§1. Les aumôniers jocistes

CHAPITRE DIXIEME

Les collaborations nécessaires

§ 1. Les Aumôniers Jocistes.

Le rôle des aumôniers jocistes découle du double caractère de la J. O. C.

Elle est une organisation d’Action Catholique, qui veut surtout former les jeunes travailleurs en vue de leur avenir et de la conquête de leur milieu.

2. Les aumôniers jocistes auront donc un double rôle :

1) un rôle d’autorité : ils représentent l’Autorité Religieuse aux différents degrés de l’organisation jociste; ils sont chargés par les Evêques de faire progresser le mouvement jociste dans la direction approuvée par l’Episcopat.

2) un rôle éducatif : ils sont les animateurs de toute l’éducation jociste et en particulier de l’éducation religieuse et morale, et de la formation à l’apostolat.

3. Le rôle d’autorité des aumôniers jocistes, loin de nuire ou de porter atteinte à l’autorité des dirigeants jocistes, l’appuie et la confirme non seulement auprès des membres mais auprès des autres fidèles et des autres organisations sociales ou religieuses.

4. L’autorité des dirigeants jocistes est déterminée et limitée par les statuts et règlements de la J. O. C. Les aumôniers jocistes appuient et confirment cette autorité dans toutes les manifestations de la vie et de l’activité jociste.

Mais surtout ils aident les militants à faire l’apprentissage de cette autorité, à comprendre et à assumer toute la responsabilité de leurs fonctions jocistes, à acquérir l’esprit d’apostolat nécessaire à leur action sur les membres et sur les autres jeunes travailleurs, non seulement à l’occasion des réunions jocistes et pour la bonne marche des services jocistes, mais pour toutes les initiatives qui sont à l’ordre du jour du mouvement, et surtout dans le milieu du travail et pendant les loisirs. Cette formation, cet encouragement, ce soutien à donner aux militants et aux dirigeants jocistes est la tâche la plus sacrée et la plus nécessaire des aumôniers jocistes.

5. L’Aumônier Général nommé par Son Eminence l’Archevêque et par Nos Seigneurs les Evêques, représente l’Episcopat Belge au Secrétariat général de la J. O. C. Il veille à développer l’esprit d’Action catholique dans toutes les manifestations et initiatives nationales de l’activité jociste : publications, services, congrès, semaines d’études. Il assiste à toutes les réunions nationales et assume devant l’Autorité Religieuse la responsabilité du Mouvement Jociste. Il est en rapports constants avec les Aumôniers régionaux et, par leur intermédiaire, avec les Aumôniers locaux.

6. Les Aumôniers régionaux sont nommés par l’Evêque de chaque diocèse, qu’ils représentent auprès des fédérations régionales. Ils veillent à l’application des directives générales pour l’organisation, la propagande, l’activité régionales du mouvement jociste.

Les Aumôniers régionaux assistent à toutes les réunions du secrétariat, du comité et du conseil de leur région et développent l’esprit d’action catholique parmi tous les militants et dirigeants régionaux dont ils appuient l’action dans la région.

Ils sont en rapports constants avec les Aumôniers locaux, avec lesquels ils se réunissent périodiquement pour assurer l’observation du calendrier régional et la collaboration de toutes les sections locales aux services et aux réunions régionales jocistes.

7. Les Aumôniers des sections paroissiales sont nommés par l’Autorité religieuse de la paroisse qu’ils représentent dans leur section.

Ils veillent à l’application des directives nationales et régionales pour l’organisation, la propagande et l’activité de cette section. Ils assistent à toutes les réunions du Comité local et aident à la formation intensive des militants et des dirigeants locaux. Sans devoir assister à toutes les réunions des Cercles d’études et aux assemblées générales, sans se substituer à aucun dirigeant, ni remplir eux-mêmes aucune fonction jociste, ni assumer aucun service jociste, ils s’intéressent d’autant plus à toutes les manifestations de l’activité jociste locale et suivent de près l’apostolat de tous les militants.

8. Les dirigeants et les militants jocistes manifestent une confiance et un attachement affectueux à leurs Aumôniers, dont ils sont fiers d’être les collaborateurs les plus dévoués, et avec lesquels ils travaillent à faire de la J. O. C. l’organisation la plus conquérante et la plus audacieuse au service de l’Eglise et de la jeunesse ouvrière. Ils recourent à leurs Aumôniers dans toutes les difficultés de leur apostolat et sont heureux de suivre leurs directives pour l’épanouissement et le progrès du mouvement jociste.

9. Les dirigeants et les militants jocistes éveilleront la même confiance et le même attachement chez tous les jocistes à l’égard de l’Aumônier. Sans violenter aucune conscience, sans imposer aucune pratique religieuse, ils sauront mettre en relief la générosité, le désintéressement de l’Aumônier, permettront aux âmes les plus frustes de reprendre contact avec le prêtre, de se laisser gagner par sa bonté et son affection, et d’être ainsi amenées insensiblement à la vie chrétienne.

10. Les Aumôniers sauront s’adapter à la mentalité de tous les jocistes et de tous les jeunes travailleurs qui leur sont présentés par les militants et les dirigeants jocistes. Ils ne se scandaliseront ni de leur ignorance, ni de leurs faiblesses, ni de leurs défauts. Ils tâcheront de découvrir et d’utiliser tous les trésors de générosité et d’énergie qui se cachent souvent sous les écorces les plus rudes et dans les ouvriers les moins pratiquants. Ils parviendront à force de bonté et de persévérance à épanouir dans ces âmes la vie surnaturelle la plus élevée.

