I – Ch. 3 – L’avenir de la classe ouvrière

CHAPITRE TROISIEME

L’Avenir de la Classe Ouvrière.

Ne l’oublions jamais ces 600.000 jeunes travailleurs dont nous venons d’analyser la vie tragique, sont et resteront presque toute leur vie des salariés; ils vivent et vivront au milieu de salariés; ils fonderont une famille d’ouvriers ou d’employés; ils appartiennent et appartiendront à la classe ouvrière. C’est leur vocation et leur place dans le plan de la Providence.

Le problème de l’éducation et de l’organisation de l’adolescence et de la jeunesse salariée ne consiste pas à écarter quelques jeunes salariés du milieu ouvrier et du milieu du travail, à les éloigner de leurs frères et de leurs compagnons de travail, à les déraciner, à les déclasser, à les faire rougir de leur origine et de leur condition, à les incorporer dans un milieu bourgeois, dans la classe bourgeoise.

La solution du problème ne se trouve pas non plus à attirer, à garder quelques jeunes gens pendant une ou deux heures par semaine dans un « milieu artificiel » sans attache avec et sans aucune influence sur le « milieu naturel » dans lequel ils vivront et dont ils subiront l’influence tout le reste de la journée, de la semaine et de la vie.

La solution est toute différente : il faut mettre ces jeunes salariés à même de vivre, de s’épanouir, d’agir, d’avoir une influence sur leur milieu, sur leur usine, leur bureau, leur atelier, leur quartier, leur voisinage, leur classe. Ils doivent pouvoir s’y sanctifier, y sanctifier leur travail, leur vie. Ils doivent pouvoir collaborer à la transformation chrétienne du milieu du travail, du milieu ouvrier, à la rechristianisation de leurs frères et de leurs sœurs de travail.

Si eux ne le font pas, personne ne le fera. L’inscription « Entrée interdite » qui se trouve sur la porte de la plupart des lieux de travail indique clairement que la famille, l’école, l’Eglise n’auront d’influence dans ce milieu fermé que si ceux qui y travaillent veulent y entrer en missionnaires, décidés à faire de leur travail non seulement un instrument d’enrichissement personnel mais un moyen d’apostolat. L’ascension chrétienne de la classe ouvrière, son enrichissement spirituel sont à ce prix. Ce n’est pas à distance, de la part « d’embusqués » que s’opérera l’œuvre de reconquête du milieu ouvrier. C’est à la façon d’un levain qui pénètre la pâte, à la façon du sel qui se mêle à la nourriture, que s’exercera l’apostolat dans le milieu du travail et dans le milieu ouvrier.

C’est ce but à atteindre, ce problème à résoudre qui donnera à l’éducation et à l’organisation des jeunes salariés son caractère distinctif et son véritable esprit.

Nous devons nous pénétrer de cette vérité élémentaire : La classe ouvrière de demain sera ce qu’est la jeunesse ouvrière d’aujourd’hui; une jeunesse ouvrière grossière, impolie, ignorante, immorale et irreligieuse prépare une classe ouvrière arriérée et déchue. Laisser la jeunesse salariée s’étioler et se corrompre, c’est détruire d’avance le résultat favorable de toute réforme sociale, économique ou politique; c’est rendre stériles et souvent néfastes toutes les améliorations matérielles, c’est commettre un crime contre la classe ouvrière et contre la société. C’est une moquerie que de parler de relèvement et d’émancipation de la classe ouvrière, si on ne s’attache pas avant tout à la formation et à l’organisation de la jeunesse ouvrière. Vouloir une classe ouvrière qui possède la santé, la propreté, la beauté, la discipline et la distinction, c’est donner à la jeunesse ouvrière le sens, le goût, le besoin et l’apprentissage de ces qualités et de ces vertus. On ne le fera jamais en dehors d’une organisation de la jeunesse ouvrière.