III – Ch. 4 – La vie professionnelle du jeune salarié

CHAPITRE QUATRIEME

La vie professionnelle du jeune salarié.

LES FAITS.

§ 1. – La préparation au travail.

a) Les jeunes travailleurs ne sont pas suffisamment préparés pendant l’âge scolaire et surtout pendant la dernière année d’école à la vie de salariés qu’ils doivent mener dès l’âge de 14 ans. Dans la formation intellectuelle, morale et religieuse qu’ils ont reçue, la perspective de leur condition de futurs salariés ne semble pas avoir tenu une place suffisante.

b) Beaucoup d’enfants quittent définitivement l’école, sans que l’instituteur, l’institutrice ou le prêtre aient donné une conception chrétienne du travail suffisamment concrète et adaptée. L’insuffisance de collaboration entre l’école et la famille, entre les parents et les instituteurs compromet d’ailleurs gravement l’influence de l’éducation scolaire. 

c) Le choix du métier, la recherche d’un patron consciencieux sont abandonnés la plupart du temps aux caprices du hasard. L’attention des élèves n’a pas été assez attirée sur la nécessité de l’apprentissage et de l’enseignement professionnel, sur la prévention des accidents du travail, sur les précautions à prendre contre les maladies professionnelles.

d) Trop peu d’allusions ont été faites pendant l’âge scolaire à la conduite à tenir vis-à-vis des camarades de travail, en route, dans les trains. L’esprit d’association, si indispensable aux jeunes salariés, ne leur a été guère inculqué.

e) Le résultat le plus flagrant de cette absence complète de véritable préparation au travail, c’est la dégradation morale et la crise religieuse dans lesquelles tombent la plupart des jeunes travailleurs bientôt après leur sortie de l’école, même de l’école catholique.

f) Six ou huit années d’éducation religieuse lais sent l’adolescent désemparé, si les éducateurs ne comprennent pas que l’adolescent salarié doit être préparé à sa vie de jeune salarié, et qu’après l’école il ne peut être abandonné à lui-même, mais doit être soutenu par une puissante organisation qui continue et parachève la formation qu’il a reçue à l’école, en l’adaptant à sa vie nouvelle de salarié

LES VOEUX.

Voilà pourquoi la J. O. C. demande :

1) qu’à l’école et dans les œuvres para-scolaires (catéchismes, congrégations, patronages. gymnastiques, boy-scouts) la formation morale et religieuse qui est donnée aux jeunes, tienne compte de tous les problèmes concrets de la vie journalière des jeunes salariés;

2) que les instituteurs et tous ceux qui s’occupent des œuvres para-scolaires soient mis au courant du problème de l’adolescence salariée. Que dans les écoles normales et dans les Séminaires. des conférences et des Cercles d’Etudes soient institués dans cette intention;

3) que des efforts méthodiques soient tentés pour amener plus de collaboration entre l’école et la famille en vue d’une préparation plus adéquate des élèves à leur future vie de salariés;

4) qu’avant de quitter l’école, les éls soient méthodiquement orientés par des persones compétentes et dévouées, vers la J. O. C. qui seule peut les former, les protéger et les défendre, afin que les adolescents salaris: profitent des effets bienfaisants et indispensables d’une formation post-scolaire adaptée à leur vie de jeunes salariés et qu’ils soient affiliés aux organisations professionnelles et mutualistes nécessaires;

5) que pendant la dernière année scolaire des représentants de la J. O. C. ou des spécialistes trouvent moyen de s’entretenir avec les élèves, de l’importance du choix du métier, d’un bon placement et d’un apprentissage sérieux;

6) que tous les élèves de dernière année soient examinés par un Office d’Orientation Professionnelle qui puisse mettre les élèves et les parents au courant des professions qui conviennent le mieux aux aptitudes et aux dispositions des adolescents examinés.

LES FAITS.

§ 2. – La stabilité au travail.

a) Un danger très grand menace actuellement les adolescents salariés : c’est l’instabilité de leur travail, l’incertitude du lendemain, la facilité de renvois ou de changements inconsidérés, avec toutes les conséquences désastreuses du chômage, du désœuvrement, du vagabondage, de la flânerie, du découragement, de la dégradation.

b) Les statistiques prouvent que c’est parmi les chômeurs, les instables au travail, que la délinquence juvénile est la plus élevée. Si le chômage est néfaste pour l’adulte, il est plus dangereux pour l’adolescent. L’obligation de la fréquentation scolaire n’existant plus, le jeune chômeur est abandonné à lui-même pour la recherche d’une nouvelle occupation et d’une nouvelle place. De là les changements fréquents de métier, l’interruption et souvent l’abandon de l’apprentissage, l’acceptation de besognes ou d’emplois n’ayant été précédés d’aucune instruction professionnelle.

c) Les effets désastreux tant au point de vue économique qu’au point de vue social, ne retombent pas seulement sur les individus, dont l’avenir est compromis, mais sur le pays dont la prospérité industrielle et la renommée professionnelle sont menacées.