11. C’est dans l’amitié surnaturelle que se crée et s’approfondit parmi les militants, les dirigeants, les aumôniersque gît le secret de l’apostolat jociste. Alimentée par la prière et par le sacrifice elle devient le levier et le moteur des plus nobles dévouements, elle engendre chez les aumôniers cette paternité spintuelle et chez les militants et les membres cette piété filiale qui fait d’une section, d’une fédération régionale et de la fédération générale la grande famille de la jeunesse ouvrière chrétienne, unie et soudée par la plus pure flamme de la Charité chrétienne.

12. Il est à souhaiter ardemment que par des réunions périodiques d’aumôniers jocistes, par des journées ou des semaines d’études d’aumôniers jocistes, par des causeries dans les grands Séminaires les prêtres trouvent de plus en plus l’occasion de se former à la méthodologie et à l’activité jociste. La J. O. C. appelle l’étude d’une branche nouvelle de la théologie pastorale.

Ces réunions, ces journées, ces semaines d’études doivent renforcer entre tous les aumôniers jociste le lien d’entr’aide spirituelle et pédagogique, qui est indispensable à l’œuvre immense de la formation religieuse et morale de la masse des jeunes travailleurs et au succès de l’Action Catholique parmi la jeunesse ouvrière.

§2. Les amis de la JOC

§ 2. Les Amis de la J. O. C.

1. Heureuses les sections et les fédérations qui trouvent dans la sympathie active d’un instituteur, d’un ingénieur, d’un médecin, d’un universitaire ou de n’importe quel intellectuel l’appoint précieux de conseils, d’encouragements et d’assistance dont aura toujours besoin n’importe quelle organisation de jeunes travailleurs.

2. Ces « Amis de la J. O. C. » n’auront jamais dans la J. O. C. aucune autorité statutaire ou réglementaire, ils ne rempliront jamais une fonction jociste, ils ne se substitueront à aucun dirigeant jociste, ils n’assumeront la direction d’aucun service jociste, mais ils conseilleront, soutiendront et aideront les dirigeants, les militants et les chefs de service de leurs conseils, de leurs connaissances, de leur expérience et surtout de leur sympathie. Leur rôle sera un rôle éducatif, ils doivent aider la J. O. C. à former les chefs, les meneurs, les propagandistes responsables de la conduite du mouvement et capables de la propager dans le milieu ouvrier.

3. Les Fédérations et les Sections Jocistes participent, autant que possible, aux campagnes, aux manifestations et aux assemblées communes de l’A. C. J. B. (Congrès, Journées de Jeunesse, Processions, Communions, Réunions des Associa tions Paroissiales, etc.). Leurs dirigeants s’inspirent régulièrement des directives qui paraissent dans le Bulletin Technique et du Programme annuel commun de l’A. C. J. B.

4. La collaboration entre les différents groupes de la Jeunesse catholique se réalisera surtout grâce aux réunions périodiques des délégués qui constituent le Comité Général, les Comités Régionaux, les Comités Décanaux et les Comités Paroissiaux de l’A. C. J. B.

5. Cette collaboration de la J.O.C. et des autres groupes de Jeunesse Catholique au sein de l’A. C. J. B. ne peut pourtant jamais nuire à l’activité propre, à l’unité et à la discipline de la J.O.C. et à la réalisation de sa mission essentielle : la conquête du milieu de travail.

6. Une entente pratique doit être établie entre entre la J.O.C. et les autres œuvres de jeunesse qui s’occupent des jeunes travailleurs. Cette entente doit laisser à chacune de ces œuvres son indépendance et la faculté de mettre en action ses méthodes propres.

La J. O. C. ne peut, en aucun cas, obliger ses membres à faire partie d’une des autres œuvres en question, ni exiger que les jeunes gens qui appartiennent à ces œuvres deviennent jocistes.

7. Mais étant donné les graves problèmes qui se posent dans la vie des jeunes salariés et que la J. O. C. seule peut résoudre; étant donné les dangers auxquels ils sont exposés et que la J.O.C. seule peut vaincre; étant donné la nécessité d’une puissante organisation groupant tous les jeunes travailleurs pour rechristianiser le milieu du travail, il est évident que tous les groupements de jeuness catholique doivent s’efforcer de faire affilier tous leurs membres jeunes travailleurs, à l’organisation jociste, de les faire participer à son activité et à son apostolat, et de leur faire comprendre et pratiquer intégralement leur devoir d’action catholique dans le milieu du travail.

8. Tout l’effort éducatif des autres groupements de jeunesse restera vain et sera en grande partie compromis chez les jeunes travailleurs, si la J. O. C. ne parvient pas à transformer le milieu du travail.

9. Par contre, la J. O. C. ne négligera aucun effort pour décider ses membres aux œuvres de jeunesse catholique, qui seraient vraiment utiles à leur formation religieuse, leur préservation morale ou leur culture physique.

10. Un moyen de favoriser l’entente entre tous les groupements qui intéressent les jeunes travailleurs sera la fixation de réunions périodiques où les délégués des différents groupements pourront se communiquer leurs calendriers respectifs et se concerter pour les campagnes communes et les intérêts communs.

11. Tous les dirigeants et les militants jocistes développeront en eux-mêmes et auprès de leurs membres l’esprit de charité et prieront avec ferveur pour l’épanouissement de l’apostolat catholique parmi toute la jeunesse.

§ 3. La JOC dans l’ACJB

§ 3. La J. O. C. dans l’A. C. J. B.

1. La J. O. C. est une partie constituante de l’Association Catholique de la Jeunesse Belge. Tout jeune salarié, par le fait même qu’il adhère à la J. O. C. devient membre de l’A. C. J. B.; sa carte de Jociste lui sert de carte acéjibiste; elle porte, d’ailleurs, la mention explicite de l’affiliation de la J.O.C. à l’A. C. J. B. (1).

