceptionnellement, en hiver, la section locale ouvre toutes larges ses portes : elle invite parents et amis, toute la population de la paroisse et de la commune. Elle veut donner à tous le spectacle de la camaraderie et de l’affection jociste dans une soirée jociste, récréative et publique. Plus que nulle part d’autre, la tenue, le bon goût, le bon esprit de la J. O. C. auront l’occasion de s’y manifester, non seulement à la scène, d’où seront exclues la trivialité et la stupidité, mais surtout dans la salle où la gaîté et la joie s’uniront au bon ton, à la mesure et à la réserve. Les jocistes aînés se montreront corrects à l’égard de toutes les jeunes filles de la paroisse afin que toutes les familles ouvrières aient confiance dans la J.O.C. pour la préservation de l’honneur et la garde de la vertu des futures mamans de la classe ouvrière.

§ 2. –  Les Manifestations régionales.

Toutes les sections d’une même région doivent avoir chaque année l’occasion de fraterniser à l’occasion de la bénédiction d’un drapeau, de l’inauguration d’un local, de l’ouverture d’une exposition, d’un Congrès régional. Cette mobilisation de tous les groupes jocistes d’une région en vue d’une manifestation publique grandiose, non seulement impressionne profondément la population et montre la force croissante du mouvement jociste, mais elle renforce chez tous les jocistes l’esprit d’offensive, de conquête et de cran.

C’est la J. O. C. qui prend d’assaut la cité, la grand’ place, la rue, qui force l’opinion publique, qui impose l’admiration, le respect. C’est l’occasion pour les dirigeants d’apprendre l’art d’influencer l’opinion, de multiplier la publicité par l’affiche et la circulaire, d’organiser une vente monstre du journal, de prendre toutes les mesures et de faire toutes les démarches pour la réussite d’un immense cortège avec drapeaux déployés, clairons sonnants, musiques retentissantes, chants entraînants, calicots émouvants et le succès du meeting en plein air où des orateurs jocistes, soulevés par l’enthousiasme de leurs troupes, prêchent à la population étonnée la grande croisade de la J. O. C. Toute la presse régionale qui a déjà annoncé la manifestation par des communiqués répétés et éloquents, publie avec une manchette voyante l’irrésistible avance de la vague jociste. Plus un lecteur dans la région n’ignore l’existence ni le programme de la J. O. C. On en parle dans les trams, dans les trains, dans les cabarets, au pas des portes, dans les milieux du travail. La J.O.C. apparaît au grand jour de la popularité. Tous les jocistes répèteront à tous les échos le succès triomphal de la manifestation. 

§ 3. – Le Congrès Général.

Le Congrès Général est le point culminant de l’activité nationale de la J. O. C. La plus grande salle de la capitale et du pays est trop petite pour contenir les milliers d’auditeurs accourus pour acclamer les porte-paroles de l’organisation jociste. Sur l’immense scène les plus hautes autorités religieuses et civiles entourent les membres du comité général. Les centaines de drapeaux jocistes sont massés derrière la scène et autour de la salle. Quand le Président a ouvert l’assemblée générale, l’innombrable auditoire s’est levé comme un seul homme, et de toutes les poitrines s’élève magnifique et conquérant le chant de la J. O. C. Jamais il n’a été entonné avec un élan et une unanimité plus solennels et plus entraînants. De tous les gradins, de toutes les galeries, de tous les étages, depuis le parterre jusqu’au plafond, des dizaines de milliers d’yeux sont dardés sur la tribune où le secrétaire général ramasse et évoque en un raccourci superbe les efforts, les réalisations, les résultats du passé : gerbe splendide unissant en un bouquet odorant les humbles fleurs des héroïsmes obscurs aux magnifiques plantes des actions d’éclat. Et puis le benjamin des militants, un frêle et timide débutant au travail essaie pour la première fois, sa voix mal assurée, pour demander au pays aide et protection pour les jeunes adolescents salariés. Un silence religieux règne dans la salle, tous les cœurs sont émus, tous les yeux sont remplis de larmes, et tous ses milliers de compagnons qui ont vibré à son appel, debout et frénétiques, lui font la plus émouvante des ovations. Et alors c’est un aîné qui se lève, un propagandiste, qui a déjà mérité ses galons dans les combats et les campagnes. Sa voix plus mâle jette à ses camarades, fiers et transportés, les mots d’ordre pour la lutte de demain : ce sont des milliers de compagnons à conquérir, c’est toute la détresse intellectuelle, morale et religieuse des jeunes travailleurs à secourir, c’est le travail salarié à transformer en une prière et une bénédiction, ce sont toutes les usines à transformer en temples et en sanctuaires, c’est le Christ Lui-même à faire régner sur le monde du travail. Sa parole, hachée d’applaudissements et d’acclamations, se perd enfin dans l’unisson d’un chant qui se lève comme un serment:

Nous referons chrétiens nos frères!

Par Jésus-Christ, nous le jurons!

Ah! qui pourrait jamais décrire pareil apothéose et calculer les effets d’une telle assemblée. Non seulement les assistants n’oublieront jamais de tels instants, mais le pays lui-même s’émeut à de pareils spectacles. C’est bien la voix de la jeunesse ouvrière qui a retenti à ce congrès!

Des centaines de gares ont été prises d’assauts, des trains spéciaux ont amené des contingents des parties les plus reculées de toutes les provinces, c’est bien la classe ouvrière de demain qui indique le chemin qu’elle veut suivre pour son bonheur.

Toute la presse du pays comme de l’étranger, journaux amis et journaux adversaires, y voit le signal d’une salutaire rénovation. Le Congrès national est l’aboutissement et la synthèse de toutes les méthodes de formation et d’action de la J.O.C.