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1) que les parents soient mis au courant des conséquences déplorables de l’instabilité du travail des jeunes travailleurs;

2) que des mesures soient prises pour remédier aux embauchages temporaires, nécessairement limités, des adolescents salariés:

3) que les jeunes travailleurs ne changent pas sans motif sérieux d’emploi ou de profession;

4) que toutes les autorités sociales s’entendent pour lutter contre le chômage des jeunes travailleurs;

5) que les jeunes chômeurs ne soient pas abandonnés à eux-mêmes pour la recherche de nouvelles occupations;

6) que dans les Bourses du Travail, des sections spéciales reliées aux Secrétariats d’Orientation Professionnelle, soient créées pour le placement des jeunes travailleurs;

7) que l’on mette à l’étude l’organisation de (Centres d’Education » dont la fréquentation pourrait être rendue obligatoire aux jeunes chômeurs.

LES FAITS.

§ 3. – L’apprentissage.

a) L’apprentissage n’existe pas légalement. Il n’est ni encouragé, ni surveillé, ni sanctionné. Dans quelques grandes firmes, les patrons donnent une formation technique méthodique aux jeunes contrat collectif ouvriers. Dans l’imprimerie un règle l’apprentissage.

Partout ailleurs, le jeune ouvrier s’initie à la profession en servant d’aide ou de manoeuvre à un ouvrier adulte. Son plus ou moins grand esprit d’observation lui apprendra les opérations, les tours de main; ses initiatives et ses essais personnels lui révèleront les secrets du métier. Stimulé par le désir du gain, il changera le plus vite possible de patron, pour pouvoir passer comme demi-ouvrier ou ouvrier; il cachera son âge, exagérera ses connaissances, haussera le taux de son ancien salaire pour gagner davantage. D’ailleurs le travail en « série » trop prolongé tue chez les jeunes toute initiative technique.

b) Si l’apprentissage technique est abandonné au hasard, l’apprentissage moral, ou, si l’on préfère, l’acquisition de la conscience professionnelle, est pratiquement inexistant. L’honneur de la profession, ses traditions artistiques, la probité professionnelle, le souci de la bonne qualité de l’ouvrage et de la marchandise; le souci d’économie de la matière première, le respect du matériel et des machines, l’ordre à observer dans le rangement des pièces, de l’outillage et de l’établi; la préoccupation du rendement et du prix de revient; la solidarité bienfaisante et prévoyante, l’esprit syndical; tout le code moral du travail, dans sa conception humaine, sociale et religieuse; tout ce côté spirituel de l’apprentissage, de la profession et du travail disparaît de plus en plus de la production et de l’industrie modernes, parce qu’aucune tentative organisée et méthodique n’est entreprise pour restaurer et pour réadapter ce respect et cet amour du travail qui étaient au temps de leur splendeur, la gloire des corporations du Moyen-Age.

c) Les conséquences de cette anarchie dans l’apprentissage tehnique et moral retombent lourdement sur les jeunes travailleurs qui ont à vaincre des tentations et des difficultés très grandes pour leur âge, leur inexpérience et leur faiblesse. Ils sont souvent exploités, brimés, maltraités, interpellés rudement et grossièrement. Les notions morales de dignité, de respect de soi, de tenue, d’activité, de probité, de justice, de valeur du travail, de générosité, de charité s’effacent de leur conscience. La discipline qui aurait dû garder un caractère moral comme l’autorité, le commandement, l’obéissance et la soumission, n’a plus qu’un aspect mécanique de répression, de brutalité, de force. La conscience des jeunes travailleurs n’est plus formée et l’honneur du travail disparaît.

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1) que les organisations patronales et ouvrières se concertent pour réintroduire dans chaque profession un apprentissage technique, méthodique, surveillé et sanctionné;

2) que les Pouvoirs Publics approuvent et rendent obligatoires les conventions collectives concernant l’apprentissage technique;

3) que les organisations patronales et ouvrières se concertent pour examiner la cause de la perte de la conscience professionnelle et pour promouvoir toutes les mesures nécessaires pour remettre en honneur le culte du travail et le code moral de la profession;

4) que toutes les fédérations régionales et toutes les sections de J. O. C. poussent à fond l’enquête sur la situation de l’apprentissage dans les différentes régions, les industries et les entreprises;

5) que les Cercles d’Etudes, les réunions mensuelles, les journées d’études consacrent leur attention à la formation de la conscience professionnelle des Jocistes;

6) que toutes les sections de J. O. C. demandent à leurs membres de renseigner les ateliers où un apprentissage est possible et où les jeunes sont traités avec un minimum d’égards;