2. Le Comité Général, les Comités Régionaux, les Comités Locaux de la J. O. C. sont représentés au sein des Comités communs correspondants de la Jeunesse Catholique.

La J. O. C. n’ayant pas de groupement décanal, ce sont les Comités Régionaux jocistes qui désignent les représentants de la J. O. C. dans les Comités Décanaux de l’A. C. J. B.

3. Les Fédérations et les Sections Jocistes participent, autant que possible, aux campagnes, aux manifestations et aux assemblées communes de l’A. C. J. B. (Congrès, Journées de Jeunesse, Processions, Communions, Réunions des Associa tions Paroissiales, etc.). Leurs dirigeants s’inspirent régulièrement des directives qui paraissent dans le Bulletin Technique et du Programme annuel commun de l’A. C. J. B.

4. La collaboration entre les différents groupes de la Jeunesse catholique se réalisera surtout grâce aux réunions périodiques des délégués qui constituent le Comité Général, les Comités Régionaux, les Comités Décanaux et les Comités Paroissiaux de l’A. C. J. B.

5. Cette collaboration de la J.O.C. et des autres groupes de Jeunesse Catholique au sein de l’A. C. J. B. ne peut pourtant jamais nuire à l’activité propre, à l’unité et à la discipline de la J.O.C. et à la réalisation de sa mission essentielle : la conquête du milieu de travail.

6. Une entente pratique doit être établie entre entre la J.O.C. et les autres œuvres de jeunesse qui s’occupent des jeunes travailleurs. Cette entente doit laisser à chacune de ces œuvres son indépendance et la faculté de mettre en action ses méthodes propres.

La J. O. C. ne peut, en aucun cas, obliger ses membres à faire partie d’une des autres œuvres en question, ni exiger que les jeunes gens qui appartiennent à ces œuvres deviennent jocistes.

7. Mais étant donné les graves problèmes qui se posent dans la vie des jeunes salariés et que la J. O. C. seule peut résoudre; étant donné les dangers auxquels ils sont exposés et que la J.O.C. seule peut vaincre; étant donné la nécessité d’une puissante organisation groupant tous les jeunes travailleurs pour rechristianiser le milieu du travail, il est évident que tous les groupements de jeuness catholique doivent s’efforcer de faire affilier tous leurs membres jeunes travailleurs, à l’organisation jociste, de les faire participer à son activité et à son apostolat, et de leur faire comprendre et pratiquer intégralement leur devoir d’action catholique dans le milieu du travail.

8. Tout l’effort éducatif des autres groupements de jeunesse restera vain et sera en grande partie compromis chez les jeunes travailleurs, si la J. O. C. ne parvient pas à transformer le milieu du travail.

9. Par contre, la J. O. C. ne négligera aucun effort pour décider ses membres aux œuvres de jeunesse catholique, qui seraient vraiment utiles à leur formation religieuse, leur préservation morale ou leur culture physique.

10. Un moyen de favoriser l’entente entre tous les groupements qui intéressent les jeunes travailleurs sera la fixation de réunions périodiques où les délégués des différents groupements pourront se communiquer leurs calendriers respectifs et se concerter pour les campagnes communes et les intérêts communs.

11. Tous les dirigeants et les militants jocistes développeront en eux-mêmes et auprès de leurs membres l’esprit de charité et prieront avec ferveur pour l’épanouissement de l’apostolat catholique parmi toute la jeunesse.

Note

(1) Pour tout ce qui regarde la position de la J. O. C. dans l’A.C.J.B. on consultera le Manuel de l’A.C.J.B. publié en 1929 par le Comité Général de cette Association.

§ 4. La JOC et les Organisations Ouvrières Chrétiennes

§ 4. La J. O. C. et les Organisations Ouvrières Chrétiennes.

1.- La J. O. C. est incapable de transformer seule le milieu du travail et la vie de travail.

2. Les jocistes sont des jeunes salariés obligés à travailler avec des travailleurs adultes, ils appartiennent à des familles ouvrières et sont destinés à fonder à leur tour des foyers ouvriers.

3. Dès sa création, la J. O. C. a voulu être l’organisation de jeunesse du mouvement ouvrier chrétien, décidée à collaborer avec les autres organisations de la Ligue des Travailleurs Chrétiens, dans l’ordre de ses compétences et en respectant le caractère d’action catholique de son organisation sans se compromettre jamais dans une compétition et une propagande politique.

4. Toutes les organisations ouvrières chrétiennes se sont engagées à respecter le caractère d’action catholique de la J. O. C. et à ne jamais compromettre la J. O. C. dans une campagne politique.

5. La J. O. C. conclut des accords avec les organisations syndicales, mutualistes et financières du mouvement ouvrier chrétien pour la sauvegarde des intérêts professionnels, mutualistes et financiers de ses membres et sans s’immiscer dans l’action syndicale, mutualiste et financière de ces organisations.

6. Toutes les fédérations et sections jocistes observeront la discipline jociste pour leurs rapports avec les organisations ouvrières chrétiennes de leur région et de leur localité, et soumettront toutes les difficultés éventuelles au Secrétariat Général de la J. O. C.

7. La J. O. C. ne peut permettre que ses membres qui ont atteint la limite d’âge quittent la J. O. C. sans passer aux organisations chrétiennes d’adultes; elle doit au contraire veiller à ce qu’ils deviennent des militants zélés dans ces organisations. C’est de la victoire de tout le mouvement ouvrier chrétien que dépend le salut de la classe ouvrière.

§ 5. La JOC et la collaboration patronale

§ 5. La J. O. C. et la collaboration patronale.

1. L’organisation du milieu du travail et la solution des problèmes qui s’y posent tant dans l’intérêt des salariés que de ceux de l’entreprise, dépendent en partie des patrons.

