III – Ch. 3 – La formation intégrale des jeunes travailleurs

CHAPITRE TROISIEME

La formation intégrale des jeunes travailleurs.

§ 1. Nécessité de la formation post-scolaire.

La J. O. C. vise avant tout la formation intégrale des jeunes travailleurs. Un groupement qui ne servirait qu’à amuser ses membres ne mérite pas le nom d’organisation de jeunesse.

Les jeunes travailleurs eux-mêmes doivent comprendre qu’à 14 ans, quand ils quittent l’école, ils ne sont pas formés. L’instruction qu’ils ont reçue à l’école primaire est vite oubliée si elle n’est pas entretenue et complétée. Les parents, les pouvoirs publics, le public doivent être convaincus de cette vérité évidente, de jour en jour plus vérifiée par l’expérience, que l’instruction primaire jusque 14. ans est inopérante et souvent nocive, si les jeunes, après 14 ans, n’apprennent pas à utiliser et à développer, pour leur plus grand bien, les connaissances qu’ils ont acquises à l’école. A 14 ans, le jeune homme commence à juger par lui-même, à développer sa personnalité, à chercher une explication aux questions nouvelles que lui posent son âge, sa croissance, sa curiosité. Il cherche à satisfaire d’une bonne ou d’une mauvaise façon les besoins nouveaux qu’il ressent en lui, et en particulier son besoin d’amitié et d’affection. Il se fixe un but à atteindre dans la vie. C’est l’âge de la vraie formation, car l’enfance n’est qu’une préparation lointaine à cette formation.

Cette formation ne peut être abandonnée au hasard des rencontres, des lectures, des camaraderies, des fréquentations. Elle ne peut être livrée à toutes les sources d’information que fournissent au jeune homme les exemples de ses compagnons, leurs conversations, la promiscuité de l’atelier. Seul, le jeune travailleur est impuissant à discerner et à résister, et les impressions ressenties lui font souvent contracter des habitudes vicieuses.

Il faut inculquer à l’adolescent de 14 ans l’ambition de parfaire normalement sa formation, de la parfaire avec un guide éclairé et sous un contrôle garanti. Il faut surtout au jeune salarié de 14 ans, cette fierté de développer toutes les facultés si belles que l’école aurait dû lui faire entrevoir en lui. Il faut provoquer en lui cette émulation avec les jeunes gens de son âge qui, plus heureux que lui, peuvent consacrer toute leur adolescence et leur jeunesse à se former intégralement. Sa qualité de jeune travailleur, loin de diminuer son désir de formation, doit au contraire l’intensifier.

Apprenons-lui à étudier la vie des jeunes travailleurs qui, à force d’énergie, sont parvenus à se donner une formation générale et scientifique qui en a fait des inventeurs, des conducteurs d’hommes, des hommes d’Etat éminents! L’exemple de ces « self made men » devrait être plus connu de nos jeunes ouvriers et dans nos réunions comme dans nos revues de jeunesse, il faudrait publier leur vie et leurs efforts.

La collaboration normale entre l’école et l’organisation générale des jeunes travailleurs doit procurer petit à petit à la masse des adolescents  salariés les moyens faciles de formation intégrale et fournir aux éléments exceptionnellement doués et méritants les ressources nécessaires pour acquérir une formation supérieure et s’avancer au premier rang des chefs du peuple, des savants, des industriels; mieux encore, pour s’élever vers la sainteté et vers l’apostolat, si Dieu les y invite par sa grâce.

§ 2. – Formation intellectuelle.

C’est dans les cercles d’études, dans les cours généraux du soir, par les lectures, qu’il faut provoquer ce développement du jugement sain, cette curiosité éveillée pour les sciences et pour les questions vitales qui intéressent la conduite, la vie, le travail, et la destinée du jeune travailleur. Il doit apprendre à découvrir sous le camouflage de certains mots sonores le vide de la pensée.

Il faut lui infuser cette avidité des connaissances d’histoire, de géographie, de technique et de sociologie qui élargissent l’horizon de la vie. La joie de connaître, de découvrir, de chercher doit remplacer en lui les jouissances inférieures. Il y a tant de ressources intellectuelles dans nos jeunes travailleurs; mais il faut concrètement, méthodiquement doser l’apprentissage intellectuel à ces jeunes facultés. Par des questions bien préparées, il faut amorcer la curiosité, éveiller la recherche et la guider. Trop de nos jeunes travailleurs s’abêtissent à l’heure présente dans les cinémas, par des romans stupides, par des nouvelles sportives sensationnelles.

La formation intellectuelle de tous nos jeunes travailleurs est un grand apostolat social. Heureuses les communes et les paroisses où quelques chefs de file ne reculent devant aucun sacrifice pour l’entreprendre et y persévérer! Toutes les collaborations doivent être demandées dans ce but et les moyens les plus modernes doivent être mis en œuvre, pour attirer les jeunes travailleurs. A cette formation intellectuelle se rattache immédiatement l’EDUCATION ESTHETIQUE. Qu’on ne pense surtout pas que celle-ci est un luxe, ou qu’elle soit impossible auprès de la masse! Ce n’est certes pas l’œuvre d’un jour; mais quel résultat splendide ne pourrait-on pas en attendre pour le relèvement intégral de la jeunesse ouvrière! Toutes les richesses artistiques de nos musées, de nos monuments, toutes les beautés de nos régions si pittoresques, les trésors de la véritable littérature, comme la joie de la belle musique échappent à la masse de notre jeunesse ouvrière, qui a des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne pas entendre, parce que jusqu’à présent des efforts méthodiques n’ont pas été entrepris pour former le goût des jeunes travailleurs.