7) qu’une place de plus en plus grande soit réservée dans les bibliothèques, les revues, les journaux professionnels, à la formation technique et générale des jeunes travailleurs, à l’application de la morale chrétienne à la vie professionnelle et à l’explication des qualités et vertus professionnelles: 

8) que toutes les autorités sociales comprennent qu’une morale professionnelle et la mise en pratique de cette morale professionnelle est impossible sans une organisation professionnelle basée la morale chrétienne;

9) que toutes les autorités sociales s’appliquent, à partir de l’école, à promouvoir et à recommander les organisations professionnelles chrétiennes, qui sont les écoles d’une morale professionnelle harmonisant et unissant indéfectiblement les droits et les devoirs de tous les agents de la production.

§ 4. – L’enseignement professionnel. 

LES FAITS.

a) Dans beaucoup de professions un apprentissage technique pratique est insuffisant et doit être complété par un enseignement professionnel ouvrant l’intelligence des jeunes apprentis, leur expliquant tous les aspects de leur profession et les empêchant de tomber dans une pratique routinière qui paralyserait leur développement intellectuel.

b) La majorité des jeunes adolescents salariés de Belgique sont privés d’un enseignement professionnel adapté et méthodique, et la plupart de ceux qui suivent des cours professionnels ne persévèrent pas jusqu’à l’examen final. Dans certaines régions du pays, la cause de cette situation est l’inexistence ou l’insuffisance d’un enseignement professionnel accessible. Là même où cet enseignement existe, les adolescents ne sont pas suffisamment encouragés à suivre les cours professionnels, soit parce que trop de parents ne voient que le gain immédiat à réaliser ou qu’ils se laissent dominer par leurs enfants qui cessent par coup de tête les cours entrepris, soit parce que les professeurs manquent de formation méthodique, soit parce que les patrons et les pouvoirs publics ne soutiennent pas les efforts des jeunes adolescents qui veulent suivre les cours professionnels.

c) D’ailleurs, pour l’enseignement professionnel comme pour l’apprentissage, la partie technique ne peut être séparée de la partie morale. Un grief à faire valoir contre beaucoup d’écoles professionnelles officielles, c’est qu’elles n’enseignent pas une morale de travail. Il ne suffit pas de faire des techniciens habiles, il faut préparer des techniciens honnêtes, conscients des devoirs que leur impose leur valeur professionnelle et qui réalisent dans leur vie de travail un idéal noble et élevé. C’est pourquoi nous n’admettrons jamais que la neutralité soit un idéal, même pour l’enseignement professionnel. Il est absurde de vouloir mettre une cloison étanche entre la vie professionnelle et la vie morale d’un individu ou d’une collectivité. L’enseignement professionnel, pénétré d’esprit chrétien est le seul qui mérite notre confiance et notre attachement.

Et surtout que cet esprit chrétien soit véritablement, pratiquement, concrètement et activement social. Où sont allés les élèves sortis de nos écoles professionnelles libres? Si l’Ecole Professionnelle veut former des élèves sociaux, des convaincus et des meneurs ayant tout à la fois une formation religieuse, morale, sociale et technique, il faut que par des organismes appropriés, elle aide les jeunes à se préparer au rôle qu’ils devront remplir un jour dans les organisations d’adultes et dans leur atelier. Les sections de J. O. C., ls sections syndicales et mutualistes, les sections d’épargne, les Cercles d’Etudes, sont indispensables dans ce but.

d) Nous croyons que l’enseignement professionnel doit être adapté aux besoins économiques du pays, qu’il doit être combiné avec une organisation méthodique de l’Orientation Professionnelle, afin de ne pas encombrer certaines industries au détriment des autres.

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1) que dans toutes les régions du pays soit organisé un enseignement professionnel facilement accessible aux jeunes gens;

2) que partout l’admission dans les écoles professionnelles soit subordonnée à un examen du sujet par un office d’Orientation;

3) que toutes les initiatives privées pour établir un enseignement professionnel adapté soient largement subsidiées par les industriels et par tous les pouvoirs publics;

4) que les heures de cours professionnels n’imposent pas aux élèves des veillées trop tardives et ne les empêchent pas le dimanche de pratiquer facilement leurs devoirs religieux;

5) que les patrons encouragent généreusement les efforts des adolescents qui persévèrent dans l’acquisition d’un enseignement professionnel complet, par l’extension des allocations familiales pour les élèves qui fréquentent les cours professionnels, par des gratifications et un régime favorisant ceux qui ont suivi les cours et surtout les diplômés, par des primes à ceux qui fréquentent les écoles industrielles du soir;

