CHAPITRE DEUXIEME
La J. O. C. en marche.
§ 1. Le lancement définitif. Entretemps un programme d’organisation générale des J. T. avait été élaboré, longuement discuté, présenté aux Congrès ouvriers chrétiens et adopté, enfin, le 10 juillet 1924, après une réunion à Bruxelles, d’une centaine de prêtres directeurs d’œuvres venus des divers arrondissements de Wallonie.
Après cela, c’est le « démarrage définitif». A travers toute la Wallonie, c’est un véritable « raid » qui s’organise. Dans chaque région, après une réunion sacerdotale, une Journée d’Etudes rassemble quelques jeunes travailleurs de diverses communes. Le programme de la J. O. C. est accueilli partout avec le même enthousiasme. Un courant d’optimisme, de confiance; de conquête soulève ces jeunes pionniers du mouvement jociste. Ils retournent dans leur paroisse, avec la volonté de faire quelque chose.
En six mois, les propagandistes du Secrétariat Général font plus de 300 réunions et les 150 premières Sections locales de J. O. C. existent. Elles ont leur Comité, leurs réunions, leur journal. Chaque mois des délégués se rencontrent dans les Conseils Régionaux, véritables coopératives d’initiatives, de méthode et de cran!
La J. O. C. était lancée. Elle devenait l’Organisation Nationale des jeunes travailleurs chrétiens de Belgique. Divisée en Fédérations d’Arrondissement, elle grouperait dans des Sections Locales tous les adolescents salariés, dès leur sortie de l’école jusqu’àprès leur service militaire.
Un « Bulletin des Dirigeants » mensuel est créé, dès le mois de juillet, à l’intention des prêtres et des propagandistes.
Après 3 mois, le résultat est surprenant. Le 21 septembre au Congrès Général de la Jeunesse Catholique (A.C.J.B.) à Charleroi, l’immense salle des « Ouvriers Réunis » est trop petite pour contenir les jocistes de Wallonie, réunis pour la première fois en «Assemblée générale ». La scène, les balcons, les escaliers, la cour, tout est comble! C’est pour tous les assistants une heure inoubliable. Dans le cortège, nos camelots vendent pour la première fois en public « La Jeunesse Ouvrière ». C’était vraiment, comme on l’a dit, le baptême de la J. O. C. »
Cette même année, la « Semaine Syndicale » de Fayt est envahie par un gros contingent de jeunesse. M. Cardyn y parle.
Peu après, la position de la J. O. C. dans l’A.C. J.B. est définie par un accord provisoire.
Partout, la propagande se poursuit intensivement; de jeunes chefs se lèvent et l’on marche avec ardeur vers le premier Congrès Général.
Le journal agrandit son format au début de 1925 et paraît deux fois par mois.
En Flandre, l’organisation se met en route plus lentement, mais on avance malgré tout.
L’organisation des jeunes ouvrières est en préparation depuis longtemps. La J. O. C. F. prend son départ définitif le 1er février 1925.
Dès ce moment, l’organisation chrétienne des jeunes salariés est complète; avec un programme, des statuts et un esprit identique; sous la direction unique de M. l’abbé Cardyn, officiellement mandaté par NN. SS. les Evêques, J. O. C. et J. O. C. F., K. A. J. et V. K. A. J. poursuivent dorénavant avec des cadres distincts, mais dans le même sens et avec une belle émulation, la conquête des usines, des ateliers et des bureaux.
En mars, M. l’abbé Cardyn est reçu en audience privée par S. S. Pie XI.
Dans ce long entretien, le Pape approuve et encourage la J. O. C. naissante avec un étonnante insistance: … « Oui, il faut les organiser, les organiser en grand nombre… Vous devez avoir l’ambition de conquérir la masse… Chaque âme d’ouvrier a une valeur infinie et aussi longtemps que nous ne les avons pas ramenées toutes sous l’influence du Christ et de l’Eglise, notre mission n’est. pas terminée, nous ne pouvons pas nous reposer… Dites bien à vos propagandistes et à vos membres que le St Père est avec eux et qu’il les bénit… » Une telle bénédiction, jointe à l’approbation unanime de tous les Evêques Belges, était la plus belle préface au premier Congrès Jociste.