§ 3. – Formation physique et hygiénique.

La formation intégrale doit aussi comprendre l’éducation physique et l’éducation hygiénique.

L’éducation physique donnée d’après des méthodes plus scientifiques, redressera méthodiquement les déformations physiques souvent provoquées par un travail monotone, par un exercice exagéré de certains membres du corps aux dépens des autres, par certaines poses trop prolongées pendant le travail.

Il en est de même de l’éducation hygiénique. Toutes les mesures d’hygiène du travail resteront inefficaces, si le jeune homme ne comprend pas la portée de ces mesures et n’adopte pas volontairement des habitudes d’hygiène. A l’heure présente, grâce aux procédés de vulgarisation scientifique, cette éducation peut facilement être entreprise dans tous les milieux et sa portée sociale est incalculable.

§ 4. – Formation morale.

Si la formation intellectuelle est primordiale, la formation morale en est le complément indispensable. Or, cette formation leur fait actuellement entièrement défaut.

Et pourtant leur âge et leurs conditions de travail et de vie augmentent encore cette nécessité. A quels dangers de démoralisation ne sont-ils pas continuellement exposés? La vertu leur apparaît souvent comme une peur, une lâcheté, une dépendance, un lien, un frein. De là une certaine admiration pour les forts-en-gueule, les batailleurs, les coureurs de filles. Le vice leur apparaît comme une crânerie et l’irréligion comme une indépendance.

On se plaint du manque de conscience professionnelle et même de conscience sociale chez les jeunes. Les théories les plus subversives trouvent actuellement de l’écho auprès d’eux. Et c’est souvent par un côté généreux que ces théories provoquent l’enthousiasme. Les jeunes restent désarmés devant ces prédicateurs d’une morale sociale nouvelle.

Il en est de même de toute l’éducation de la chasteté. Dans les milieux de jeunes ouvriers il serait criminel de taire les dangers moraux aux quels les jeunes gens sont exposés. Hélas, combien, dès l’âge le plus tendre, sont déjà contaminés par le vice impur! Il devient difficile de prévenir le mal tellement il est précoce. Il faut ne rien connaître des ateliers, des conversations, des amusements des jeunes gens pour prétendre que sans une forte formation morale un jeune ouvrier et une jeune ouvrière peuvent y résister Et l’expérience prouve que le plus sûr moyen de les sauver, c’est de leur apprendre à sauver les autres. Quand on est parvenu à leur inculquer cette ambition forte et irrésistible, ils résistent aux milieux les plus corrompus.

Une formation morale véritable doit d’abord leur donner la conscience vive et vraiment vécue de leur dignité éminente, de leur valeur souveraine comme hommes et comme chrétiens. Il faut enlever entièrement à la masse aussi bien qu’à l’élite de la jeunesse ouvrière ce sentiment de son infériorité qu’elle acquiert lentement par les conditions déplorables de sa vie et de son travail; il faut extirper chez elle, par des efforts inlassables, ce sentiment d’impuissance et de fatalisme, ce défaut de confiance et d’audace qui la paralyse et la dégrade. Les jeunes ouvriers et les jeunes ouvrières doivent comprendre et sentir qu’ils valent autant que les jeunes messsieurs et les jeunes demoiselles de n’importe quelle condition sociale. Il faut leur donner la compréhension exacte de leur véritable destinée; il faut leur inculquer le sens de leur liberté et de leur responsabilité; il faut faire un appel incessant à leur énergie, à leur audace, à leur aspiration à une vie supérieure; il faut leur inspirer confiance en eux-mêmes; en leurs efforts personnels, en leurs initiatives, et en leur activité.

Pour cela ils doivent sentir que nous les apprécions, les respectons et les aimons; que nous avons confiance en eux, et que c’est d’eux que nous attendons le relèvement et le salut de la classe ouvrière. Nous ne devons pas hésiter à dénoncer les abus criants qui détruisent leur pudeur, leur délicatesse, leur moralité : la malpropreté des W. C., l’exiguité des logements et la promiscuité des trains ouvriers et de certaines fabriques. Et pour que nos actes soient en rapport avec nos paroles, aussi souvent qu’ils le pourront, le Cercle d’Etudes et le groupement de J. O. C. par des plaintes, des requêtes, des protestations, des meetings, feront la guerre aux abus scandaleux.

Cette formation morale ainsi comprise sera aussi positive, aussi active que possible. Elle fournira aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières, l’occasion d’agir moralement, de se former moralement, d’acquérir des habitudes et des vertus morales; elle éveillera en eux le désir de plus de formation, le besoin de sincérité; elle leur apprendra le dévouement et l’esprit de sacrifice; elle les guidera vers les jouissances saines, honnêtes et dignes; elle leur inspirera le sens de la beauté et la véritable distinction.

Un rôle passif, de simples leçons théoriques ne donnent pas une telle formation morale: toute l’organisation, les œuvres et la vie de la J. O. C. doivent y contribuer. Les jeunes ouvriers découvriront ainsi les devoirs qu’ils ont vis-à-vis d’eux-mêmes devoir de développer harmonieusement leurs facultés physiques et intellectuelles, devoirs de tempérance, d’économie, de prévoyance, de maîtrise de soi et de renoncement; ils apprendront concrètement leurs devoirs vis-à-vis de leurs parents, de leurs supérieurs, de leurs compagnons de travail, de leurs compatriotes et de leurs contemporains. L’exposé de chacun de ses devoirs sera illustré par des exemples – toujours par des exemples et sera accompagné de la mise en pratique dans leur vie personnelle de cette doctrine morale spéciale.