7) que les organisations professionnelles ouvrières créent des bourses d’études pour leurs membres dont les enfants fréquentent une école professionnelle chrétienne et qu’elles puissent faire valoir leur avis et apporter leur collaboration efficace pour tout ce qui regarde la création et l’amélioration des centres d’enseignement professionnel;

8) que toutes les sections de J. O. C., par des enquêtes, des démarches, des conseils, des conférences aux parents et aux jeunes adolescents, des visites aux écoles professionnelles et autres, propagent partout les effets bienfaisants d’un enseignement professionnel, adapté aux exigences des jeunes ouvriers et pénétré d’un esprit chrétien et social;

9) que l’organisation nationale de J. O. C. soit en rapports suivis avec l’Université Libre du Travail pour l’extension de son mouvement dans toutes les écoles professionnelles libres du pays.

§ 5. – La sécurité au travail.

LES FAITS.

a) Nombreux sont les jeunes travailleurs qui sont victimes d’un accident du travail. Soit que le patron les occupe trop tôt au service des machines, soit que par suite d’inattention, de légèreté ou d’espièglerie ils soient blessés à l’un ou l’autre membre, soit que la durée excessive du travail, la fatigue exagérée d’un labeur au dessus de leurs forces les exposent plus facilement à un accident, un grand nombre de jeunes travailleurs sont des invalides précoces de l’armée travailleuse.

b) Des blessures, bénignes au début, ont souvent des suites graves par la négligence des soins a bien des boîtes de secours dans immédiats. Il y les ateliers, mais il y a peu de personnel capable de donner les premiers soins, et l’insouciance de l’âge aidant, la blessure non soignée s’envenime et il faut recourir souvent à une opération.

c) Une lacune presque générale dans la solution de la question des accidents du travail, c’est l’absence de rééducation professionnelle des accidentés. Un jeune homme incapable par suite d’un accident du travail d’exercer encore son ancien métier, pourrait fort bien, par une rééducation professionnelle adaptée, apprendre un nouveau métier, dans lequel il pourrait atteindre son plein rendement. Comme c’est plus digne et plus moral, qu’une indemnité insuffisante avec une occupation subalterne! On a vu les merveilles réalisées par la rééducation professionnelle des invalides de guerre. Tout jeune accidenté devrait être soumis à une orientation professionnelle nouvelle et pouvoir profiter d’une rééducation professionnelle adaptée à son état d’accidenté.

LES VOEUX.

Voilà pourquoi la J. O. C. demande :

1) que les mesures préventives contre les accidents du travail soient de plus en plus répandues et vulgarisées;

2) que les jeunes travailleurs soient de plus en plus éduqués en vue de la prévention des accidents du travail et en vue des premiers soins en cas d’accidents;

3) que la déclaration et l’examen de toute blessure, quelque bénigne qu’elle soit, soient rendus obligatoires et que dans tout atelier ou usine un personnel au courant puisse donner les premiers soins aux accidentés;

4) que l’indemnisation définitive d’un jeune accidenté du travail, soit d’office soumise à un tribunal arbitral qui statuera sur chaque cas;

5) que tout jeune accidenté du travail soit d’office soumis à un examen de réorientation professionnelle et que l’occasion lui soit offerte, à charge de la société d’assurance, de réapprendre un nouveau métier;

6) que toutes les fédérations régionales de J. O. C. établissent un service de renseignements et d’assistance pour les jeunes accidentés du travail et que tous les cas soient signalés au Secrétariat Général de la J. O. C.;

7) que tout Jociste victime d’un accident du travail s’adresse immédiatement et avant de signer n’importe quelle pièce à son usine, à la Fédération Régionale de J. O. C. et à son organisation syndicale.

§ 6. – L’hygiène et la propreté du travail. 

LES FAITS.

a) A part des exceptions qui méritent tous les éloges, les ateliers et les usines de Belgique sont en retard pour tout ce qui regarde l’hygiène et la propreté. Nous ne parlons pas seulement des professions qui par suite des matières premières ou des procédés chimiques employés sont notoirement nocives à la santé des travailleurs. Pour ces industries surtout, les autorités publiques et les dirigeants industriels seraient gravement coupables, s’ils négligeaient les précautions à prendre. Mais on peut dire que d’une manière générale, les règles élémentaires d’hygiène pour la ventilation, l’aération, l’éclairage, l’aspiration des poussières, le nettoyage, le cubage des salles, leur chauffage, la protection contre l’humidité sont trop souvent négligées. Il semble parfois que la santé des travailleurs préoccupe peu certains dirigeants de l’industrie et que ceux-ci estiment que les dépenses d’hygiène grèveraient outre mesure et inutilement les frais généraux des entreprises;

b) Des a:rêtés royaux ont certes instauré et réglementé l’inspection médicale des jeunes travailleurs. Mais nos enquêtes démontrent l’impuissance de l’inspection médicale actuelle, malgré le dévouement de ses agents. La plupart des entreprises d’ailleurs n’ont aucun personnel diplômé pour la surveillance et l’application des mesures d’hygiène.

