VI.1 – Ch. 2 – Le service d’orientation, de placement et de logement

CHAPITRE DEUXIEME

Le Service d’Orientation, de Placement et de Logement

§ 1. – Secrétariats professionnels régionaux.

Tous les services jocistes qui se rapportent à la profession doivent, pour fonctionner rationnellement, être centralisés par région de manière à pouvoir disposer du personnel, du matériel et des ressources nécessaires.

Le Secrétariat Général possède un centre de documentation et d’expérience qui lui permet de renseigner, de guider et de contrôler les secrétariats régionaux.

La documentation industrielle, l’orientation professionnelle, le placement, l’apprentissage, l’enseignement professionnel, les bibliothèques techniques, la tutelle sanitaire, l’inspection du travail, les démarches et les requêtes; la collaboration avec les Bourses libres du travail, les syndicats chrétiens, les organisations patronales,etc., exigent une organisation centralisée, disposant de chefs de service compétents et de moyens d’action multiples et puissants.

Chaque fédération régionale doit constituer un secrétariat professionnel. Parfois il en faudra plusieurs par région. Toutes les sections doivent faire appel à ce sécrétariat pour tous les besoins de leurs membres.

L’obtention des subsides officiels exige, spécialement pour les placements, que les sections ne se substituent pas au Secrétariat professionnel, même quand l’intervention du Secrétariat professionnel n’est pas indispensable.

§ 2. – L’orientation professionnelle.

Le choix de la profession est une des circonstances principales dans lesquelles la J. O. C. doit venir en aide de plus en plus efficacement aux débutants.

Le problème est très complexe et il faudra du temps encore avant que les expériences scientifiques en cours dans le monde entier permettent de conclure à des méthodes complètes et certaines. Il n’est heureusement pas nécessaire d’attendre ces conclusions pour faire déjà œuvre utile. Sur quoi le choix du métier doit-il être basé? 1) Sur les dispositions physiques, intellectuelles. psychologiques et morales du candidat;

2) sur la situation des industries dans la région et l’avenir réservé à chacune d’elles;

3) sur les goûts de l’intéressé et la volonté de ses parents.

Pour être renseigné sur ces divers objets et être capable d’émettre un jugement, il faut avoir recours à diverses sources d’information:

1) au point de vue physique : la fiche médicale un médecin scolaire, l’examen du candidat par averti, l’avis des parents;

2) au point de vue intellectuel, moral et psychologique : l’avis de l’instituteur, des parents, des directeurs d’œuvres para-scolaires (patro, scouts, etc.) et si possible l’examen du sujet par quelques tests sérieux et éprouvés;

3) au point de vue industriel: les enquêtes jocistes doivent permettre d’établir dans chaque région et pour tout le pays une documentation industrielle sérieuse complètée par les documents des organisations professionnelles libres et des Bourses du Travail, les statistiques et les documents officiels;

4) au point de vue des goûts et des désirs des intéressés et de leurs parents: il s’agit de les connaître exactement tout en essayant de les modifier dans ce qu’ils pourraient avoir de faux ou d’inconciliable avec les aptitudes requises.

Nos Secrétariats Professionnels régionaux assument dans chaque région le plus difficile de la tâche. Mais les sections doivent prendre une part dans ce service jociste de première importance.

Trois mois avant le départ de l’école, les sections doivent se préoccuper de l’O. P. des préjocistes et de tous les autres débutants de la localité.

Les questionnaires nécessaires doivent être demandés au Secrétariat Professionnel régional qui prendra les dispositions voulues pour l’orientation dans les meilleures conditions possiréaliser bles.

Il est indispensable d’intéresser les parents à l’orientation par des visites, des causeries, des circulaires. D’autre part, il ne faut pas négliger de se préoccuper du placement en même temps que de l’O. P. sans cela les conseils donnés ne seront que très rarement suivis.

Les dirigeants régionaux chargés de l’O. P. auront soin de se documenter au S. G. avant d’agir dans ce domaine.