Il ne suffit donc pas de dire qu’ils doivent éviter le mal, et faire le bien. Le simple énoncé des sanctions éternelles ne suffit pas. A propos de chaque acte, à propos d’une conduite déterminée, à la maison, à la rue, à l’atelier, partout, il faut montrer aux jeunes ouvriers pourquoi cet acte et cette conduite sont bons ou mauvais. Pour chaque cas, il faut expliquer l’essence du mal et du bien, sa conformité et sa non-conformité avec la nature et la destinée humaine, il faut montrer les conséquences immédiates, physiques et intellectuelles de tel acte et de telle conduite.

Si nous insistons tellement sur l’énoncé des devoirs moraux, il ne faut pas en conclure que l’exposé des droits moraux ne doit pas prendre une place égale dans la formation morale de la jeunesse ouvrière. Dans la pratique, les deux notions corrélatives – droit et devoir – doivent apparaître inséparables aux yeux de tous.

Alors les jeunes auront l’ambition d’introduire dans la production comme dans toute la société l’ordre chrétien qui protège les droits de tous et inculque à chacun ses devoirs. La morale apparaîtra alors comme l’âme et l’inspiratrice d’un ordre social meilleur.

Il est vraiment inouï que dans certains cercles d’études, dans certains groupements des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières on ne parle pas d’éducation sentimentale, de rapports entre jeunes gens et jeunes filles, de fréquentation, de fiançailles et de mariage. Les fréquentations et les fiançailles doivent perdre leur réputation de pé. chés fatals. Combien de jeunes gens et de jeunes filles restent ou redeviennent chastes et chrétiens, parce qu’au cercle d’études ou dans des conversations particulières on leur donne une conception noble et élevée de l’amour, de l’affection, de l’estime et de la confiance réciproques qui seules produisent et garantissent la force, le soutien et la fidélité. Au Cercle d’Etudes, au groupement de la J. O. C., on organise de petites fêtes, des réunions intimes et réconfortantes à l’occasion des fiançailles et du mariage des membres et des anciens membres. Quand alors, aux jeunes gens comme aux jeunes filles, on parle de leur futur mariage, de leur futur foyers, de leurs futurs enfants, quand on leur dit qu’ils peuvent, qu’ils doivent en être fiers devant tous; quand on insiste pour qu’ils aient un intérieur propre, confortable, gai et réconfortant; quand on explique que nos prêtres doivent pouvoir s’y sentir chez eux, s’y asseoir à la table de famille, les visiter plus volontiers que les plus riches familles, comme tous res tent recueillis et émus! Plus personne ne badine, ne sourit et tous comprennent la beauté, la valeur de l’amour, de la vertu et de la vie chrétienne!

Une teile formation morale suppose qu’elle soit reliée intimement à la formation générale, religieuse, professionnelle et même esthétique des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières. Pas de cloisons étanches entre les différentes formations! Nous voulons une classe ouvrière plus belle, plus distinguée! C’est la jeunesse ouvrière qui doit nous la donner, et tout doit y concourir, depuis une religion plus éclairée et mieux comprise jusqu’à un « home » construit et arrangé avec plus de goût et plus de confort, depuis un travail plus consciencieux et plus rémunérateur jusqu’à des loisirs plus sains et plus ennoblissants! Voilà pourquoi la formation morale de la jeunesse ouvrière ne doit négliger aucune des conditions sociales et économiques qui favorisent la morale et la vertu; voilà pourquoi, au sein de la J. O. C. toutes les œuvres nécessaires à l’amélioration de ces conditions sociales et économiques sont essentiellement des moyens indispensables de formation morale efficace et intégrale.

La formation morale est aussi inséparable d’une éducation qu’il faut appeler, faute d’un terme meilleur, l’éducation du savoir-vivre, de la politesse et de la sociabilité. Il faut inculquer aux jeunes travailleurs plus de tenue, plus de savoir-faire, plus de politesse, plus de distinction. Cela est nécessaire dans toute la vie du jeune travailleur : au foyer, à la rue, au travail, dans ses rapports avec ses parents, avec ses camarades, avec les jeunes filles. La trivialité, le laisser-aller, la grossièreté, la négligence dans l’habillement, dans les soins corporels, dans les plaisirs, doivent être combattus rigoureusement. Sans devenir snob, le jeune travailleur doit lutter autour de lui contre les causes et manifestations du débraillé.

Une jeunesse plus belle, plus polie, plus distinguée, sera plus exigeante au point de vue moral.

§ 5. – Formation sociale.

Une lacune très regrettable dans l’éducation scolaire donnée aux enfants du peuple, c’est l’ignorance absolue dans laquelle on les laisse de tous les problèmes du travail. Cette lacune est en grande partie la cause de la perte de la « Conscience Professionnelle » et explique la facilité déconcertante avec laquelle la masse ouvrière admet les solutions les plus simplistes et les théories les plus absurdes concernant l’organisation du travail.

Qui a jamais expliqué aux enfants et aux jeunes travailleurs, d’une façon intuitive et vraiment intéressante, l’importance du choix d’un bon métier, la nécessité d’un apprentissage sérieux et d’un enseignement professionnel approprié, la prévention des accidents du travail, l’hygiène professionnelle, la morale du travail, la nécessité du capital, la notion du salaire, l’organisation des industries modernes? Et non seulement qui le leur a expliqué, mais qui les aide pratiquement à la sortie de l’école et pendant leurs premières années de travail à résoudre ces problèmes concrets de leur vie de jeunes salariés?