2. Les patrons assument une grande responsabilité en acceptant dans leurs entreprises des jeunes salariés.

3. Les services de placement, d’apprentissage, de requête, de sécurité et d’hygiène organisés par la J. O. C. exigent pour leur plus grand rendement, une collaboration aussi étroite que possible avec les patrons et les organisations patronales.

4. La J. O. C. et les dirigeants jocistes facilitent les réalisations par l’esprit de collaboration qui les anime; par la droiture et la prudence de leurs démarches; par la conscience professionelle qu’ils inculquent à leurs membres; par la bonne organisation des services jocistes; par le but social qu’ils poursuivent.

II – Chapitre premier – La préparation

DEUXIEME PARTIE

Notes d’Histoire

CHAPITRE PREMIER

La préparation.

§ 1. – Avant la guerre.

Il est plus facile de découvrir la source des grands: fleuves que de remonter à l’origine des mouvements sociaux. Trop de causes ont d’ordinaire préparé et même déterminé leur naissance. On est toujours injuste quand on les attribue à un homme.

Le sort de l’enfance ouvrière et de l’adolescence ouvrière à préoccupé certains hommes d’oeuvres du XIXe siècle.

Des efforts féconds mais dispersés furent consacrés à cette tâche.

Tout le monde souhaitait un mouvement qui put coordonner ces efforts. Mais hélas, on n’osait guère espérer le succès d’une tentative qui paraissait surhumaine.

Dès le début de son sacerdoce, l’abbé Cardyn se posa à lui-même et posa autour de lui le problème de l’adolescence salariée.

Des enquêtes multipliées lui avaient révélé la situation déplorable des centaines de milliers d’adolescents et d’adolescentes obligés de travailler et de vivre dans des conditions absolument nuisibles pour leur santé et pour leur moralité.

Des enquêtes faites dans des ateliers et des impasses par de petites ouvrières et de jeunes ouvriers et employés, révélèrent des situations effroyables. Tout en permettant d’épauler vigoureusement la lutte contre les horreurs du travail à domicile que quelques âmes ardentes menaient à cette époque, les enquêtes précises de ces jeunes filles et jeunes gens les amenèrent à conclure qu’il fallait grouper les apprenties, les apprentis dans des organisations destinées non seulement à les protéger et à les défendre, mais aussi à les instruire, à les éduquer intégralement.

Les deux premiers jeunes gens à qui M. l’Abbé Cardyn fit appel, entrèrent sur son conseil dans une Conférence de Saint-Vincent de Paul et purent pendant deux ans étudier de près les conditions de logement et de vie familiale, d’apprentissage, de distraction d’une soixantaine de familles pauvres.. Des « Cercles d’Etudes » qui furent en même temps des « Cercles d’action » groupèrent à part de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses pour les former à la propagande et à l’apostolat parmi leurs compagnons et leurs compagnes de travail. Des « Syndicats d’apprentis » et « d’apprenties », des Cercles de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses tâchèrent, avant la guerre, de répandre cette nouvelle forme d’association plus adaptée à l’âge et à la mentalité des adolescents salariés.

C’est de cette époque que datent les premiers essais d’Orientation Professionnelle et de Placement. Le Cercle des apprentis et jeunes ouvriers, composé de gaillards très dévoués et énergiquement décidés, adressa à l’Inspection du Travail de nombreuses et fermes requêtes.

L’influence grandissante de ces apprenties et apprentis se révéla lors de la fondation des Ligues Pie X: vastes groupements destinés à susciter un renouveau eucharistique dans les milieux populaires. Les réunions de masse de ces ligues réussirent au delà de tout espoir.

La guerre survint et enleva aux jeunes gens leurs principaux chefs. Mais les groupements, loin de chômer, purent consacrer toute leur activité à la formation intensive des jeunes dirigeants et des jeunes dirigeantes.

§ 2. La jeunesse syndicaliste.

A l’armistice, la nécessité d’une association spéciale pour jeunes salariés et jeunes salariées était un axiome reconnu par certains dirigeants du Mouvement Ouvrier Chrétien.

Les éléments formés avant et pendant la guerre furent les promoteurs de ce groupement qui, dès 1919 s’intitula hardiment « La Jeunesse Syndicaliste ». D’abord peu nombreux, ils se réunirent pour étudier, discuter, faire des enquêtes et ils se cotisèrent pour s’entr’aider. Dès 1920, leur propagande s’est étendue à quelques paroisses de l’agglomération bruxelloise et a y fondé des groupes qui bientôt s’unissent pour former une Fédération.

En province, M. l’abbé Scarmure invite F. Tonnet aux différents Congrès de jeunesse de son arrondissement. Dès lors chaque grande assemblée de jeunes tenue en Wallonie, eut sa section de jeunesse ouvrière.

De jeunes camarades d’Anvers se mettent éga lement en route et constituent le premier centre d’activité en pays flamand.

§ 3. Un journal.

A peine avait-on dépassé les 200 membres, que la volonté s’affirme… se précise…; se réalise, enfin… d’avoir « un journal ».

Il naît en novembre 1920, bien humblement en huit pages chaque mois et tirant à 300 exemplaires. « Désormais, écrivait Fernand Tonnet dans l’article de tête, nous avons un outil de propagande et de conquête, une tribune, un lien d’amitié…)

L’imprimeur était un modeste artisan de l’arrière banlieue bruxelloise, très honnête mais dont l’atelier n’était guère éclairé, ce qui nous valait dans le texte de ces premiers journaux, des erreurs et des coquilles extrêmement savoureuses.

Un « C. E. central » rassemblait, chaque lundi soir, les meilleurs des diverses sections. C’était une véritable école de propagandistes. On était parfois quarante Chacun à tour de rôle, était pré sident, rapporteur, était chargé d’enquêtes ou envoyé dans une section locale pour faire la propagande.