§ 3. – Placement.Le choix de la profession entraîne un autre problème tout aussi grave et intimement lié au premier : le placement. Les circonstances et le milieu où s’excerce la profession ont autant d’influence sur le jeune ouvrier que la profession ellemême, parfois davantage.

Les enquêtes montrent par ailleurs qu’en abandonnant le placement au hasard, à l’intéressé ou à ses parents, un grand nombre ne suivent pas le conseil donné quant au choix de la profession.

La J. O. C. doit donc s’occuper du placement de ses membres au début de leur vie de travail et même plus tard quand ils devront changer d’entreprise pour quelque motif que ce soit.

De quoi faut-il tenir compte pour le placement?

1. De la profession de l’intéressé et du résultat de l’orientation professionelle.

2. Des conditions d’apprentissage, de stabilité et d’avenir de la profession.

3. Des circonstances physiques et morales de travail dans l’entreprise (sécurité, salubrité, moralité, etc.).

4. Du trajet nécessaire jusqu’au lieu de travail, dont l’importance est particulièrement grande pour les débutants.

5. Du salaire immédiat auquel les parents attachent une grande importance et qui détermine souvent leur jugement sur la valeur de la profession et les progrès réels de leurs fils.

6.- Des possibilités de tutelle pendant les trajets et au travail par d’autres jocistes, par des blocs ou des pôles d’entreprise, par des travailleurs adultes ou des chefs.

L’enquête nécessaire pour l’Orientation professionnelle, sur l’industrie de chaque région doit se préciser bien davantage quand il s’agit du placement et s’attacher en détail à chaque entreprise.

Cette documentation qui doit se compléter et se tenir à jour sans cesse, dans chaque secrétariat régional est la base d’une bonne organisation du placement.

Le placement ne sera vraiment rationnel que dans la mesure où il sera organisé par les Secrétariats professionnels régionaux de J. O. C. en accord avec les Bourses libres du Travail et avec la collaboration et sous le contrôle constant des sections.

Le placement des débutants doit être préparé à l’avance et être fait avec plus de soin encore que le placement des jocistes plus âgés.

Les Secrétariats professionnels, par les sections et par les « pôles », doivent être renseignés sur les entreprises où l’embauchage des jeunes est possible et où les conditions mentionnées plus haut sont le mieux réalisées.

Les sections ne doivent pas seulement avoir en vue leurs débutants, mais tous ceux de la région.

Ils étudient les possibilités de placement dans toutes les usines où ils ont des jocistes et communiquent à la fédération le résultat de leur travail. Les places vacantes doivent être renseignées d’une façon constante et rapide au Secrétariat professionnel.

Pour la plupart des entreprises il vaut mieux que les démarches officielles auprès de la direction soient faites par les Secrétariats Professionnels.

La présentation, l’introduction des débutants dans les entreprises, le contrôle des placements effectués, la surveillance des apprentis, etc., sont du domaine de la tutelle jociste dont nous parlons plus loin.

§ 4. – Les Secrétariats d’apprentissage.

En Belgique, l’apprentissage n’est pas encore organisé légalement.

Aucune réglementation n’impose au patron des conditions pour la formation progressive des apprentis. De là, abus, pertes de temps pour l’apprenti, rendement réduit pour l’industrie.

En vue de solutionner partiellement la crise, l’Office des Métiers et Négoges a créé depuis plusieurs années des Secrétariats d’apprentissage dans le but de faire conclure, par écrit, des contrats d’apprentissage entre parents et petits patrons travaillant avec moins de 5 ouvriers.

Ces contrats ne représentent qu’i ‘un engagement moral :

1) de la part de l’apprenti, à rester chez le patron, 1, 2 ou 3 ans en vue de s’appliquer à l’apprentissage:

2) de la part du patron, à traiter l’apprenti en bon père de famille et à lui faire connaître son métier en vue de le soumettre à un examen final devant un jury désigné par l’Office des Métiers et Négoces.

