IV.1 – Ch. 4 – Les blocs d’entreprises

CHAPITRE QUATRIEME

Les blocs d’entreprises.

Le milieu de travail dans lequel le jeune salarié passe la plus grande partie des dix années les plus décisives de sa vie – de 14 à 25 ans – a sur son caractère et sur sa destinée une influence beaucoup plus grande encore que les années passées par l’étudiant au Collège et à l’Université. C’est pourquoi la J. O. C. estime que l’action dans le milieu de travail et sur le milieu de travail est la tâche essentielle de l’Action Catholique en ce qui concerne les jeunes salariés.

La conquête du milieu du travail ne peut se faire que de l’intérieur. Pour y agir, y avoir une influence, le transformer, il faut y être et en être. La conquête jociste du milieu du travail ne peut se faire que par des militants jocistes travaillant dans ce milieu, et voulant y être, et y étant de fait « les missionnaires de l’intérieur », « le clergé indigène », souhaités par le Pape.

Cette conquête du milieu du travail ne pourra être qu’amorcée, orientée, soutenue dans les réunions paroissiales ou régionales (cercles d’études, comités, conseils); on pourra y dresser des plans, en suivre et en contrôler l’exécution, encourager et conseiller les militants, à condition que la section et la fédération aient le véritable esprit et la vraie méthode jocistes. On ne pourra jamais y exécuter la conquête. Voilà pourquoi les meilleures réunions paroissiales et même régionales sont insuffisantes; on ne doit pas confondre le champ de bataille avec la fabrique d’armes et de munitions.

Les Jocistes et même les militants jocistes, soutenus à l’extérieur de l’entreprise par les réunions, les publications, la camaraderie jociste, ne peuvent être abandonnés à eux-mêmes à l’intérieur de l’entreprise; ils doivent se connaître, se consulter, se soutenir, se concerter, non seulement pour s’entr’aider, se protéger, s’encourager, se défendre mutuellement, mais encore et surtout pour pouvoir agir plus efficacement sur leurs camarades non jocistes, les attirer et les conquérir à la J. O. C. et pour pouvoir méthodiquement influencer, transformer les idées et les habitudes qui règnent dans leur entreprise, l’atmosphère qui y existe, les situations et les conditions qui s’y rencontrent et résoudre les problèmes qui s’y posent.

Ce travail d’entr’aide et de conquête dans le milieu du travail doit se faire par le bloc d’entreprise. Celui-ci comprend tous les jocistes, travaillant dans une même entreprise; il est créé et conduit par un noyau de militants, qui forment le pôle jociste de l’entreprise.

Aucun pôle d’entreprise ne peut se constituer, ni fonctionner à l’insu du Secrétariat Régional. Celui-ci doit s’entendre au préalable avec les militants qui doivent former le pôle et diriger toute la vie et l’activité du bloc jociste.

Le Secrétariat Régional doit aider les militants du pôle par sa documentation, diriger et conseiller leur activité, soutenir et ranimer leur élan et leur zèle, et ne jamais les abandonner dans leur apostolat.

Le pôle d’entreprise doit limiter son action au programme jociste (placement, tutelle, sécurité, hygiène, propreté, moralité, réponse à la propagande des jeunes socialistes et des jeunes communistes, recrutement et vie jociste) et ne jamais s’aventurer sur le terrain syndical ou politique. Il doit pourtant être à même de répondre sommairement aux objections contre les organisations catholiques économiques ou politiques.

L’activité du pôle et du bloc dépendra de la nature de l’industrie, du genre et de l’étendue de l’entreprise, du nombre et de la variété des jocistes qui y travaillent. Ces jocistes peuvent être membres d’une même section locale ou de plusieurs, habiter près ou loin de l’entreprise, être dispersés dans un nombre plus ou moins grand de salles et de chantiers. Le recrutement jociste et les réunions éventuelles du bloc devront être adaptés concrètement aux conditions de l’entreprise, d’accord avec le Secrétariat Régional. En tout cas les réunions du pôle doivent être très fréquentes.

Toute l’efficacité d’un bloc d’entreprise dépendra de la valeur et de la formation des mili-· tants du pôle. Un militant, qui est un chef, un apôtre, un entraîneur, un animateur, peut réaliser des merveilles, s’il est persévérant. A plusieurs, ils peuvent vaincre tous les obstacles et conquérir les entreprises les plus difficiles.

On doit bien distinguer le rôle des blocs d’entreprise du rôle de la section locale. Le bloc a pour mission essentielle la conquête et la défense; la section s’occupe plutôt d’éducation et d’administration.

La condition essentielle au succès d’un bloc, c’est l’entente, l’union étroite entre les militants du pôle. Ceux-ci doivent être des amis. Ils doivent se voir le plus souvent possible, surtout à l’heure du repas ou de repos, ou dans le voisinage de l’entreprise. Ils doivent pouvoir compter l’un sur l’autre, se communiquer toutes leurs initiatives et se tenir au courant de toute leur propagande. Le propagandiste régional doit assister souvent à leurs réunions.

Aucune requête, aucune démarche ne peut être faite auprès de la direction d’une entreprise à l’insu et sans l’approbation du secrétariat régional.

La grande difficulté est d’intéresser et de faire participer tous les membres du bloc à la vie, à la camaraderie, à l’action jociste dans l’entreprise et à leur en faire comprendre l’importance pour la conquête et la transformation de l’entreprise; à les remplir d’enthousiasme pour cet idéal et pour cete œuvre de conquête; à les intéresser et à les faire participer à l’activité du mouvement régional et national. Les militants dans leurs conversations et leurs rapports avec les jocistes de l’entreprise, devront d’abord et surtout s’intéresser à leur vie et à leur travail et chercher les points du programme et les faits de la vie jociste qui peuvent les attacher au mouvement. Au début, qu’on ne multiplie pas les réunions du bloc, mais les rapports personnels, puis les petites réunions spéciales s’occupant de réalisations précises et concrètes.

Il sera très utile de réunir périodiquement les vrais chefs de pôle d’une région, pour qu’ils puissent se communiquer leurs expériences, et se concerter pour la pénétration jociste dans de nouvelles usines de la région.

La création et l’extension des blocs d’usines est la grande œuvre de demain. Si la J. O. C. y réussit, la conquête du milieu de travail est assurée. Le Secrétariat Régional a une très grande responsabilité à cet égard. On connaît l’importance primordiale que le mouvement communiste attache aux cellules communistes d’entreprises. « La Correspondance Internationale », qui est l’organe du comité exécutif de l’Internationale de la jeunesse communiste, rendant compte de notre effort de conquête, écrit cette appréciation flatteuse dans son numéro du 17 mars 1930. « Ainsi, la jeunesse chrétienne en Belgique et en France lance le mot d’ordre de la création des cellules d’entreprise. Elle l’a peut-être pris de nous, mais il est certain qu’ils y mettent beaucoup plus d’ardeur que nos organisations. »

Cet éloge d’un adversaire constitue pour nous une précieuse indication. C’est dans l’entreprise, c’est à l’usine, à l’atelier et au bureau, que se livrera demain la grande bataille pour la conquête de la classe ouvrière.

La J. O. C. doit montrer que sur ce terrain elle veut la victoire.

L’avenir de la classe ouvrière en dépend.