Le 15 novembre, une journée d’études rassemble les militants bruxellois.

Un camarade d’Anvers y apporte le salut des jeunes travailleurs flamands de la Métropole. Ils ont eux aussi leur journal « De Jonge Werkman ». Des « Journées d’Etudes » ont lieu, chaque trimestre environ, ainsi que des « Récollections » où l’on se retrouve à une vingtaine pour se forger véritablement des âmes d’apôtres.

En 1921, 1922, 1923, l’action se poursuit non sans difficultés, ni même sans échecs. Des camarades de Wallonie lisent notre journal, suivent nos journées d’études. Les progrès sont très lents, la propagande pénible. La masse des jeunes n’est guère facile à enthousiasmer pour notre idéal syndical, éducatif, apostolique. Dans le réseau compact des œuvres paroissiales traditionnelles, la « Jeunesse Syndicaliste » ne se fait pas sans difficultés une place au soleil.

En mars 1922 paraît dans les « Dossiers de l’Action Catholique » une esquisse de programme ainsi que les statuts et, au mois d’août, un cours sur la situation et l’éducation des jeunes ouvriers est donné par M. Cardyn à la Semaine Sociale Flamande de Louvain. En septembre 1922 se tint la section de jeunesse ouvrière du Congrès de Jeunesse Catholique de Gembloux.

La VI Journée d’Etudes étudie l’apprentissage. En avril 1923, une Journée d’Etudes est consacrée à l’organisation professionnelle des jeunes.

Décembre 1922 annonce la fondation d’une section à Nivelles. Mars 1923 mentionne des réunions à Anvers, Louvain, Buysinghen, Hal, Ganshoren, Liége, Nivelles, Braine-l’Alleud.

Mai 1923 ajoute Charleroi, Braine-le-Comte. En juin 1923, on crée le premier Secrétariat professionnel pour jeunes gens, rattaché à la Bourse Libre du Travail de Bruxelles.

Le 25 novembre a lieu la neuvième journée d’études sur la Mutualité. Le chanoine Eeckhout, l’abbe Tassin de Huy, l’abbé Langlet de Nivelles, sont parmi les professeurs. Le rapport relève pour le travail d’organisation en province : Anvers, Louvain, Liège, Nivelles, Couillet, le Borinage… et encore.

Avril 1924 apporte le nouveau titre du journal « La Jeunesse Ouvrière » avec des articles de Degives sur le travail à Namur et de Teheux sur le travail à Liège.

II – Ch. 2 – La JOC en marche

CHAPITRE DEUXIEME

La J. O. C. en marche.

§ 1. Le lancement définitif. Entretemps un programme d’organisation générale des J. T. avait été élaboré, longuement discuté, présenté aux Congrès ouvriers chrétiens et adopté, enfin, le 10 juillet 1924, après une réunion à Bruxelles, d’une centaine de prêtres directeurs d’œuvres venus des divers arrondissements de Wallonie.

Après cela, c’est le « démarrage définitif». A travers toute la Wallonie, c’est un véritable « raid » qui s’organise. Dans chaque région, après une réunion sacerdotale, une Journée d’Etudes rassemble quelques jeunes travailleurs de diverses communes. Le programme de la J. O. C. est accueilli partout avec le même enthousiasme. Un courant d’optimisme, de confiance; de conquête soulève ces jeunes pionniers du mouvement jociste. Ils retournent dans leur paroisse, avec la volonté de faire quelque chose.

En six mois, les propagandistes du Secrétariat Général font plus de 300 réunions et les 150 premières Sections locales de J. O. C. existent. Elles ont leur Comité, leurs réunions, leur journal. Chaque mois des délégués se rencontrent dans les Conseils Régionaux, véritables coopératives d’initiatives, de méthode et de cran!

La J. O. C. était lancée. Elle devenait l’Organisation Nationale des jeunes travailleurs chrétiens de Belgique. Divisée en Fédérations d’Arrondissement, elle grouperait dans des Sections Locales tous les adolescents salariés, dès leur sortie de l’école jusqu’àprès leur service militaire.

Un « Bulletin des Dirigeants » mensuel est créé, dès le mois de juillet, à l’intention des prêtres et des propagandistes.

Après 3 mois, le résultat est surprenant. Le 21 septembre au Congrès Général de la Jeunesse Catholique (A.C.J.B.) à Charleroi, l’immense salle des « Ouvriers Réunis » est trop petite pour contenir les jocistes de Wallonie, réunis pour la première fois en «Assemblée générale ». La scène, les balcons, les escaliers, la cour, tout est comble! C’est pour tous les assistants une heure inoubliable. Dans le cortège, nos camelots vendent pour la première fois en public « La Jeunesse Ouvrière ». C’était vraiment, comme on l’a dit, le baptême de la J. O. C. »

Cette même année, la « Semaine Syndicale » de Fayt est envahie par un gros contingent de jeunesse. M. Cardyn y parle.

Peu après, la position de la J. O. C. dans l’A.C. J.B. est définie par un accord provisoire.

Partout, la propagande se poursuit intensivement; de jeunes chefs se lèvent et l’on marche avec ardeur vers le premier Congrès Général.

Le journal agrandit son format au début de 1925 et paraît deux fois par mois.

En Flandre, l’organisation se met en route plus lentement, mais on avance malgré tout.

L’organisation des jeunes ouvrières est en préparation depuis longtemps. La J. O. C. F. prend son départ définitif le 1er février 1925.

Dès ce moment, l’organisation chrétienne des jeunes salariés est complète; avec un programme, des statuts et un esprit identique; sous la direction unique de M. l’abbé Cardyn, officiellement mandaté par NN. SS. les Evêques, J. O. C. et J. O. C. F., K. A. J. et V. K. A. J. poursuivent dorénavant avec des cadres distincts, mais dans le même sens et avec une belle émulation, la conquête des usines, des ateliers et des bureaux.