c) Que dire alors des conditions de malpropreté dans lesquelles la plupart des ouvriers sont encore obligés de travailler! Il y a beaucoup d’ateliers et d’usines où les lavoirs sont inconnus. Les ouvriers sont obligés de se laver, après des heures d’une besogne salissante, dans des seaux malpropres et avec de l’eau souillée. Pas de savon, pas d’essuie-mains, pas de lavabos. Dans la plupart des usines les bains-douches sont inconnus.

d) Les ouvriers changent de vêtement pour travailler. C’est plus commode et moins coûteux. Dans combien d’entreprises découvre-t-on le moindre vestiaire, la moindre armoire pour les vêtements?

e) Quant au repas, dans beaucoup d’ateliers les ouvriers le prennent sur le pouce, à côté de l’établi, près de la machine, dans la poussière et dans la saleté, sans pouvoir se rafraîchir les mains. Dans d’autres, les ouvriers se font chercher un peu de soupe ou de boisson dans un cabaret des environs ou chez le concierge. Dans d’autres, le personnel doit quitter l’usine pour s’engouffrer dans les cabarets des alentours ou pour s’adosser aux murs et s’asseoir sur les trottoirs et les talus. Peu de réfectoires, peu de locaux où la gamelle et le café puissent être réchauffés. On peut compter sur les doigts les usines où les repas sont servis à tout le personnel.

f) Ce qui étonne dans presque toutes les usines belges, c’est l’état déplorable des W. C. Est-il admissible que nos ouvriers soient obligés de satisfaire des besoins intimes dans des endroits aussi répugnants?

g) Qui serait surpris après tout cela des défauts de notre classe ouvrière; de son manque de tenue, -de distinction? Qu’on soumette à ce régime les adolescents des classes « dirigeantes » et l’on verra le résultat! Cette absence complète de propreté encourage les instincts vicieux et il ne faut plus s’étonner des souillures, des inscriptions souvent pornographiques, des dégradations apportées au matériel, aux murs et aux salles!

h) On ne peut pas s’étonner non plus de la résistance que des ouvriers, dont on a négligé l’éducation, opposent aux mesures d’hygiène et de sécurité que l’on tente d’introduire tardivement, du peu de soin qu’ils apportent à l’entretien des locaux et des appareils mis à leur disposition. Il faut remonter, comme nous l’avons fait. aux causes lointaines de cette situation et commencer l’œuvre de réforme par le commencement.

i) Si le manque de propreté est flagrant, on ne peut guère demander des essais d’embellissement, d’ornementation florales ou décoratives dans les salles, les cours, et les bâtiments d’usine. La laideur, la malpropreté et l’insalubrité, mettent une empreinte de malédiction sur certains lieux du travail, jusqu’à les faire ressembler à des prisons ou à des bagnes, alors que la beauté, la propreté, la salubrité devraient mettre un cachet riant et attrayant sur les sanctuaires où s’élaborent les perfectionnements apportés par le génie de l’homme, reflet de l’Intelligence créatrice, aux produits de la nature.

j) Mais jamais des initiatives patronales ou des mesures législatives n’auront un effet réel et bienfaisant, si elles ne sont pas combinées avec une éducation de plus en plus adaptée des jeunes ouvriers, faites au sein des organisations ouvrières spéciales. Dans aucun pays, un mouvement sérieux de prévention des accidents du travail, d’amélioration de l’hygiène et de la propreté, d’embellissement des locaux n’a pleinement réussi sans la collaboration intime des organisations ouvrières, qui ont le devoir de relever le niveau intellectuel et moral des travailleurs, de ieur faire prendre des habitudes d’hygiène, de propreté, de tenue, de respect qui constituent des richesses autrement importantes que les salaires.

LES VOEUX.

Voilà pourquoi la J. O. C. :

1) demande que dans toutes les sections des efforts inlassables soient tentés pour l’éducation hygiénique, esthétique et morale des jeunes travailleurs;

2) insiste pour que cette éducation soit toujours unie à l’organisation mutualiste des jeunes travailleurs;

3) fait appel à la collaboration des médecins, des techniciens et des artistes pour donner des conférences avec films et projections lumineuses et pour aider à la décoration des locaux et des salles de réunion et à l’élaboration des programmes de fêtes, de soirées éducatives, récréatives et artistiques;

4) demande que les organisations patronales et ouvrières collaborent à l’amélioration hygiénique de tous les services d’hygiène, de propreté et de confort nécessaires (bains – lavoirs – vestiaires réfectoires W. C.) et à l’éducation hygiénique, esthétique et générale de la masse ouvrière;

5) proteste contre l’inobservance des arrêtés royaux sur la visite médicale et insiste pour que des sanctions sévères soient prises contre les responsables;

6) insiste pour que tous les moyens soient mis en œuvre afin que l’opinion publique comprenne l’importance que les mesures d’hygiène, de propreté et de confort ont pour le relèvement intégral de la classe ouvrière et que l’opinion publique poursuive de sa réprobation effective les responsables de toutes les causes de dégradation de la jeunesse ouvrière.