C’est cette formation sociale toute simple, toute concrète qui doit être donnée au début aux jeunes travailleurs. Il ne s’agit pas dans les Cercles d’Etudes pas plus que dans les assemblées nombreuses de faire de longs exposés, mais de poser de courtes questions qui éveillent l’attention, provoquent la réflexion, la recherche, et forment le jugement. Les conditions de la vie journalière des jeunes ouvriers, à l’usine, au foyer, à la rue forment le sujet de ces entretiens, qui sont des conversations collectives plutôt que des leçons et des conférences.

Tous les problèmes sociaux et économiques sont ainsi examinés pratiquement, naturellement, dans le cadre de leur vie, sans théories fastidieuses souvent incompréhensibles. L’analyse de ces problèmes vécus par les jeunes travailleurs eux-mêmes amène naturellement la comparaison avec la situation des jeunes travailleurs et de la classe ouvrière dans le passé, chez les peuples païens, au Moyen-Age, aujourd’hui dans les pays étrangers. Ces récits d’histoire et de géographie économique leur font mieux sentir la genèse et la nature des problèmes sociaux et économiques et les aident à comprendre les solutions fondamentales, saines et morales.

C’est ainsi que leur « sens social » se forme lentement. On leur apprend à constater par eux-mêmes la répercussion de la conduite des uns sur celle des autres, la répercussion des conditions économiques sur les conditions Sociales, l’interdépendance des hommes, des industries, des professions, des Etats et des peuples. On leur enseigne ainsi pratiquement la nécessité d’une organisation sociale, d’une morale sociale, d’une discipline sociale, d’une autorité sociale.

Et l’application de la doctrine catholique à tous ces problèmes sociaux et économiques de leur vie de jeunes travailleurs et à toute la question ouvrière, leur donne avec la solution catholique de la question sociale, non seulement une conscience catholique, mais également une organisation catholique.

Cette formation sociale ne se réduira pas à des leçons et à des conversations, elle doit résulter aussi de l’Action qu’on demande aux jeunes travailleurs et de l’organisation qui les enrôle. Non seulement ils apprennent comment par leur action, leur conduite personnelle, ils aident à la solution de tous les problèmes de l’adolescence salariée et de la Question Ouvrière; mais la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne », par ses institutions et ses initiatives provoque, soutient, unit l’action de tous les jeunes travailleurs, et leur facilite une attitude et une conduite vraiment sociales. L’organisation catholique de la jeunesse ouvrière et de la classe ouvrière, qui doit apporter la solution de la question ouvrière, ne leur apparaît plus comme un idéal lointain, un rêve plus ou moins vague; c’est une réalité tangible dont ils sentent déjà les effets bienfaisants, à la vie de laquelle ils participent par leur carte de membre, leurs cotisations, leur journal, leur assistance aux réunions, par leur propagande et même par les railleries et les persécutions qu’ils supportent pour elle.

L’esprit de corps, cette noble émulation pour la réputation et la défense de leur organisation, leur inspire l’esprit de sacrifice et d’apostolat. Cette formation sociale qui résulte de l’organisation elle-même concrétise et parachève l’enseignement. C’est pour cela que nous n’avons jamais compris comment les Cercles d’Etudes pour jeunes travailleurs pouvaient laisser leurs membres éloignés de l’organisation sociale, ni comment après quelques mois d’exercice, des groupes mutualistes et syndicalistes, des caisses dotales ou des caisses d’épargne, des clubs et des réunions ne manifestaient pas au dehors la fécondité de la formation sociale donnée au Cercle d’Etudes.

On comprendra facilement qu’une telle formation sociale ne s’arrête pas indéfiniment à la réfutation des doctrines socialistes. Un enseignement purement négatif non seulement est inefficace et insuffisant, mais presque toujours il est nuisible à la jeunesse ouvrière. Le socialisme n’est pas seulement une doctrine, il est un ensemble impressionnant de puissantes organisations qui ont à leur actif des améliorations nombreuses obtenues au sort de la classe ouvrière. C’est pour cela qu’une critique négative du socialisme n’impressionnera jamais la masse ouvrière. Seule une critique positive qui, tout en montrant les erreurs et les lacunes du socialisme, enseigne une doctrine réalisatrice, seul un programme de relèvement réel avec une organisation féconde en bienfaits et en initiatives peut fasciner et entraîner la foule et surtout la jeunesse. Les jeunes doivent pouvoir collaborer activement à un mouvement capable de leur inspirer de l’enthousiasme, de la fierté et du dévouement.

Si la doctrine sociale catholique, si l’organisation sociale catholique leur apparaissent comme la réalisation du catholicisme intégral, comme l’instauration magnifique de la Royauté sociale de Jésus-Christ répandant plus de Justice et plus de Charité, alors on ne pourra plus accuser les organisations ouvrières chrétiennes de diviser et d’affaiblir la classe ouvrière. Le mouvement ouvrier chrétien apparaîtra comme l’épanouissement social du christianisme. Alors les jeunes travailleurs voudront se sacrifier pour lui. Alors nous compterons dans la classe ouvrière de nouveaux martyrs et de nouveaux apôtres. Il faut rendre aux jeunes cette fierté, cette joie de posséder la vérité féconde avec l’ambition de répandre leur Foi et leur Espérance parmi leurs compagnons de travail. On ne se représente pas assez ce qu’il a fallu d’héroïsme à certains ouvriers pour rester chrétiens. Les brimades auxquelles ils étaient exposés, les avanies qu’ils subissaient, les condamnaient souvent à la plus dure des persécutions. Une formation sociale intense accompagnée d’une organisation sociale puissante peut seule inspirer à la masse, la force et la persévérance nécessaires.