Malgré les rayons d’action peu étendus des Secrétariats d’apprentissage limités à de petits artisans, ils rendent service en favorisant la stabilité d’emploi et un apprentissage plus surveillé.

Pour favoriser la conclusion de ces contrats des primes d’environ 200 frs. par an sont allouées aux apprentis.

En fin d’apprentissage une prime spéciale est remise aux patrons lors de l’examen d’épreuves. Les secrétariats d’apprentissage existent dans tous les arrondissements. Un grand nombre ont été constitués à l’initiative de la J. O. C.

Les Sections doivent faire profiter de l’avantage de ces contrats d’apprentissage le plus possible de jeunes travailleurs.

Ils s’adressent à cet effet à nos Secrétariats Professionnels Régionaux.

§ 5. – La tutelle jociste.

L’entr’aide jociste doit se manifester partout mais surtout dans le milieu du travail. Elle doit exister entre tous les Jocistes mais plus spécialement envers les débutants.

Dès avant leur entrée au travail le comité doit désigner un jociste zélé pour s’occuper de chaque débutant ou tout au moins d’un nombre très réduit d’entre eux pour qu’il soit capable de s’occuper activement de chacun de ses pupilles.

Il leur reparlera en particulier des sujets traités en réunion, entrant dans les détails, expliquant davantage certains points avec des exemples personnels. Il veillera à ce qu’ils soient fidèles aux réunions, il leur apprendra à lire le journal, certaines brochures jocistes et d’autres livres utiles. Il les préparera à l’entrée au travail, s’occupera de leur orientation, de leur placement, etc.

Plus tard, il se tiendra au courant dans le détail des difficultés rencontrées au travail et de tous ses besoins d’aide, de conseil, de soutien.

La tutelle doit s’organiser avec plus de soin encore au travail, pendant les trajets, les repas et les repos.

Les fédérations régionales doivent faires en sorte que tous les jocistes d’une entreprise connaissent au moins et se soutiennent en attendant la constitution du « BLOC » d’usine, où l’entr’aide mutuelle et l’action dans le milieu s’organiseront d’une manière plus efficace.

Quelles que soient les circonstances, on veillera spécialement qu’aucun débutant ne doive se rendre seul au travail, surtout les premières semaines. A l’usine, à l’atelier, il doit avoir quelqu’un, le plus près possible de lui, qui le conseille, le soutienne, le défende au besoin et auquel il puisse à tout moment avoir recours.

Cette tutelle indispensable qui doit s’étendre progressivement à tous les jeunes travailleurs même non jocistes, ne peut s’établir que par une collaboration étroite de tous les militants jocistes et de toutes les sections d’une région.

Il faut faire appel non seulement aux jocistes, mais encore aux ouvriers honnêtes et aux chefs consciencieux, auxquels on aura recommandé spécialement les débutants avant l’arrivée de ceux-ci dans l’entreprise.

Pour les trajets en chemin de fer, en tram, en autobus, à vélo ou à pied, les jocistes se fixent un rendez-vous habituel et voyagent ensemble ou s’entendent pour grouper et encadrer tous les jeunes qui voyagent avec eux.

En route, tous ceux qui prennent une même direction se retrouvent. Pendant les repas et les repos, dans les usines ou en dehors, les militants réaliseront le même travail de propagande, d’influence, de soutien mutuel.

§ 6. – La propagande pour les bonnes écoles professionnelles et industrielles.

L’influence de la J. O. C. dans les milieux de travail est liée en bonne partie à la valeur technique de ses membres.

Plus nous aurons parmi les jocistes et anciens jocistes des travailleurs d’élite et des chefs, plus le programme et l’esprit de la J. O. C. seront effectivement appliqués et vécus.

La J. O. C. doit donc conseiller et encourager les jocistes à suivre des cours professionnels ou industriels du jour ou du soir.