§ 7. – La pudeur au travail.

LES FAITS.

a) L’habitude de la malpropreté et l’absence de tenue sont déjà par elles-mêmes des atteintes à la dignité morale, désastreuses pour le jeune ouvrier. Que dire alors de la promiscuité révoltante qui règne dans certaines usines, où jeunes gens et jeunes filles se déshabillent dans les mêmes salles, sont laissés sans surveillance pendant les repas et les repos, assistent à des scènes de provocation inimaginables, sont initiés brutalement à toutes les perversions? Certaines cours et salles d’usines, les environs de certaines usines, les salles d’attente, les quais et les environs de certaines gares sont des occasions de débauche pour un grand nombre de jeunes ouvriers.

b) Nous parlerons dans un autre chapitre de l’éducation sentimentale de la jeunesse ouvrière. Nous voulons insister ici sur les circonstances extérieures qui tuent lentement, mais sûrement toute pudeur et toute réserve. Les circonstances relatives au travail jointes à celles du logement et des lieux de plaisirs sont les causes les plus habituelles du débraillé, de l’immoralité, de la brutalité et du cynisme dans l’étalage de l’instinct sexuel et du vice impur.

LES VOEUX.

Voilà pourquoi la J. O. C. demande :

1) que toutes les promiscuités, les négligences, les provocations soient sévèrement prévenues, tant dans le logement que pendant le travail, les trajets et les repos, de manière à sauvegarder la pudeur et la réserve des adolescents et des adolescentes salariées;

2) que les autorités industrielles et les administrations publiques comprennent que la pudeur des jeunes gens et des jeunes filles de la classe ouvrière est aussi sacrée que celle de la jeunesse des autres classes et que tolérer le manque de réserve et de pudeur à leur égard est un crime social qui reçoit dans la dépravation des mœurs un terrible châtiment;

3) que toutes les sections de J. O. C. s’efforcent de dénoncer sans scrupule et sans respect humain les atteintes à la pudeur et à la réserve de l’adolescence ouvrière et tâchent par tous les moyens de préserver cette fleur de l’innocence qui est la meilleure garantie de la force morale;

4) que les organisations ouvrières d’adultes insistent auprès de leurs membres afin que les jeunes travailleurs soient plus respectés dans leur pudeur.

§ 8. – La durée du travail.

LES FAITS.

a) La durée du travail des adolescents doit être proportionnée à leur âge et à leur force. Les adolescents sont tous des apprentis, et de même qu’on ne prolonge pas outre mesure la durée des études journalières des jeunes gens, on ne peut prolonger jusqu’à la mesure des adultes, le travail des adolescents. A l’heure actuelle, il semblerait, à voir ce qui se pratique, qu’il ne faille pas faire de distinction entre la durée du travail d’un homme de trente ans et celle d’un adolescent de 14 à 15 ans. Il existe encore des usines où, à certaines périodes, des adolescents font des journées de travail de 14 heures, sans compter les heures de trajet avant et après le travail.

b) Les heures de travail doivent aussi tenir compte de la nécessité de procurer à tous les jeunes gens salariés des facilités pour assister à des cours d’enseignement professionnel, et même à des réunions d’éducation générale, physique, morale et sociale. Le système du travail par équipes finissant à des heures tardives est sous ce rapport préjudiciable à beaucoup de jeunes gens, ceux-ci ne pouvant assister que très irrégulièrement à des cours ou à des réunions, se découragent et abandonnent l’école ou l’organisation.

LES VOEUX.

Voilà pourquoi la J. O. C. demande :

1) que la réglementation de la durée du travail des adolescents soit fixée par des commissions paritaires (dans lesquelles la J. O. C. doit obtenir une voix consultative), qui tiendront compte de l’âge, de la difficulté du travail, et du besoin d’éducation des adolescents salariés;

2) que sous aucun prétexte le travail des adolescents ne se prolonge au delà de huit heures et qu’il soit réglé de telle sorte que les soirées soient, autant que possible, libres pour les cours et les séances éducatives;

3) que les sections de J. O. C. étudient les moyens de fournir aux jeunes salariés des industries où l’on travaille à trois équipes, les occasions nécessaires de formation intellectuelle et morale.

§ 9. – Travail de nuit et du dimanche.