Car cette formation sociale intensive, donnée à une élite dans des Cercles d’Etudes et par des réunions fréquentes, ne peut être donnée à la masse que par des organisations dont les locaux imposants, les services variés, les manifestations publiques, dont la presse et toutes les initiatives même de divertissement, frappent l’esprit et l’imagination de la foule et transforment petit à petit sa volonté et ses sentiments. Cette formation sociale de la masse est une œuvre immense à laquelle tout doit collaborer, depuis les locaux de nos organisations ouvrières jusqu’aux fêtes et autres réjouissances publiques, organisées dans ce but. Aucun côté de cette formation ne peut être négligé, pas plus le côté esthétique que le côté financier. Que de réalisations magnifiques à faire entrevoir aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières! C’est toute la Cité chrétienne à rebâtir, c’est tout un désert à défricher et à cultiver. Mais aussi quelle perspective de riches moissons à recueillir! C’est une nouvelle croisade dont les jeunes doivent devenir les héros enthousiastes! N’en doutons pas, c’est ainsi que nous reconquerrons la masse ouvrière et que nous instaurerons le règne social de Jésus-Christ.

C’est aux jeunes à accomplir cette merveille! Pour cela, il faut en faire des chrétiens sociaux. C’est l’ambition de la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne! »

§ 6. – Formation religieuse.

Que dire alors de la formation religieuse? Nous l’avons répété à satiété : Notre jeunesse ouvrière ne connaît pas la splendeur, la richesse, l’attrait, le réconfort des réalités spirituelles et surnaturelles, parce que sa formation religieuse est quasi nulle. Tout reste à faire sous ce rapport. Et nous n’hésitons pas à déclarer : c’est le but primordial de la J. O. C.!

Les jeunes ouvriers et les jeunes ouvrières sont plus pauvres de vie religieuse que de richesses matérielles! D’ordinaire, de leurs leçons de catéchisme ils n’ont retenu qu’une série d’actions défendues ou imposées, dont ils ne comprennent pas toujours la signification. « Cela était bon, pensent-ils, pendant l’âge de l’école, pour des enfants et des élèves. Maintenant, nous sommes des travailleurs, comme père et mère. Quand on va à la fabrique et à l’usine, on est fatalement en état de péché ». Et la religion leur apparaît maintenant enfantine, impraticable. On avait peut être eu tort d’exagérer certaines peccadilles; on n’avait pas formé leur conscience. Et puis, du matin au soir, ils entendent tant de moqueries à propos des actes, des choses, des personnes religieuses. Tout dans la religion leur est montré comme suspect, truqué, trompeur. L’inexpérience de leur âge, la crise de la puberté, les abandonnent, désarmés, sans soutien ni défense, à toutes les tentations, à toutes les séductions, à toutes les perversions qui les guettent, les assaillent et les entraînent. Ceux qui cherchent une proie à leurs passions et à leur haine contre Dieu et contre la société, ont si facile de les attirer et de les aveugler.

L’instruction religieuse des enfants du peuple est si superficielle, qu’ayant à peine quitté l’école, ils négligent, pour la plupart, les pratiques religieuses.

C’est pour ce motif que la formation religieuse joue un rôle si important dans l’organisation de la Jeunesse Ouvrière. Immédiatement au Cercle d’études, ils doivent être mis en contact avec Jésus-Christ, le Divin Ouvrier de Nazareth. Sa personne, Sa vie, Sa doctrine, Son influence, Sa survie dans l’Eglise, Son action dans le ciel, Sa royauté éternelle doivent impressionner d’une façon ineffaçable leurs jeunes intelligences et leurs jeunes cœurs.

L’histoire de l’Eglise, son influence sur tous les peuples à travers les âges, son influence surtout pour le relèvement de la classe ouvrière doivent être montrées par les méthodes les plus intuitives, les projections lumineuses, les films cinématographiques. Et quelle source d’applications sociales que l’étude de la liturgie comprise dans toute sa splendeur! Il faut qu’ils apprennent à connaître cette société visible et divine dont ils doivent devenir volontairement des membres; il faut qu’ils prennent conscience des devoirs inhérents à leur qualité de membres volontaires.

Les trésors, les richesses, les beautés surnaturelles par lesquels ils sont apparentés, liés à la divinité, toutes ces vérités sublimes, ces réalités les plus magnifiques doivent leur être présentées d’une manière suggestive, enthousiaste, afin que tout un monde nouveau et attrayant surgisse devant leur imagination, illumine leur intelligence et charme leur cœur. Dans les voyages d’un Saint- Paul, les Actes des Apôtres, l’héroïsme des martyrs, les travaux des moines, les œuvres des mis- sionnaires, dans toute cette « nouvelle légende dorée » de nos œuvres catholiques modernes, dans la vie d’un Ozanam, d’un Don Bosco, d’un P. Chevrier, d’un Kolping, ils trouveront la preuve tangible de la fécondité de leur Foi et de la bienfaisance de leur Religion.

La Religion est Amour, Vérité et Beauté. L’Amour de Dieu doit leur apparaître comme inséparable de l’amour des hommes, comme la religion est inséparable de la morale.