En mars, M. l’abbé Cardyn est reçu en audience privée par S. S. Pie XI.

Dans ce long entretien, le Pape approuve et encourage la J. O. C. naissante avec un étonnante insistance: … « Oui, il faut les organiser, les organiser en grand nombre… Vous devez avoir l’ambition de conquérir la masse… Chaque âme d’ouvrier a une valeur infinie et aussi longtemps que nous ne les avons pas ramenées toutes sous l’influence du Christ et de l’Eglise, notre mission n’est. pas terminée, nous ne pouvons pas nous reposer… Dites bien à vos propagandistes et à vos membres que le St Père est avec eux et qu’il les bénit… » Une telle bénédiction, jointe à l’approbation unanime de tous les Evêques Belges, était la plus belle préface au premier Congrès Jociste.

Le 24 septembre, une semaine sociale s’ouvre à Fayt. Une cinquantaine de jeunes militants étaient annoncés… Il en vient 170.

Pendant quatre jours, c’est une véritable école de chefs, en même temps qu’une atmosphère surnaturelle, exaltante et apostolique.

En octobre, paraît le « Manuel de la J. O. C. ». Il fait une grande sensation dans le pays.

On est prêt pour la campagne d’hiver! La J. O. C. existe en Belgique, on le sait, on commence à sentir son influence dans nos paroisses ouvrières et dans nos grandes usines.

Mais il faut « réaliser ». Le programme va se concrétiser dans des services et des initiatives, d’une valeur incontestable pour tous, même pour les adversaires.

§ 2. Le premier congrès général.

Celui-ci eut lieu à Bruxelles, les 18 et 19 avril 1925 et réunit 600 délégués. Il était temps pour la J. O. C. d’affirmer publiquement son existence et son programme.

Le premier Conseil Général est constitué, les statuts approuvés; le programme général, exposé par M. Cardyn, discuté en deux inoubliables séances, est adopté par toute l’assistance dans un en thousiasme indescriptible.

A l’occasion de ce premier Congrès, la grande presse parle de la J. O. C. pour la première fois.

Après le Congrès, le mouvement s’accélère… il faut suivre pourtant et surtout faire surgir et former des chefs.

:

§ 3. Les progrès en 1926.

Le Congrès de 1926, tenu à Namur sous la présidence de Mgr Heylen, réunit 1500 délégués, dont les porte-paroles dénoncent l’immoralité qui assaille les jeunes travailleurs. Ils demandent le respect, la protection à laquelle ils ont droit et affirment la volonté de faire de leur mouvement le bouclier moral de toute la jeunesse ouvrière.

Le rapport annuel du Secrétariat Général témoigne d’uns activité intense. D’un Congrès à l’autre, la J. O. C. avait doublé ses effectifs.

Louis Dereau pouvait bien terminer son discours en promettant, au nom de tous les Jocistes, «< d’être dans les rangs du peuple les missionnaires en toile bleue et aux mains noires, mais à l’âme blanche et rayonnante ».

Du 4 au 8 août, 250 de ces « missionnaires » se réunissent au Collège St Michel pour la deuxième semaine d’études à Bruxelles.

L’action moralisatrice de la J. O. C. y fut étudiée sous toutes ses formes.

A cette semaine aussi, fut inauguré le « Chant Jociste ».

Quelques semaines plus tard, la Kristene Arbeidersjeugd tint son premier Congrès à Gand et pour la première fois, dans le berceau du socialisme en Flandre, 2.000 jeunes travailleurs défilent fièrement dans la vieille cité.

C’est vraiment dans tout le pays qu’une élite se lève, décidée à ne reculer devant rien.

§ 4. Les congrès de 1927.

Ce fut une année de Congrès… de beaux Congrès, mais où l’on n’en travailla pas moins. Les « Services Jocistes » s’organisent et posent le grave problème des « collaborations nécessaires ».

Ce fut le sujet de la III Semaine d’Etudes, tenue à La Louvière avec 400 participants.

La journée de clôture tint lieu, cette année là, de Congrès. Il fallait épargner des efforts et des dépenses pour le grand Congrès de la Jeunesse Catholique.

Quatre grands événements jocistes se placent ici. Dans la banlieue rouge de Paris, un jeune vicaire connaît la J. O. C. et la réalise avec un groupe de jeunes gens. M. l’abbé Cardyn et F. Tonnet y vont…; quelques mois après, il faut y retourner. Dans tous les coins de la région parisienne, on veut appliquer la formule jociste. Les choses vont si bien et si vite que, moins d’un après, la J. O. C. existe en France. M. l’abbé Guérin en devient

l’aumônier Général. Partout, depuis Lille jusqu’à Marseille, de jeunes travailleurs se groupent préoccupés de vivre la J. O. C. intégrale, la seule vraie J. O. C.

Le 3 août se tient à Namur une journée sacerdotale, où est proclamée la nouvelle constitution de I’A. C. J. B., qui vient d’être approuvée par les Evêques Belges.

Le 7 août, à Bruxelles, un magnifique Congrès groupe 2.000 déléguées de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne Féminine et de la Vrouwelijke Kristene Arbeidende Jeugd.

Chaque année dorénavant comportera de « grandes manoeuvres jocistes »: Congrès et Semaines d’Etudes flamandes et wallonnes, pour les jeunes filles et pour les jeunes gens, tous les groupes rivalisant de propagande et de travail.