Le 24 septembre, une semaine sociale s’ouvre à Fayt. Une cinquantaine de jeunes militants étaient annoncés… Il en vient 170.
Pendant quatre jours, c’est une véritable école de chefs, en même temps qu’une atmosphère surnaturelle, exaltante et apostolique.
En octobre, paraît le « Manuel de la J. O. C. ». Il fait une grande sensation dans le pays.
On est prêt pour la campagne d’hiver! La J. O. C. existe en Belgique, on le sait, on commence à sentir son influence dans nos paroisses ouvrières et dans nos grandes usines.
Mais il faut « réaliser ». Le programme va se concrétiser dans des services et des initiatives, d’une valeur incontestable pour tous, même pour les adversaires.
§ 2. Le premier congrès général.
Celui-ci eut lieu à Bruxelles, les 18 et 19 avril 1925 et réunit 600 délégués. Il était temps pour la J. O. C. d’affirmer publiquement son existence et son programme.
Le premier Conseil Général est constitué, les statuts approuvés; le programme général, exposé par M. Cardyn, discuté en deux inoubliables séances, est adopté par toute l’assistance dans un en thousiasme indescriptible.
A l’occasion de ce premier Congrès, la grande presse parle de la J. O. C. pour la première fois.
Après le Congrès, le mouvement s’accélère… il faut suivre pourtant et surtout faire surgir et former des chefs.
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§ 3. Les progrès en 1926.
Le Congrès de 1926, tenu à Namur sous la présidence de Mgr Heylen, réunit 1500 délégués, dont les porte-paroles dénoncent l’immoralité qui assaille les jeunes travailleurs. Ils demandent le respect, la protection à laquelle ils ont droit et affirment la volonté de faire de leur mouvement le bouclier moral de toute la jeunesse ouvrière.
Le rapport annuel du Secrétariat Général témoigne d’uns activité intense. D’un Congrès à l’autre, la J. O. C. avait doublé ses effectifs.
Louis Dereau pouvait bien terminer son discours en promettant, au nom de tous les Jocistes, «< d’être dans les rangs du peuple les missionnaires en toile bleue et aux mains noires, mais à l’âme blanche et rayonnante ».
Du 4 au 8 août, 250 de ces « missionnaires » se réunissent au Collège St Michel pour la deuxième semaine d’études à Bruxelles.
L’action moralisatrice de la J. O. C. y fut étudiée sous toutes ses formes.
A cette semaine aussi, fut inauguré le « Chant Jociste ».
Quelques semaines plus tard, la Kristene Arbeidersjeugd tint son premier Congrès à Gand et pour la première fois, dans le berceau du socialisme en Flandre, 2.000 jeunes travailleurs défilent fièrement dans la vieille cité.
C’est vraiment dans tout le pays qu’une élite se lève, décidée à ne reculer devant rien.
§ 4. Les congrès de 1927.
Ce fut une année de Congrès… de beaux Congrès, mais où l’on n’en travailla pas moins. Les « Services Jocistes » s’organisent et posent le grave problème des « collaborations nécessaires ».
Ce fut le sujet de la III Semaine d’Etudes, tenue à La Louvière avec 400 participants.
La journée de clôture tint lieu, cette année là, de Congrès. Il fallait épargner des efforts et des dépenses pour le grand Congrès de la Jeunesse Catholique.
Quatre grands événements jocistes se placent ici. Dans la banlieue rouge de Paris, un jeune vicaire connaît la J. O. C. et la réalise avec un groupe de jeunes gens. M. l’abbé Cardyn et F. Tonnet y vont…; quelques mois après, il faut y retourner. Dans tous les coins de la région parisienne, on veut appliquer la formule jociste. Les choses vont si bien et si vite que, moins d’un après, la J. O. C. existe en France. M. l’abbé Guérin en devient
l’aumônier Général. Partout, depuis Lille jusqu’à Marseille, de jeunes travailleurs se groupent préoccupés de vivre la J. O. C. intégrale, la seule vraie J. O. C.
Le 3 août se tient à Namur une journée sacerdotale, où est proclamée la nouvelle constitution de I’A. C. J. B., qui vient d’être approuvée par les Evêques Belges.
Le 7 août, à Bruxelles, un magnifique Congrès groupe 2.000 déléguées de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne Féminine et de la Vrouwelijke Kristene Arbeidende Jeugd.