§ 7. – L’unité dans la vie du jeune ouvrier.

Remettons de l’unité dans la vie des jeunes travailleurs.

La conception sociale de la religion doit leur être inculquée à la place de cette conception individualiste, égoïste, qui a eu tant de conséquences néfastes au siècle dernier. Ne permettons pas de cloisons étanches dans leur vie d’ouvrier : leur destinée éternelle doit rester en contact avec leurs intérêts temporels; ils doivent être chrétiens partout, à l’atelier, à l’usine, à la rue, à la maison, aussi bien qu’à l’église. Ils doivent comprendre que s’ils ne peuvent pas aller à communion chaque jour, ils peuvent malgré tout être des saints sur les trains, en route vers le travail, pendant le jour à l’atelier et à l’usine, et même la nuit au fond de la fosse ou à la lueur des hauts fourneaux. Qu’ils se trompent, en pensant, que ceux qui peuvent communier à la messe de 8 heures sont plus surnaturels qu’eux-mêmes, qui se rendent au travail à 4 ou 5 heures du matin, ou qui reviennent exténués de l’équipe de nuit. Non, ils doivent voir que le travail peut être la plus expressive des prières, qu’il peut être le plus fécond des sacrifices s’il est uni au sacrifice journalier du Sauveur sur actes, leurs fatigues deviennent des formes de prière, des moyens de sanctification, et les usines et les fabriques, au lieu de rester des lieux de corruption, deviennent des sanctuaires où les âmes s’unissent à la mission du Rédempteur pendant que les corps collaborent à l’enrichissement et à la transformation de l’oeuvre du Créateur. Si on parvenait à faire comprendre cela aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières, combien la Religion relèverait leur travail, et combien leur travail s’inspirerait de la Religion!

Toutes les objections contre la Religion, toutes les critiques contre la vie de certains catholiques tomberaient d’elles-mêmes. Il ne faut hésiter à montrer comment le libéralisme économique a faussé la conscience de certains catholiques et comment l’Eglise, loin d’approuver les abus existants dans certaines entreprises dirigées même par des catholiques n’a cessé de les dénoncer et a employé tous les moyens possibles pour combattre les mœurs d’un capitalisme matérialiste.

Mais il faut bien y insister: La Religion doit surtout être vécue. Demandons beaucoup à l’élite de nos jeunes travailleurs : la communion fréquente et même pour les meilleurs, la communion quotidienne, l’assistance liturgique à la messe, la récollection mensuelle, la méditation journalière. Ce n’est que par une formation religieuse intensive, que nous parviendrons à en faire des apôtres. Quant à la masse des jeunes travailleurs, tout en les conviant à participer à des cérémonies et des solennités religieuses, l’on évitera de leur donner l’impression que la J. O. C. est avant tout un mouvement pieux, une confrérie.

Mais plus que jamais rendons ces grands moyens vraiment éducatifs. Abandonnons pour les jeunes travailleurs tous les procédés mesquins de contrôle, de récompenses, de surveillance. Ne les traitons pas comme des enfants et des pensionnaires. Faisons appel à leur émulation et habituons une élite à rassembler leurs compagnons plus tièdes, à battre le rappel, à stimuler les indifférents. Ne permettons pas que les pratiques religieuses deviennent purement mécaniques et routinières, et combattons sans trève les pratiques mi-superstitieuses qui pullulent dans les milieux qui abandonnent la religion.

L’Eglise doit redevenir la vraie « Maison du Peuple ». La Religion est le seul levier qui puisse relever d’une façon durable la classe ouvrière. C’est cela que les jeunes travailleurs doivent comprendre et c’est cela que la J. O. C. veut réaliser.

§ 8. – Les motifs de confiance.

Nous serons étonnés des résultats que nous atteindrons en peu d’années. Si nous savions tout ce que nous pouvons attendre des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières! De grâce, ne manquons pas nous mêmes de la foi qui transporte les montagnes! Que de fois nous avons dû rougir devant leur héroïsme! En les voyant le matin communier à l’église et partir à jeun à l’usine, en les entendant raconter leurs visites à domicile, le soir après une journée de travail épuisante, pour relancer des compagnons et des compagnes, supportant joyeusement toutes les risées, tous les quolibets, toutes les avanies, comme les larmes nous montaient aux yeux et comme l’émotion nous étreignait à nous faire trembler. Oh, oui, ils peuvent comprendre que la Religion et l’Apostolat sont inséparables. Quand le besoin de gagner des âmes à Jésus-Christ s’est emparé d’eux, ils ne connaissent ni fatigues, ni difficultés. Dans aucune classe sociale, l’on ne rencontre tant de générosité, tant de donation totale.

Là git pour nous un trésor inépuisable de forces qui doivent rechristianiser notre société devenue de plus en plus païenne. De la jeunesse ouvrière sortiront demain les apôtres qui braveront tout, pour enseigner à notre génération sceptique et corrompue, la vraie doctrine chrétienne et pour la vivre dans son intégrité magnifique. C’est elle qui donnera à notre monde décadent les chevaliers nouveaux pour la grande croisade en faveur de la royauté sociale de Jésus-Christ!

Comme les trois jeunes gens dans la fournaise, les jeunes travailleurs chrétiens non seulement sortiront indemnes de l’enfer de corruption et d’irréligion, qu’est bien souvent l’usine moderne, mais leur vie intégrale, de dévouement, de charité et d’apostolat s’y révèlera comme un hymne triomphal qui fera rougir tous les ennemis de la religion et convertira toutes les âmes de bonne volonté.