Mais l’année n’est pas finie… A Liége, le 26 août, Nos Seigneurs les Evêques convoquent tous les jeunes gens de Wallonie pour le Congrès de l’Association Catholique de la Jeunesse Belge. Le dimanche matin, dans l’immense « Cirque des Variétés », plus de 7.000 jocistes proclament leur volonté de travailler à la restauration de la famille ouvrière. Le reste du Congrès fut un triomphal succès, auquel les Jocistes ont largement collaboré.

§ 5. La J.O.C. devant l’opinion publique.

Le journal devient hebdomadaire. Il pénètre de plus en plus dans les usines et dans les familles ouvrières. Il est lu par les instituteurs et par de nombreux ingénieurs, industriels, médecins, etc…

Les 14 et 15 avril 1928, le Congrès annuel de la J. O. C., réunit dans l’immense salle de la Madeleine, à Bruxelles, plus de 3.500 délégués. Ils veulent que la « Charte jociste du travail » devienne pour la masse des jeunes travailleurs la sauvegarde de leur santé, de leur moralité, de leur avenir professionnel et social.

A l’Assemblée générale, les plus hautes autorités du pays sont présentes : Son Eminence le Cardinal van Roey, M. Jaspar, Premier Ministre. La J. O. C. se place incontestablement parmi les grandes organisations sociales du pays.

Pour « tenir son rang », la J. O. C. a besoin de chefs, capables d’élargir sans cesse son prestige par des réalisations et une extension toujours en marche.

Mais ces chefs se forment toujours plus nombreux. En 1928, les 4 Semaines d’Etudes Jocistes ont groupé 1.600 jeunes militants et militantes du pays. Ces semaines furent consacrées à la révision des méthodes jocistes, d’après l’expérience des quatre premières années.

En 1928, le Secrétariat Général de la J. O. C. quitte également les trois mansardes qu’il occupe depuis le début à la Centrale Chrétienne de la rue Plétinckx. Il acquiert un vaste immeuble, rue des Palais, 90, et y installe tous les services centraux. Les expositions jocistes pour la prévention des accidents du travail, spécialement celles de Liége et de Tamines, suscitent un grand intérêt dans les milieux ouvriers et patronaux même étrangers.

§ 6. – La J.O.C à Rome.

Le grand événement jociste de 1929 fut le pélerinage à Rome. Le Pape invite la J. O. C. Belge chez lui et le 21 septembre, 1500 Jocistes flamands et wallons se dirigent vers le Vatican.

Nous ne rappelons pas ici ces journées ardentes.

Le compte rendu, illustré de 200 photos, a paru dans les Editions Jocistes (1).

Mais des succès semblables n’enivrent pas les militants Jocistes. Ils savent bien la tâche énorme qu’il reste à accomplir pour conquérir la masse des jeunes salariés de notre pays.

§ 7. – Dix ans après la première journée d’études.

Au début de l’année 1930, la cotisation hebdomadaire est doublée sans que la progression des effectifs soit arrêtée.

Le Ve Congrès Général du 27 avril 1930, qui réunit 6.000 délégués Jocistes dans le Cirque Royal de Bruxelles, a marqué les réalisations acquises en même temps que les revendications et les projets d’avenir.

Dans son rapport annuel, le Secrétaire général signalait, pour l’ensemble du mouvement Jociste l’existence de 1.700 sections locales groupant plus de 70.000 Jocistes. La dernière année, plus de 75.000 réunions jocistes eurent lieu dans le pays et les divers journaux atteignirent un tirage total de 5.000.000 d’exemplaires.

Quand on songe aux débuts humbles et cachés de notre cher mouvement, aux efforts longs et persévérants de ses premiers pionniers, on peut être assuré que la J. O. C. est bâtie non pas sur le sable éphémère des vanités qui passent, mais sur le roc inébranlable des organisations qui ont l’avenir pour elles!

Note

(1) Edition Jociste, n. 19: 35 fr. au Secrétariat Général.

III – Introduction

TROISIEME PARTIE

Le Programme général de la J. O. C.

Nous reproduisons ici le texte intégral de ce document historique, tel qu’il a été admis à l’unanimité par le premier Congrès National du 18-19 avril 1925, sans aucune modification de fond et. avec quelques légères corrections de forme.

Il reste la Charte de tout le mouvement jociste.

L’étude attentive du programme général, mieux que n’importe quel autre exposé, donnera la compréhension exacte de la J. O. C. et expliquera son esprit et ses méthodes.

INTRODUCTION

La J. O. C. existe; elle groupe déjà des milliers de jeunes travailleurs. Elle a ses statuts et ses règlements. Son organisation nationale, régionale et locale offre les cadres nécessaires pour grouper les centaines de milliers d’adolescents salariés qu’elle veut atteindre pour les former, les défendre et les protéger. Ses différents Congrès Nationaux fixent les directives qui orientent son action et précisent le but qu’elle se propose d’atteindre. Une vaste enquête est entamée pour se rendre compte de la situation exacte dans laquelle vit et travaille la jeunesse ouvrière de Belgique.

Cette enquête est aussi objective que possible. Elle indique les progrès réalisés comme les lacunes existantes.

Le programme national exposé ci-après a été admis au 1er Congrès National du 19 avril 1925. Il oriente l’enquête pour la mise au point de toutes les questions qui intéressent le relèvement intégral des jeunes travailleurs. C’est au fur et à mesure que le Secrétariat Général sera au courant des situations qui existent dans toutes les régions du pays, qu’il pourra préciser toutes ces revendications et proposer des vœux s’adaptant à la situation réelle. Les différentes questions et les vœux se concrétiseront par des contacts plus intimes avec les réalités vécues de la masse des jeunes travailleurs.