Chaque année dorénavant comportera de « grandes manoeuvres jocistes »: Congrès et Semaines d’Etudes flamandes et wallonnes, pour les jeunes filles et pour les jeunes gens, tous les groupes rivalisant de propagande et de travail.
Mais l’année n’est pas finie… A Liége, le 26 août, Nos Seigneurs les Evêques convoquent tous les jeunes gens de Wallonie pour le Congrès de l’Association Catholique de la Jeunesse Belge. Le dimanche matin, dans l’immense « Cirque des Variétés », plus de 7.000 jocistes proclament leur volonté de travailler à la restauration de la famille ouvrière. Le reste du Congrès fut un triomphal succès, auquel les Jocistes ont largement collaboré.
§ 5. La J.O.C. devant l’opinion publique.
Le journal devient hebdomadaire. Il pénètre de plus en plus dans les usines et dans les familles ouvrières. Il est lu par les instituteurs et par de nombreux ingénieurs, industriels, médecins, etc…
Les 14 et 15 avril 1928, le Congrès annuel de la J. O. C., réunit dans l’immense salle de la Madeleine, à Bruxelles, plus de 3.500 délégués. Ils veulent que la « Charte jociste du travail » devienne pour la masse des jeunes travailleurs la sauvegarde de leur santé, de leur moralité, de leur avenir professionnel et social.
A l’Assemblée générale, les plus hautes autorités du pays sont présentes : Son Eminence le Cardinal van Roey, M. Jaspar, Premier Ministre. La J. O. C. se place incontestablement parmi les grandes organisations sociales du pays.
Pour « tenir son rang », la J. O. C. a besoin de chefs, capables d’élargir sans cesse son prestige par des réalisations et une extension toujours en marche.
Mais ces chefs se forment toujours plus nombreux. En 1928, les 4 Semaines d’Etudes Jocistes ont groupé 1.600 jeunes militants et militantes du pays. Ces semaines furent consacrées à la révision des méthodes jocistes, d’après l’expérience des quatre premières années.
En 1928, le Secrétariat Général de la J. O. C. quitte également les trois mansardes qu’il occupe depuis le début à la Centrale Chrétienne de la rue Plétinckx. Il acquiert un vaste immeuble, rue des Palais, 90, et y installe tous les services centraux. Les expositions jocistes pour la prévention des accidents du travail, spécialement celles de Liége et de Tamines, suscitent un grand intérêt dans les milieux ouvriers et patronaux même étrangers.
§ 6. – La J.O.C à Rome.
Le grand événement jociste de 1929 fut le pélerinage à Rome. Le Pape invite la J. O. C. Belge chez lui et le 21 septembre, 1500 Jocistes flamands et wallons se dirigent vers le Vatican.
Nous ne rappelons pas ici ces journées ardentes.
Le compte rendu, illustré de 200 photos, a paru dans les Editions Jocistes (1).
Mais des succès semblables n’enivrent pas les militants Jocistes. Ils savent bien la tâche énorme qu’il reste à accomplir pour conquérir la masse des jeunes salariés de notre pays.
§ 7. – Dix ans après la première journée d’études.
Au début de l’année 1930, la cotisation hebdomadaire est doublée sans que la progression des effectifs soit arrêtée.
Le Ve Congrès Général du 27 avril 1930, qui réunit 6.000 délégués Jocistes dans le Cirque Royal de Bruxelles, a marqué les réalisations acquises en même temps que les revendications et les projets d’avenir.
Dans son rapport annuel, le Secrétaire général signalait, pour l’ensemble du mouvement Jociste l’existence de 1.700 sections locales groupant plus de 70.000 Jocistes. La dernière année, plus de 75.000 réunions jocistes eurent lieu dans le pays et les divers journaux atteignirent un tirage total de 5.000.000 d’exemplaires.
Quand on songe aux débuts humbles et cachés de notre cher mouvement, aux efforts longs et persévérants de ses premiers pionniers, on peut être assuré que la J. O. C. est bâtie non pas sur le sable éphémère des vanités qui passent, mais sur le roc inébranlable des organisations qui ont l’avenir pour elles!
Note
(1) Edition Jociste, n. 19: 35 fr. au Secrétariat Général.