§ 9. – Une condition indispensable de succès. 

Education, Action et Organisation. Nous répétons volontiers qu’aussi longtemps qu’on ne comprendra pas, que ces trois termes sont inséparables, que ce sont les trois aspects indissolubles de toute formation intégrale, on n’aura pas solutionné le problème du relèvement intégral de la jeunesse ouvrière. Apprendre à juger, à connaître et à vouloir; pour cela faire poser des actes et contracter des habitudes et acquérir des vertus; faciliter cette éducation et cette conduite par une organisation qui soutient, protège et encadre, telle est l’unique méthode qui puisse garantir le succès. Une éducation purement verbale, livresque ou auditive; des services étrangers, ou des gestes, ou des pratiques imposées du dehors ou répétées par routine; une organisation qui se borne à unir des membres par des cotisations en vue d’avantages matériels, tout cela ne parviendra pas à former la jeunesse ouvrière.

Une science vécue, une conduite consciente, une organisation vivante se conditionnent mutuellement. Cela est vrai à tous les degrés et pour tous les aspects de la formation intellectuelle, morale, physique, hygiénique, esthétique et religieuse.

L’apprentissage de la vérité qui s’extériorise ou se réalise par la vie et qui s’acquièrent au sein de l’organisation, doit transformer notre jeunesse ouvrière chrétienne en une grande association dans laquelle tous les membres réagissent les uns sur les autres pour transformer la classe ouvrière et la société toute entière.

De là, la nécessité des cercles d’études, des groupes locaux, des sections syndicales, mutualistes, sportives, des sections d’épargne; des retraites fermées, des récollections; des manifestations publiques, religieuses et sociales; des fédérations régionales, de la fédération nationale enfin, avec tous ses services de documentation, de publicité, et d’éducation, qui font de la J.O.C. un vaste laboratoire dans lequel se forment les générations ouvrières de demain.

De là, la nécessité d’insister toujours davantage sur la part active que les membres doivent avoir dans la propagande, la gestion, l’administration, la direction de leur mouvement tant local que régional et que national. Entr’eux, par eux et pour eux. Cette devise n’est pas seulement une condition pour que les jeunes ouvriers apportent de l’intérêt à leur organisation, c’est surtout une condition effective de succès pour leur formation intégrale. Comment leur inculquer l’habitude et les vertus de générosité, de responsabilité, de discipline, de solidarité, de fierté, s’ils ne participent pas intensément à la création et à l’expansion d’un mouvement qui doit être tout à fait le leur ou qui ne sera pas?

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1° que ceux qui ont le souci du relèvement véritable de la classe ouvrière, comprennent la nécessité d’une formation intégrale de la jeunesse ouvrière et d’une continuation générale et méthodique de l’éducation scolaire et familiale dans toute la jeunesse travailleuse;

2° que cette formation intégrale se fasse au sein et par le moyen d’une organisation générale de la jeunesse ouvrière, dans laquelle les jeunes travailleurs coopèrent eux-mêmes le plus intensément possible à leur formation intégrale;

30 que cette formation intégrale comprenne l’éducation intellectuelle, morale, sociale, physique, hygiénique, esthétique et religieuse des jeunes travailleurs;

4° que ces différents aspects de la formation intégrale des jeunes travailleurs se compénètrent et se complètent;

5° que cette éducation intégrale ne résulte pas seulement de leçons et de cours donnés aux jeunes travailleurs, mais de toutes les sections, de tous les services, organisés au sein de la J.O.C. dans lesquels les jeunes travailleurs pourront mettre la doctrine en pratique et acquérir les habitudes et les vertus nécessaires;

6° que tous les services nécessaires à ce but, surtout les sections professionnelles et mutualistes, soient créées dans toutes les sections locales ou entre quelques sections rapprochées;

7° que toutes les sections travaillent, afin que l’ornementation et l’entretien des locaux et des salles de réunions, de lecture ou d’administration, soient des moyens d’éducation tant pour la tenue, que pour le goût et la fierté des jeunes travailleurs.

§ 10. – Le Cercle d’Etudes pour les Jeunes Travailleurs.

LES MOTIFS.

L’organisation de la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne » exige des jeunes dirigeants, et leur formation demande des Cercles d’Etudes appropriés.

Il y a tant de fausses conceptions des Cercles d’Etudes pour jeunes ouvriers et jeunes ouvrières! Il s’élève tant de plaintes sur leur insuccès! Pourquoi?

Parce qu’on a isolé le Cercle d’Etudes de l’Action et de l’organisation des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières. Là gît l’erreur capitale. Le Cercle d’Etudes n’existe pas pour lui-même : il n’existe qu’en vue de l’action et de l’organisation. L’apôtre disait : « La Foi sans les œuvres est une Foi morte. ». Il faut dire aussi : « Un Cercle d’Etudes sans les œuvres est un Cercle d’Etudes mort ».

Le Cercle d’Etudes ne donne pas seulement un enseignement. Il communique une foi, une foi enthousiaste dans l’action et dans l’organisation sociale, morale et religieuse. Cette foi elle-même est impossible, inopérante, sans cette action et sans cette organisation.

Un Cercle d’Etudes n’est pas une série de leçons et de conférences. Il n’est pas une simple école de sciences sociales. Il réunit une élite de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses : il forme un séminaire de jeunes propagandistes, de jeunes dirigeants. C’est un cénacle de jeunes apôtres, un foyer d’action et d’organisation de la jeunesse. Il est la source, le moteur, le soutien de toutes les institutions pour jeunes ouvriers et jeunes ouvrières.