Le présent programme doit faire l’objet des discussions de tous nos Cercles d’Etudes, de nos Journées d’Etudes et de nos réunions mensuelles, afin que tous les jocistes acquièrent la compréhensin exacte de notre mouvement de jeunesse oùvrière chrétienne et soient prêts à tous les sacrifices pour le défendre et le propager. Notre programme doit pouvoir être déployé comme un drapeau dont on est fier et autour duquel on se serre pour lutter et mourir.

III – Ch. 1 – Les responsabilités sociales

CHAPITRE PREMIER

Les responsabilités sociales.

LES FAITS:

a) Le sens de la responsabilité morale et sociale semble s’émousser de plus en plus chez beaucoup de ceux qui sont revêtus d’une autorité dans notre société moderne.

b) Les Pouvoirs Publics manquent fréquemment à leur devoir de tutelle et de sauvegarde morale de la jeunesse, en négligeant des mesures préventives contre les occasions innombrables de corruption morale des jeunes gens et en n’encourageant ou en ne reconnaissant pas les initiatives privées décidées à lutter contre ces atteintes à la moralité juvénile et désireuses de concourir à la formation et à la protection morale de la jeunesse.

c) L’Etat qui chaque jour sur ses chemins de fer transporte des milliers d’adolescents salariés est d’une incurie impardonnable quant à la surveillance morale des jeunes salariés.

d) Certains patrons qui reçoivent à leur service un garçon de 14 ans ne semblent guère se soucier de l’avenir moral, religieux et social de leur jeune salarié.

e) Les parents eux-mêmes, entraînés par l’insouciance du siècle, sont souvent inconscients des des conditions de vie et de travail, où il leur est presque moralement impossible de ne pas tomber.

i) Au Moyen-Age, le jeune apprenti était présenté par ses parents au Conseil des Maîtres de la Corporation. Le patron s’engageait devant eux à remplir tous ses devoirs moraux, religieux et sociaux, vis-à-vis de son nouvel apprenti. Cet acte solennel était une cérémonie impressionnante pour l’adolescent et lui révélait l’importance de son apprentissage. Aujourd’hui, la majorité des jeunes travailleurs au lendemain de la dernière distribution des prix, entre sans la moindre garantie et sans la moindre transition à l’atelier, à la fabrique, à l’usine, à la mine.

LES VOEUX.

La J. O. C. demande :

1° que les Pouvoirs Publics, les patrons, les parents et les adultes en général, prennent plus conscience de leur responsabilité morale, religieuse et sociale vis-à-vis des adolescents salariés, qui étant tous des mineurs, ont besoin de tutelle, de protection et de défense;

2° qu’une campagne d’opinion soit entreprise afin de réinculquer à notre société décadente le sens de sa responsabilité vis-à-vis de la jeunesse travailleuse;

3° que les parents se souviennent qu’ils sont responsables devant Dieu de la négligence de leurs devoirs d’autorité vis-à-vis de leurs enfants et que c’est une faute criminelle de les laisser dans des ateliers et dans des lieux de plaisirs, où leur vertu, leur honneur, leur santé et leur avenir sont gravement compromis;

4° que les parents soient tenus régulièrement au courant de l’apprentissage de leurs enfants, qu’ils soient renseignés d’office sur le montant du salaire, sur la manière dont il est calculé, sur les progrès techniques réalisés par l’apprenti, sur la tenue générale et morale de leurs enfants au travail;

5° que cette responsabilité se traduise avant tout chez les patrons, dans toute la mesure des possibilités, par un choix plus prudent des ouvriers et des contremaîtres, chargés de l’instruction et de la conduite des adolescents salariés, par une surveillance beaucoup plus sévère sur la manière dont ces agents s’acquittent de leurs délicates fonctions;

6° que les patrons veillent davantage à toutes les mesures nécessaires pour prévenir la promiscuité, pour sauvegarder la pudeur des adolescents et pour leur inspirer le respect et la considération sans lesquels il n’y a pas de dignité morale;

7° que les contremaîtres et les ouvriers adultes comprennent davantage que leur tenue, leurs conversations, leur exemple ont une influence considérable sur la moralité de leurs jeunes compagnons de travail, et qu’aucune excuse ne peut être alléguée pour les écarts de paroles et de conduite qui initient les jeunes gens à une perversion précoce; que les organisations chrétiennes d’adultes inculquent cette responsabilité;

8° que l’Administration des Chemins de Fer rappelle à tous ses agents la nécessité de la sauvegarde morale de la jeunesse dans les gares, dans les salles d’attente, sur les quais et sur les trains; que l’on fasse le plus possible coïncider l’arrivée et le départ des trains ouvriers avec le commencement et la fin du travail journalier, pour que les jeunes salariés ne soient pas forcés de perdre parfois des heures entières aux environs des gares;

9° que toutes les autorités publiques veillent davantage à la surveillance des cabarets, des dancings, des cinémas et des cafés-concerts où des milliers de jeunes salariés sont entraînés, exploités et corrompus et où la plaie du jeu sévit plus que jamais; que la même surveillance soit exercée pour l’étalage et la vente aux mineurs des illustrés et des imprimés corrupteurs;

10° que tous les pouvoirs publics soutiennent, apprécient et reconnaissent les initiatives privées décidées à assumer la tutelle et la protection morale de la jeunesse salariée et sa formation morale indispensable.

La J. O. C. veut être la tutrice, la protectrice et la mandataire de la jeunesse salariée. Elle espère mériter bientôt la reconnaissance officielle de sa mission tant de la part des Pouvoirs Publics que du Patronat et des familles ouvrières. Cette reconnaissance officielle lui permettra dans une plus large mesure de dénoncer les abus, de faire poursuivre les coupables, de travailler efficacement à la formation morale, religieuse et sociale de la jeunesse ouvrière, d’organiser tous les services nécessaires à cette mission et de préparer par le fait même une classe ouvrière plus digne, plus grande et plus belle.