LES FAITS.

a) Il est aisé de constater les effets nuisibles du travail de nuit et du dimanche, surtout pour les adolescents et pour les jeunes gens. Au point de vue de la moralité et de la santé, fatalement, il a des suites funestes, à cause du relâchement de la surveillance, de l’irrégularité de la vie et de l’absence de plus en plus grande de réconfort spi- rituel.

b) Le travail de nuit ne pourrait en aucun cas être toléré avant 18 ans, et le travail du diman- che et des fêtes religieuses légales ne devrait être permis que dans des cas de nécessité absolue et seulement à condition de pouvoir assister à la Messe et participer à la Communion.

LES VOEUX.

Voilà pourquoi la J. O. C. demande :

1) que l’enquête sur le travail de nuit et du dimanche soit menée vigoureusement par toutes les sections et qu’une attention spéciale soit ac- cordée aux effets moraux et hygiéniques du tra- vail de nuit et du dimanche;

2) qu’une propagande intense soit entreprise pour éclairer l’opinion publique sur les dangers du travail de nuit et du dimanche, en particulier pour les jeunes ouvriers;

3) que la législation en vigueur sur le travail de nuit et du dimanche soit appliquée et sanctionnée plus sévèrement;

4) que le travail de nuit soit interdit à tous les jeunes gens âgés de moins de 18 ans en supprima.l toutes les dérogations;

5) que le travail du dimanche ne soit toléré qu’en cas de nécessité véritable reconnue de com- mun accord entre les organisations patronales et ouvrières et qu’il soit organisé de telle façon à permettre à tout travailleur de participer aux of- fices religieux et d’approcher de la Table Sainte.

§ 10. – Les travaux pénibles et dangereux.

LES FAITS.

a) Il existe une loi sur l’interdiction des travaux pénibles et dangereux et sur l’emploi des mesu- res d’hygiène dans certaines industries. Malheu- reusement l’application de pareilles lois suppose une inspection vigilante et suffisamment étendue. Or, en Belgique, le nombre et les pouvoirs des in- specteurs du travail sont insuffisants. Combien d’adolescents voient leur santé ébranlée et leur avenir compromis par un travail précoce, exagéré pour leur âge et leurs forces physiques. C’est du blé coupé en herbe! Les organisations ouvrières devraient coopérer plus largement à la surveil- lance de pareils travaux.

b) A côté des travaux trop pénibles et dangereux pour le corps, il en est d’autres funestes pour l’âme. Les métiers de grooms, chasseurs, porteurs de télégrammes ne sont pas assez surveillés. Et combien d’adolescents de 14, 15 et 16 ans sont initiés à toutes les perversions de notre société « moderne dans certains hôtels, restaurants, cafés, bars, et maisons de nuit, où leurs fonctions les appellent.

c) Que dire alors de l’emploi d’enfants dans les théâtres, les cafés-concerts, les salles de spectacles? ll existe là des centaines de malheureux voués, dès l’âge le plus tendre, à la débauche et à la prostitution. Comment stigmatiser l’inconscience des Pouvoirs Publics, qui permettent ce sacrifice injustifiable à la curiosité malsaine de spectateurs et à l’amusement stupide de viveurs et de noceurs? Aucune protestation ne sera assez violente contre l’abaissement moral de notre société moderne.

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1) Une application plus rigoureuse de la loi sur les travaux pénibles et dangereux;

2) Une inspection mieux organisée pour la protection de l’adolescence salariée;

3) une participation plus effective des organisations ouvrières dans l’inspection de ces travaux pénibles et dangereux;

4) une propagande plus intense contre beaucoup d’emplois de grooms, chasseurs, porteurs de télégrammes, commissionnaires, garçons de courses;

5) l’interdiction absolue de l’exhibition des enfants et des adolescents dans les théâtres, cafés-concerts, salles de spectacles et une police plus sévère de ces lieux de plaisirs.

§ 11. – Le salaire des adolescents. 

LES FAITS.

ince

a) Il existe des situations étranges et contradictoires pour les salaires payés aux adolescents. Il suffit de comparer des salaires payés à 14, 15, 16 et 17 ans pour voir qu’il n’y a pas de rapport entre la capacité du travailleur et sa rémunération. II est à remarquer que les caisses de compensation excluent, sans distinction, du calcul des allocations familiales, les adolescents salariés, sans se préoccuper suffisamment de la répercussion de cette règle sommaire et uniforme sur la formation professionnelle des fils de famille nombreuse. Quant à la fixation des taux des salaires des adolescents ou bien il n’existe pas de convention collective ou bien les conventions collectives ne sont guère observées.

