CHAPITRE PREMIER
Les responsabilités sociales.
LES FAITS:
a) Le sens de la responsabilité morale et sociale semble s’émousser de plus en plus chez beaucoup de ceux qui sont revêtus d’une autorité dans notre société moderne.
b) Les Pouvoirs Publics manquent fréquemment à leur devoir de tutelle et de sauvegarde morale de la jeunesse, en négligeant des mesures préventives contre les occasions innombrables de corruption morale des jeunes gens et en n’encourageant ou en ne reconnaissant pas les initiatives privées décidées à lutter contre ces atteintes à la moralité juvénile et désireuses de concourir à la formation et à la protection morale de la jeunesse.
c) L’Etat qui chaque jour sur ses chemins de fer transporte des milliers d’adolescents salariés est d’une incurie impardonnable quant à la surveillance morale des jeunes salariés.
d) Certains patrons qui reçoivent à leur service un garçon de 14 ans ne semblent guère se soucier de l’avenir moral, religieux et social de leur jeune salarié.
e) Les parents eux-mêmes, entraînés par l’insouciance du siècle, sont souvent inconscients des des conditions de vie et de travail, où il leur est presque moralement impossible de ne pas tomber.
i) Au Moyen-Age, le jeune apprenti était présenté par ses parents au Conseil des Maîtres de la Corporation. Le patron s’engageait devant eux à remplir tous ses devoirs moraux, religieux et sociaux, vis-à-vis de son nouvel apprenti. Cet acte solennel était une cérémonie impressionnante pour l’adolescent et lui révélait l’importance de son apprentissage. Aujourd’hui, la majorité des jeunes travailleurs au lendemain de la dernière distribution des prix, entre sans la moindre garantie et sans la moindre transition à l’atelier, à la fabrique, à l’usine, à la mine.
LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que les Pouvoirs Publics, les patrons, les parents et les adultes en général, prennent plus conscience de leur responsabilité morale, religieuse et sociale vis-à-vis des adolescents salariés, qui étant tous des mineurs, ont besoin de tutelle, de protection et de défense;
2° qu’une campagne d’opinion soit entreprise afin de réinculquer à notre société décadente le sens de sa responsabilité vis-à-vis de la jeunesse travailleuse;
3° que les parents se souviennent qu’ils sont responsables devant Dieu de la négligence de leurs devoirs d’autorité vis-à-vis de leurs enfants et que c’est une faute criminelle de les laisser dans des ateliers et dans des lieux de plaisirs, où leur vertu, leur honneur, leur santé et leur avenir sont gravement compromis;
4° que les parents soient tenus régulièrement au courant de l’apprentissage de leurs enfants, qu’ils soient renseignés d’office sur le montant du salaire, sur la manière dont il est calculé, sur les progrès techniques réalisés par l’apprenti, sur la tenue générale et morale de leurs enfants au travail;
5° que cette responsabilité se traduise avant tout chez les patrons, dans toute la mesure des possibilités, par un choix plus prudent des ouvriers et des contremaîtres, chargés de l’instruction et de la conduite des adolescents salariés, par une surveillance beaucoup plus sévère sur la manière dont ces agents s’acquittent de leurs délicates fonctions;
6° que les patrons veillent davantage à toutes les mesures nécessaires pour prévenir la promiscuité, pour sauvegarder la pudeur des adolescents et pour leur inspirer le respect et la considération sans lesquels il n’y a pas de dignité morale;
7° que les contremaîtres et les ouvriers adultes comprennent davantage que leur tenue, leurs conversations, leur exemple ont une influence considérable sur la moralité de leurs jeunes compagnons de travail, et qu’aucune excuse ne peut être alléguée pour les écarts de paroles et de conduite qui initient les jeunes gens à une perversion précoce; que les organisations chrétiennes d’adultes inculquent cette responsabilité;
8° que l’Administration des Chemins de Fer rappelle à tous ses agents la nécessité de la sauvegarde morale de la jeunesse dans les gares, dans les salles d’attente, sur les quais et sur les trains; que l’on fasse le plus possible coïncider l’arrivée et le départ des trains ouvriers avec le commencement et la fin du travail journalier, pour que les jeunes salariés ne soient pas forcés de perdre parfois des heures entières aux environs des gares;
9° que toutes les autorités publiques veillent davantage à la surveillance des cabarets, des dancings, des cinémas et des cafés-concerts où des milliers de jeunes salariés sont entraînés, exploités et corrompus et où la plaie du jeu sévit plus que jamais; que la même surveillance soit exercée pour l’étalage et la vente aux mineurs des illustrés et des imprimés corrupteurs;
10° que tous les pouvoirs publics soutiennent, apprécient et reconnaissent les initiatives privées décidées à assumer la tutelle et la protection morale de la jeunesse salariée et sa formation morale indispensable.
La J. O. C. veut être la tutrice, la protectrice et la mandataire de la jeunesse salariée. Elle espère mériter bientôt la reconnaissance officielle de sa mission tant de la part des Pouvoirs Publics que du Patronat et des familles ouvrières. Cette reconnaissance officielle lui permettra dans une plus large mesure de dénoncer les abus, de faire poursuivre les coupables, de travailler efficacement à la formation morale, religieuse et sociale de la jeunesse ouvrière, d’organiser tous les services nécessaires à cette mission et de préparer par le fait même une classe ouvrière plus digne, plus grande et plus belle.