Les jeunes membres du Cercle d’Etudes ne sont pas de simples élèves, qui tous les huit ou quinze jours viennent écouter les leçons d’un maître : ils sont d’abord, eux-mêmes, la matière vivante, étudiée par le Cercle d’Etudes, parce qu’ils personnifient dans leur vie et dans leur travail tous les problèmes de la jeunesse ouvrière. Le C. E. fera d’abord appel à leur propre expérience. Ils prendront lentement conscience de tous ces problèmes qu’eux-mêmes posent et personnifient. Ils coopèrent eux-mêmes à chercher, à rassembler, et à apporter toute l’autre matière vivante et vécue : ies faits, les enquêtes, les monographies, les conférences et les leçons. Les jeunes membres du Cercle d’Etudes sont des ouvriers ou des ouvrières, qui doivent voir, sentir, toucher; ils doivent se mouvoir; ils doivent parler et agir pendant le Cercle d’Etudes et en dehors de celui-ci. Pour les jeunes travailleurs le C. E. sera une coopérative d’études, d’action et d’organisation.

Le directeur du C. E. n’est pas un simple professeur; il est un animateur, un promoteur, un entraîneur, un exemple vivant d’action et d’organisation. Il ne se contente pas de rencontrer les jeunes membres tous les huit ou quinze jours pendant la réunion; il les voit avant et après les séances; il reste en relations intimes et personnelles avec chacun d’eux; il les aide et les instruit chacun en particulier; il les encourage, les excite, donne de la lecture et du travail à chacun selon son caractère, son développement, ses goûts et sa vie.

Au Cercle d’Etudes on ne commence pas par des définitions abstraites sur la société, le salaire, le travail, le syndicat; on ne poursuit pas l’explication de chaque mot de la définition, pour en déduire toutes les notions complémentaires. Non, mille fois non! Il faut raconter, répéter des cas vécus, des événements, concrètement, d’une façon vivante. Il faut poser des questions précises sur la vie, le travail des jeunes ouvriers : « Où travaillez-vous? Comment êtes-vous arrivé à ce travail? Combien de fois avez-vous changé de travail, de profession? Combien gagnez-vous? Comment êtes-vous traité à l’atelier? Qu’entendez-vous? Que voyez-vous au travail? Dans quel état sont les salles de travail, les ateliers, les W.-C.? etc., etc. ).

L’enquête sur l’adolescence salariée contient des centaines de questions sur tous les aspects de la vie des jeunes travailleurs. C’est de toute cette matière vivante qu’il faut remonter aux principes, descendre aux conclusions, préciser la conduite à tenir, l’attitude à prendre. On raconte alors, à l’appui de ces conclusions, la vie de meneurs, d’hommes célèbres; on insiste sur leurs efforts, sur leurs sacrifices, afin que leur exemple enflamme les jeunes auditeurs. A côté des abus, que les membres du C. E. constatent par eux-mêmes, il faut faire découvrir les remèdes, les institutions et les organisations qui sont destinées à combattre ces abus et à les prévenir. Et le Cercle d’Etudes promeut, organise et soutient tous ces moyens d’action.

Le Cercle d’Etudes ne se réunit pas seulement entre les quatre murs d’une chambre. Il visite les secrétariats sociaux, les établissements industriels et commerciaux, les institutions d’enseignement et d’hygiène. Il assiste aux J. E., aux Congrès, aux S. E., et aux manifestations, parcourt les musées et les expositions, s’intéresse à toutes les initiatives concernant la jeunesse ouvrière. Il est en voyage; ses membres enquêtent dans les taudis et les impasses, partout où il y a à étudier et à agir.

Rien n’est plus souple qu’un Cercle d’Etudes. F’ar ses membres et par son esprit, il est et reste en contact avec toute l’action et toute l’organisation du mouvement ouvrier de la région. Insensiblement les membres acquièrent une mentalité religieuse et sociale; ils apprennent par eux-mêmes à parler, à agir, à diriger, à organiser et à commander. Ainsi le Cercle d’Etudes est le berceau de l’action et de l’organsiation qui petit à petit englobe toute la jeunesse ouvrière d’une paroisse, d’une commune et d’une région. Le Cercle d’Etudes donne à tous ses membres une formation générale, religieuse, morale, sociale et économique. Mais chaque membre par ses enquêtes personnelles, ses études et l’organisation particulière dont il s’occupe, se spécialise dans les différents problèmes à résoudre.

Que tous les membres du clergé comprennent enfin l’importance du Cercle d’Etudes pour jeunes travailleurs! Qu’il n’y ait plus une paroisse, pas une commune, sans un tel Cercle d’Etudes! Qu’aucun échec, aucun insuccès ne parvienne à ralentir et à éteindre leur zèle! Toutes les autres œuvres dans lesquelles se trouvent inscrits des jeunes ouvriers n’ont de rendement réel au point de vue religieux, moral et social que si les dirigeants étudient les méthodes à y appliquer dans un Cercle d’Etudes adapté. L’expérience de tous est unanime à cet égard.

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1° que dans toutes les sections fonctionne un Cercle d’Etudes de jeunes travailleurs.

2° que le Cercle d’Etudes soit vraiment adapté à la vie, à la mentalité et aux besoins des jeunes travailleurs;

3° que tous les Cercles d’Etudes de J. O. C. adoptent comme moyen le plus adapté de formation l’enquête permanente sur la situation de l’Adolescence Salariée.