Mais la situation de notre enseignement professionnel exige beaucoup de prudence et une enquête minutieuse doit se faire dans chaque région. La valeur réelle d’une école professionnelle ne dépend pas du seul point de vue technique. Nous devons envisager également la moralité et l’esprit qui y règnent. Une école ne doit pas seulement instruire, elle doit également éduquer. La formation technique est incomplète sans formation morale et sociale.

La J. O. C. ne veut pas faire de ses membres des machines perfectionnées mais des hommes complets dont la formation intégrale fera des chefs consciencieux et influents.

La J. O. C. doit veiller avant tout à diriger ses membres vers les écoles professionnelles catholiques. Les fédérations régionales doivent collaborer d’une manière constante avec la direction de ces écoles pour assurer d’une part un recrutement maximum et d’autre part pour organiser l’action jociste au sein de ces écoles.

Dans certaines régions et pour certaines professions, nos jocistes devront bien s’orienter vers des écoles techniques officielles. Les fédérations établiront le contact entre tous les élèves jocistes de chaque établissement et organiseront la conquête jociste de ces milieux très importants, en tenant compte des circonstances spéciales de la propagande dans ces écoles.

Les fédérations se tiendront au courant de la manière dont les cours sont organisés, de l’attitude de la direction et du personnel enseignant. En cas d’abus, ils feront faire des démarches par la fédération de J. O. C.

§ 7. – Le logement.

Un grand nombre de jeunes travailleurs sont dans l’impossibilité de rentrer chez eux chaque soir. Ils ne peuvent le faire que chaque semaine, parfois moins souvent. Ils sont donc dans l’obligation de loger à proximité de leur travail.

Ces logements dans la plupart des cas sont détestables à tous points de vue et absorbent, par leur prix élevé, une grosse part du salaire des jeunes.

Partout et spécialement dans les grands centres, la J. O. C. se préoccupe de cette situation. Elle forme le projet de bâtir des « Hômes pour jeunes travailleurs », mais en attendant, les Secrétariats Professionnels régionaux organisent un service de logement.

Toutes les pensions et les familles convenables susceptibles de loger ds jeunes travailleurs sont recherchées. Ces logements sont à la disposition des jeunes qui en font la demande.

Ces demandes doivent être envoyées aussi longtemps que possible d’avance et être toujours accompagnées d’une lettre de références d’un aumônier jociste, d’un membre du clergé ou d’un dirigeant fédéral de la J. O. C.

§ 8. – Les requêtes.

La J. O. C. doit rendre aux jeunes travailleurs tous les services possibles. Elle doit veiller à l’application en faveur des jeunes des lois sociales et des règlements officiels concernant la salubrité, la sécurité, la moralité au travail, pendant les trajets et les repos. Elle doit intervenir auprès des patrons, de l’inspection du travail, des pouvoirs publics, des organisations sociales.

Toutes ces démarches qui devront se multiplier de plus en plus doivent être conduites avec beaucoup de soin et de tact pour réussir et augmenter ainsi sans cesse la confiance de la masse des jeunes envers la J. O. C.

Les faits faisant l’objet de la requête doivent être observés et notés avec une parfaite exactitude. Les dirigeants intéressés doivent contrôler soigneusement leurs déclarations avant d’entreprendre la moindre démarche.

Après enquête terminée et remise par écrit, tou-tes les démarches sans exception doivent être soumises avant tout au Comité Régional. Celui-ci consultera à son tour le Secrétariat Général pour les affaires importantes.

Une action intempestive, indiscrète, mal préparée ou provenant d’un organisme sans prestigeest non seulement vouée à un échec certain, mais peut causer de graves préjudices aux intéressés ou au mouvement.

Le recours obligatoire aux comités régionaux et au Secrétariat Général ne doit d’ailleurs pas désintéresser nos dirigeants locaux de sections et de « pôles » des démarches qu’ils doivent proposer, tout au contraire.

Ils doivent se tenir au courant des démarches faites et en suivre les résultats. S’informer immédiatement des changements et des faits nouveaux qu’ils constatent et poursuivre sans découragement, la pleine réalisation et la permanence des résultats envisagés.