b) Les jeunes gens changent de patron ou de métier pour gagner 5 ou 10 centimes de plus à l’heure. Et comme les différences de salaire sont souvent très notables, sans avoir aucun rapport avec les connaissances requises ou l’effort fourni, les changements sont vraiment déroutants. Tel qui apprenait un métier qualifié devient garçon de courses pour un gain immédiat plus élevé. Nous savons que toutes les réglementations de salaires sont difficiles, surtout pour les adolescents. Mais pourtant il est inadmissible que des patrons puissent attirer des adolescents de 14 à 17 ans, uniquement par un appât d’argent, dont les adolescents abusent d’ordinaire, en sacrifiant souvent tout leur avenir. N’y a-t-il pas là un abus criant, quand il s’agit de mineurs qui sont encore presque des enfants?

c) Voilà pourquoi, nous pensons que la question du salaire, comme toutes les autres questions intéressant les jeunes ouvriers, devrait faire l’objet de conventions collectives entre organisations patronales et ouvrières au sujet desquelles la J. O. C. devrait pouvoir exposer son avis.

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1) que la fixation des salaires des adolescents salariés ainsi que toutes les autres questions qui s’y rapportent soient réservées à des commissions paritaires, formées par les organisations patronales et ouvrières;

2) que l’organisation générale de la J. O. C. puisse exposer le point de vue de la jeunesse salariée pour la solution de toutes les questions qui influencent grandement l’avenir des adolescents;

3) que l’on examine s’il ne conviendrait pas d’interdire l’emploi de jeunes gens de moins de 21 ans dans les industries et commerces qui ne peuvent leur donner une formation professionnelle;

4) que l’on examine s’il serait utile de limiter à une fraction du nombre des ouvriers adultes, le nombre des jeunes ouvriers de moins de 21 ans, tout au moins dans certaines professions.

§ 12. – La situation des jeunes employés. 

LES FAITS.

a) Bien des plaintes s’élèvent au sujet de la situation des jeunes employés. Ce n’est pas parce qu’ils portent un faux-col et parfois des manchettes, qu’ils ont des vêtements plus soignés ou travaillent dans des bureaux, qu’il faudrait les regarder comme l’aristocratie du monde du travail. Hélas, bien des parents se trompent quand ils préfèrent voir leur fils exercer un emploi de gratte-papier, plutôt qu’une profession qualifiée.

b) Et certaines écoles rendent un mauvais service aux parents et aux jeunes gens en poussant ceux-ci vers des emplois mal rémunérés et sans aucun avenir. Une préparation insuffisante est une cause fréquente de misère noire pour des jeunes gens qui préfèrent des mains intactes à des mains calleuses.

c) Trop d’adolescents trouvent un emploi subalterne à la fin de leurs études primaires sans même avoir passé par l’office d’orientation professionnelle. Beaucoup ne suivent pas même des cours techniques. Ils se contentent d’un peu de même sténographie, ou de dactylographie sans connaître l’orthographe. De là ces emplois de copistes, de classeurs, d’aides-facturiers et autres occupations qui n’exigent que peu d’intelligence et de discernement.

d) Les traitements mensuels de trois cents francs ne sont pas rares. L’encombrement de la profession n’en est-il pas la cause? Que d’amateurs pour des places mal rétribuées où l’on n’apprend rien! Ajoutez-y les heures supplémen taires non payées, parfois même le travail du dimanche, les besognes emportées à domicile, et l’on plaindra amèrement les jeunes forçats de la plume pour lesquels il n’y a guère de perspective d’avancement et d’avenir.

e) Beaucoup se trompent également en pensant que le milieu employé est plus moral que le milieu ouvrier. Hélas, combien les preuves du contraire sont nombreuses! La promiscuité des jeunes gens et des jeunes filles, celles-ci souvent en toilettes provocantes, les gravures qui couvrent les murs, les conversations de certains aînés font que certains bureaux sont pires que des ateliers!

LES VOEUX.

Voilà pourquoi la J. O. C. demande :

1) qu’aucun jeune homme ne se destine à la carrière d’employé sans avoir passé par un office d’orientation professionnelle et sans avoir reçu une préparation générale et professionnelle suffisante;

2) que tous les jeunes employés continuent à parfaire leur formation générale et professionnelle en suivant des cours qui leur garantissent les connaissances nécessaires à un avancement progressif;

3) que les heures supplémentaires et le travail du dimanche soient sévèrement défendus aux jeunes employés pour leur permettre de suivre les cours de perfectionnement;

4) que tous les groupes de J. O. C. s’appliquent à développer chez les jeunes employés l’esprit syndical aussi nécessaire pour eux que pour les jeunes ouvriers;

5) qu’un esprit de franche camaraderie unisse tous les jeunes employés aux autres jeunes salariés dans tous les groupes de J. O. C. afin d’intensifier chez tous l’entr’aide et la solidarité;

6) qu’un effort spécial soit tenté pour former la conscience morale et développer l’esprit religieux des jeunes employés!